Soupir

6 mars 2008 à 11:30

Arrivée à 10h55, DOM THOM prend un air découragé (les transports, parait-il, sont à ce point aujourd’hui… mais les autres jours c’est quoi donc ?), répond à quelques mails persos et appelle je-ne-sais quelle collègue pour aller prendre un café. Après un temps de présence tenant du record (moins de 3 minutes), la voilà donc déjà partie. Je continue son travail sans chercher plus loin.

Oui, tout-à-l’heure, Monsieur Patron m’a effectivement donné quelque chose à faire par DOM THOM, histoire d’équilibrer un peu la charge de travail, mais soyons honnêtes, ça fait bien longtemps que j’ai fini ma part et je sais que la fiche est à finir pour ce soir avec le dossier que j’ai monté. Alors je m’en suis occupée… Je m’en fous, je viens là pour ça, moi. Je vais pas commencer à compter…

Monsieur Patron revient quelques minutes plus tard pour m’amener un autre document (c’est donc sa deuxième fois dans notre bureau en une matinée, on dirait qu’il a envie de se dégourdir les jambes aujourd’hui !). « Mais elle est malade ou bien…? » fait-il en voyant la chaise vide face à moi. « Non, non, elle est là », fais-je en indiquant le sac à main de DOM THOM accroché au porte-manteau. « Mais où elle est alors ? »… J’aime pas faire ça. Si je dois dénoncer DOM THOM, laissez-moi le faire avec style, dans un moment vraiment honteux… pas pour une simple pause café ! « Elle est descendue prendre un café, je crois… » Je n’ai pris aucun plaisir à la balancer. Dommage, j’espérais mieux des rares instants où elle est prise en flagrant délit de fonctionnariat en ma présence. Ce n’est sûrement que partie remise !

Monsieur Patron tourne les talons en réprimant un soupir. Que voulez-vous faire d’autre ? La mission s’arrête dans 4 mois, on ne va pas lui chercher une remplaçante maintenant, et on a largement autre chose à faire que de lui faire la guerre. Si notre petit service ne fermait pas ses portes dans quelques semaines, oui, on pourrait prendre le temps de chercher à lui faire redresser la barre, mais toutes nos charges de travail doivent être cloturées à la fin de la mission, donc non, tant pis. Le suivant gèrera. C’est comme ça dans la fonction publique, j’imagine. Ceux qui auraient pu serrer la vis à DOM THOM ne l’ont pas fait lorsqu’ils le pouvaient, car le management est souvent la dernière des préoccupations des différents chefs de services et directeurs, et ceux qui pourraient (car je sais que Monsieur Patron, lorsqu’il en a le temps, est attentif à remettre les choses en ordre) n’ont pas la possibilité matérielle de le faire.

Il faudrait que Monsieur Patron puisse pointer les allées et venues de DOM THOM, qu’il puisse être plus sur son dos pour la sanctionner quand, comme hier, elle passe sa journée à boire du café, manger, dormir, et passer des appels personnels. Mais Monsieur Patron est déjà tout seul pour un projet à durée limité, il n’a personne avec qui partager sa charge de travail. Alors…

Alors on réprime un soupir. Et on se dit que tout ça devrait payer un jour, si le monde est bien fait. Les gens scrupuleux sont frustrés et les autres ont la belle vie : c’est ça, la vie dans la fonction publique.

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