Série de valeurs

14 juin 2007 à 1:36

La téléphage que je suis aime les séries à un tel point, que je vous propose maintenant une série de posts ! Dingue non ? Bah ouais, chuis en forme en ce moment. Et on est même pas encore vendredi ! Mais où s’arrêtera-t-elle ?!

L’idée conductrice derrière « Série de valeurs » (qui se voit par la même occasion attribuer une catégorie à elle seule) c’est une envie de décrypter un certain nombre de valeurs véhiculées par les séries
américaines. Et quand, comme moi, on a beaucoup de mal à consommer des séries d’autres nationalités (par snobisme ET par conviction, j’assume), c’est un sujet d’autant plus important qu’il ne touche pas seulement mon plaisir de téléphage mais, disons-le carrément, d’autres notions, plus abstraites, liées à mon quotidien, ma culture générale, et même mes propres valeurs.

Car les séries télé ont cette force, parce qu’elles sont un rendez-vous régulier, de s’inviter dans votre existence et d’y parsemer des petits éclats, comme des épines de verre, l’air de rien. On les sent à peine, jusqu’à ce qu’un jour… Vous vous souvenez des répliques marquantes, ou d’un générique, mais le reste s’impreigne aussi en vous qui êtes téléphage et donc exposé régulièrement ; et c’est ça qui m’a posé question : quelles valeurs traversent l’Atlantique en passagères clandestines ?

Les premières questions sur ces thèmes, je ne sais pas quand j’ai commencé à me les poser. Mais je sais quand j’ai commencer à m’interroger plus en avant à leur sujet au lieu de simplement poser la question en l’air, sans chercher ne serait-ce qu’une piste de réponse. C’est devant le pilote de Desperate Houswives, lorsque dans un flashback, Bree a décrété (hélas il y a très peu de chances que vous le sachiez si vous vous êtes contenté de la VF) s’être inscrite à la NRA afin que son mari sache qu’elle sait se servir d’une arme et qu’elle n’hésitera pas à en faire usage s’il vient à la tromper. La VF a en effet édulcoré la question : Bree a simplement fait l’acquisition d’une arme. Pourtant, la différence est grande, car la NRA a une signification autre que « j’ai acheté une arme », ça signifie beaucoup sur les convictions politiques de Bree (qui d’ailleurs plus tard évoquera avec un sourire nostalgique la romantique première soirée qu’elle a passée avec son homme en discutant immigration…). C’est un peu comme si en France, quelqu’un lâchait dans une conversation qu’il a sa carte au parti communiste : c’est un trait de caractère, voire le background du personnage, et non juste un fait anecdotique qui se décrit ici.
Et en entendant cela, je me suis dit : « mais au fait, j’adore le personnage de Bree » (ah oui, je l’ai su dés le pilote que je l’adorerais) « et dans cette conversation portant principalement sur les déboires de Susan, ça paraît accessoire, mais ce n’est pas rien, et ce n’est d’autant pas rien que moi, la NRA, ça ne me fait pas chaud au cœur et que je ne raffole pas du second amendement et de ses dérives… »

Peut-on aimer un personnage de télé malgré ça ? Peut-on adhérer à une série en dépit de certaines valeurs qu’elle véhicule ? Peut-on séparer d’un côté l’intérêt de l’intrigue, et de l’autre les convictions qui nous sont données à voir pendant ce temps ? Y a-t-il des valeurs en hausse, d’autres qui tendent à disparaître, et est-ce que ça indique quelque chose ? Faut-il parfois tirer la sonnette d’alarme ?

Voilà quelques questions que je me pose, et maintenant, je vous les pose aussi, de temps à autres…

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1 commentaire

  1. Heather dit :

    Une réflexion intéressante, comme toujours (je suis ravie de retrouver tes billets ^^).
    Si le personnage de Bree n’évoque pas chez moi cette ambiguïté -sans doute en raison de mon problème plus général avec Desperate Housewives-, la problématique est en revanche très actuelle.

    Notamment, dernièrement, la série Dexter m’avait conduit à m’interroger. Non pas qu’elle encourage la vocation de serial killer, mais une constante du personnage central se révèle, au moins en théorie, un peu douteuse. Dexter ne tue que des criminels. Certes, son père adoptif -un policier- lui a inculqué cette exigence pour contrôler ses pulsions. Reste que dans le message subliminal, envoyé aux téléspectateurs entre deux scènes biens inspirées, ne trouve-t-on pas la porte ouverte à une certaine justification des actes de Dexter ? N’est-ce pas une manière de légitimer les tueries ? Il y a l’idée sous-jacente du pouvoir de juger « qui doit vivre ou mourir » selon ses fautes. Sans aller jusqu’à une légitimation de la vengeance privée, est-ce qu’il n’y a quand même pas là le reflet d’une valeur de la société américaine et de son rapport avec la peine de mort ? Ils « méritent » de mourir en raison des crimes qu’ils ont commis.

    A mon sens, cet aspect n’est pas forcément ce que j’ai retenu d’une série que j’ai adoré, mais il y a quand même un point qui peut être discuté.

    A la question, peut-on aimer un personnage en dépit des valeurs qu’il véhicule, oui sans hésitation. L’attrait d’un personnage réside plus dans sa complexité, parfois dans ses excès ou dans ce qu’on peut considérer comme des défauts (les valeurs justement opposées). Prenons par exemple Tony Soprano, au-delà de tous les défauts qu’il incarne, on finit par s’attacher à ce mafieux névrosé, sans pour autant adhérer à son comportement, ni à son étroitesse d’esprit. Ou prenons les personnages de la série Deadwood dont les valeurs sont très éloignés des notres. Le psychorigide Bullock ou le pragmatique Al, on s’y attache.

    J’aurai voté sans hésitation pour Vinick lors de la saison 7 de TWW, tellement ce personnage était excellent. Certes, ce n’était pas la branche la plus à droite du GOP et il était atypique. Mais quand même. Cela prouve qu’il y a une distinction à effectuer entre fiction et réalité. Et entre les valeurs qui nous sont propres et les valeurs prônées par une série, qui, sans se recouper, peuvent rester indépendantes de l’affection que l’on peut porter à une série.

    Autre exemple très significatif, l’homophobie latente évoquée dans un épisode de Friday Night Lights. Le coach Taylor est manifestement très géné et ne veut pas être mêlé au couple lesbien de la maire de Dillon. Il est très mal à l’aise devant le coming out qu’elles effectuent sous ses yeux. Sa discussion avec la géniale Tami permet d’ailleurs de souligner cette homophobie latente. Pourtant, ce personnage est et reste génial. Et je l’adore toujours autant. Même s’il est un reflet d’une mentalité texanne auquel je ne peux souscrire de près ou de loin.

    En revanche, cas opposé de mes aventures texannes, qui bouscule un peu ma démonstration, je suis restée très choquée par un des premiers épisodes de Medium et son traitement de la peine de mort. Impossible de prendre la distance nécessaire. L’attrait général/la qualité de la série influe peut-être dans notre perception.

    Concernant les tendances à des valeurs en hausse ou en baisse, j’avoue ne pas parvenir à dégager de grandes évolutions. Il reste une disparité selon que la série est diffusée sur le câble ou sur un grand network, mais quant aux valeurs réellement promues, je ne sais pas. De plus, il est difficile de savoir si la série souhaite vraiment prôner une valeur ou n’est pas juste un reflet d’un aspect de la société américaine. Dans ce dernier cas, j’ai tendance à ne pas relever les allusions.

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