Papounet !

13 février 2009 à 23:50

Jekyll aura brisé tous mes préjugés : ceux que j’avais sur la programmation d’arte, ceux que j’avais sur les séries britanniques…

C’était aussi la première fois depuis longtemps que je regardais une série de façon hebdomadaire en sentant les semaines passer de façon aussi concrète. Pourtant on ne peut pas dire que je ne sois pas habituée à attendre qu’une semaine se passe pour avoir ma dose, je le fais pour d’autres séries depuis des années, mais là, l’attente avait un goût particulier… voir arriver le vendredi, rester à l’affût de l’heure, c’était comme avoir des lunettes neuves et voir les choses un peu plus clairement alors qu’on les a toujours eues sous les yeux.
Ce furent donc six longues semaines, et finalement ce n’est pas grand’chose, passées à attendre, à guetter, à se laisser surprendre. Et en-dehors de quelques images d’horreur que je voudrais bien oublier au plus vite, par exemple lorsque je voudrai dormir dans un avenir que j’espère proche (à l’instar de la toute dernière image de la série qui m’a fait allumer toutes les lampes de l’appartement dans un cri horrifié), je pense que c’est une expérience qui va m’impacter durablement.

J’ai eu la sensation, semaine après semaine, que quelque chose de réellement nouveau, et j’ai presqu’envie de dire novateur, s’offrait à moi. Six semaines de surprises, en fait.

Jekyll n’est pourtant pas exempt de défauts, loin de là.
Pour une série qui n’avait que six épisodes devant elle, on y trouve pas mal de remplissage, des scènes prévisibles notamment dans la recherche de l’action pour l’action, et des questions martelées d’épisode en épisode de façon à faire perdurer artificiellement le suspense (allez, on se la refait encore une fois, pour la route : « mais Jekyll n’a pas eu d’enfant ?! »). Par moments, on se dit que quatre épisodes suffiraient à dire l’histoire si on prenait la peine de nous épargner toute cette confiture.
Mais parfois, la série emprunte aussi des raccourcis pour aller droit à son histoire, et du coup, sacrifie des axes qui auraient pu être intéressants, parce que, bah écoutez, on n’avait pas le temps. C’est notamment le cas de la belle assistante (dont je suis infichue de retenir le nom, je confesse) qui, après avoir été le centre de toutes les attentions (et grâce à qui, en fait, j’ai été pour la première fois impressionnée par ce que la série avait à offrir), est mise au rebut, allez hop, avec les deux enquêtrices lesbiennes, à ce tarif-là, moi je dis autant les liquider, à un moment donné il faut assumer. On prend trois nanas au fort potentiel, on les met aux oubliettes au bout de quelques épisodes, on leur offre une scène çà et là histoire de dire, et ce n’est que frustration pour le spectateur. Atteintes du syndrome du boulet, elles sont devenues des poids morts pour l’intrigue… mais c’est pas grave, on les garde.

Mais dans ces reproches qu’inévitablement j’adresse à Jekyll, je remarque aussi tout ce que la série a fait pour m’épater semaine après semaine.
A contrario des trois drôles de dames, le personnage de Claire a pris une saveur insoupçonnée et époustoufflante sans même qu’on le voie venir. Celle qui semblait au départ n’être condamnée qu’à être l’imbécile épouse qui ne comprend rien à rien a eu vite fait de prendre les choses en main. Parmi les scènes qui m’ont donné envie de me proterner devant ma télé, il y a celle où Claire fait la connaissance de Hyde dans la cave, et se montre digne de lui. Elle ne s’en laisse pas compter ni par lui, ni par qui que ce soit d’autre d’ailleurs, faisant la nique à tous les personnages féminins tête-à-claque qui l’ont précédée dans ce genre de rôle. La révélation finale sur son identité (quoiqu’elle aussi juteuse) ne change rien à cet état de fait : ce personnage est simplement grand. Pour sûr, la série aurait aussi bien fait de s’appeler Jekyll & Claire, d’accord, on se serait salement fait spoiler sur pas mal de rebondissements (un peu comme si on avait regardé les bande-annonces d’arte « Jekyll n’est qu’amour » dés le premier soir, ahem…), mais comme tête d’affiche, ça le faisait complètement.
Le personnage de Claire est à l’image de toutes les fois où la série a su prendre une direction imprévisible, sortant des sentiers battus. La prise d’otage, les enfants jumeaux, tout le monde pouvait prédire que ça se passerait à un moment où à un autre, mais même en passant inévitablement par là, la série arrive à nous faire dire « ah bah merde alors, les personnages ne réagissent pas du tout comme je l’avais pensé ».

D’ailleurs la qualité numéro un de Jekyll, bah, c’est Jekyll. Ou plutôt non : on a tous, j’en suis sûre, une petite préférence finale pour Hyde, n’est-ce pas ? Ce personnage si charismatique, drôle (épouvantablement génialement formidablement drôle), avec son côté super-héros parce que bon, fallait pouvoir la vendre à des spectateurs des années 2000 cette série, hein, et puis surtout avec son âme d’enfant, ce mec que forcément on veut voir apparaitre pour torturer un grand gaillard de 2m ou décapiter un petit connard trop vantard, dont on guette les apparitions dés qu’une lampe clignote, bref, Hyde, ce demi-dieu. Enfin, l’autre moitié, la geignarde, la mollassonne, n’est sans doute pas si mal non plus, même si son côté pleurnicheur tapait sur les nerfs à plusieurs reprises, il a su lui aussi évoluer… l’homme qui au départ était effrayé par son ombre (au propre comme au figuré) a su ouvrir le dialogue avec lui, et cohabiter totalement, pour devenir plus fort et parvenir à son but. C’est vrai que je ne sais pas trop comment interpréter la fin de l’histoire pour lui : pourquoi fallait-il que ce soit le faible qui survive ? Qu’a-t-il à offrir à présent ? Pour être totalement honnête, il faut aussi saluer bien bas la
prestation de Nesbitt dans ce double-rôle. Dés que j’aurai fini
l’interminable tournée des films d’Amber Tamblyn, il pourrait bien être
ma prochaine victime, tant ce mec est impressionnant et juste de bout
en bout.
Ca reste quand même bien fun de se dire qu’à la fin, papa est le nec-plus-ultra de la race humaine, maman est un clone, et les jumeaux son maléfiques. Ptain, dans la famille surenchère, ça se pose là, mais ça a un côté délicieux.

Comme souvent, ce que je retiendrai de Jekyll, ce sera plus facilement ses personnages que ses retournements de situation, en fait. Ils avaient leur piquant, évidemment, mais ce n’était pas l’essentiel.

De ces six semaines vraiment rafraîchissantes dans mon panorama téléphagique, que restera-t-il ? Un thème musical angoissant gravé à même mon cortex, assurément. La conviction qu’une fois de temps en temps, il faut peut-être quand même tenter la fiction british (mais ptet en VF dans un premier temps ?). Et surtout, cette petite question obsédante : « dis, lady, quand est-ce que tu achètes le DVD de Jekyll ? ».
Quand je penserai avoir le cran d’affronter la scène finale une seconde fois.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Jekyll de SeriesLive.

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2 commentaires

  1. Nakayomi dit :

    *Sort le pompom*

    Elle a aimé une série british, elle a aimé une série british !! (Mais les fans te diront que c’est une offense de regarder en VF, avec ce manque indéniable du charme de l’accent britsih… Enfin, il paraît… Moi…).

    Bon, c’est con, ça remonte à trop loin pour en discuter véritablement (ce qu’il y a de bien avec ma mémoire, c’est que je peux revoir au moins deux fois une série à deux ans d’intervalle et presque la redécouvrir comme au premier jour ! ^_^; ). Pour les trois persos féminins mis au rebut… Peut-être… Y’avait sans doute des trucs à creuser mais bon… Après tout, c’est Jekyll (et pas Jekyll et ses drôles de Dames ! ).

    Ce que j’en retiens surtout, c’est la construction de la série, sa narration qui ne cesse les allers-retours passé/présent, à certains points clés… Mais sans jamais perdre le téléspectateur… ^_^

  2. Jérôme dit :

    Il est clair que la fin appelait une suite, que la série souffre de quelques facilités et redondances scénaristiques, mais quel pied à (re)regarder, d’autant que Nesbitt est parfait et que le doublage français est de qualité (à part peut-être pour Gina Bellman) !

    Concernant les 3 pénibles, j’aurais tellement aimé que les auteurs osent les tuer, mais je ne pense pas que la censure aurait accepté que 3 femmes issues des minorités (une black, une enceinte, 2 lesbiennes et une autiste bionique) se fassent flinguer dans un épisode…

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