Prozac dans la figure

13 avril 2009 à 15:11

On me l’a chaudement recommandée, à maintes reprises. Mais je continue d’avoir du mal. Pas parce qu’on m’a forcé la main, je vous rassure.
Il y a quelques temps de ça, je vous ai présenté Huff (sans beaucoup de succès, certes, donc je ne sais pas si vous avez pu découvrir la série), principalement parce que j’essayais de me préparer mentalement à retenter le coup avec In Treatment, en partie parce que je peux concevoir son potentiel, et en partie parce que je l’ai promis à un grand timide parmi vous.
J’avais pourtant déjà regardé le pilote d’In Treatment, probablement dés sa sortie, en tous cas très tôt, mais le gros problème, c’est qu’il me met épouvantablement mal à l’aise. Il n’y a pas d’autres termes : mal à l’aise. C’est viscéral.

Alors, histoire de ne pas perdre la main, voilà, encore, un post La preuve par trois… on va essayer, eh bien, d’analyser ça, la série s’y prête particulièrement, non ?


Est-ce la faute de l’irritante Melissa George si j’ai du mal avec ce pilote ? C’est vrai que je n’ai
pas de sympathie pour cette actrice (et l’animosité remonte à Voleurs de Charme, c’est dire), mais ça va bien au-delà. En vrai, je n’ai rien contre le personnage de Melissa George. Juste contre l’actrice. Son personnage est finalement assez intéressant : on sent tout de suite qu’elle est complexe, qu’elle est torturée, bref c’est un peu ce que j’aurais envie de qualifier de « bonne cliente » pour une série pareille. Suivre la thérapie d’une nana qui s’invente des problèmes là où il n’est pas nécessaire qu’il y en ait, juste parce qu’elle est complexe, ça peut être intéressant. Et c’est quand même beaucoup moins courru d’avance qu’une patiente qui viendrait parce qu’elle est battue, ou parce qu’elle boit, ou un truc aussi caricatural. Non, là, on tient un bon personnage. Mais rien à faire.


Le psy est… comment vous dire ? Un psy. Ah ça, ya pas plus ressemblant. Tout y est. Impassible, patient, pragmatique. Comme tous ceux de son espèce, il mesure ses paroles (tant en quantité qu’en qualité), il observe son interlocutrice avec un regard pénétrant en espérant capturer quelque chose dans le non-dit, et surtout, il évoque une épouvantable frigidité émotionnelle. Certes, c’est la profession qui veut ça, mais c’est d’un énervant ! C’est énervant en vrai, et c’est donc d’autant plus énervant quand un psy de fiction sacrifie à pareil stéréotype. Une fois, juste une fois, je voudrais qu’on me montre un psy qui soit plus vivant. Un psy qui n’ait pas l’air d’un simple réceptacle, mais qui investisse un peu plus le dialogue. Juste pour voir ce que ça fait. Parce que dans le genre caricature, ça se pose là, et je crois que c’est en fait ça aussi qui me met, je le répète à nouveau, désolée mais j’ai pas d’autre mot, mal à l’aise : ça fait peut-être bien trop vrai. Je ne sais pas pour le problème du transfert, mais c’est quelque chose qui m’a toujours beaucoup rebutée chez les psys, cette faculté à être si… professionnels. Alors que leur interlocuteur ne l’est pas du tout, lui, par définition. Comment arrivent-ils à s’investir si peu (sans aller, évidemment, aussi loin que le voudrait ici la patiente) dans le dialogue, alors qu’ils voient la personne depuis si longtemps (ici un an), et comment peuvent-ils, ô frustration suprême, être si prompts à renvoyer le patient chez lui à l’heure dite, en n’ayant à lui offrir qu’un « nous en parlerons la semaine prochaine », vraiment ça me dépasse. En ce sens, ce personnage tellement ancré dans la réalité est même plus dérangeant que tout ce qui va se dire pendant la séance. Il lui manque un côté réellement fictif, dans ce pilote, une distanciation avec le réel. Pour être sincère avec vous, je n’ai jamais vu de psy homme, mais j’ai quand même réussi à tout reconnaître en lui, et je crois que ça m’a terrifiée, en fait.


Parce qu’il est là le problème : on rentre, plus que par n’importe quel autre procédé narratif, dans l’intimité d’un personnage (ici la patiente interprétée par Melissa George ; ah oui au fait, j’ai pas du tout retenu son nom, encore une fois), et on a l’impression d’être plongé dans une vraie thérapie. C’est ça qui est terrifiant. On ne retrouve pas d’élément de fiction suffisamment fort pour vous garder à distance. Je n’ai rien, rien en commun avec cette patiente, mais j’ai quand même réussi à entrer dans son univers et le fait que tout soit si… authentique ? Le fait que tout soit si authentique est définitivement un problème à mes yeux. Peut-être que ça irait mieux avec un autre patient, mais je dois dire qu’après avoir vu le pilote en tout et pour tout trois fois, en étant dans un état d’esprit différent à chaque fois, rien à faire, cette façon de me mettre la tête dans l’âme de quelqu’un en me tenant la nuque, ça me fait suffoquer. Je trouve cette ambiance embarrassante, et même au-delà : terriblement usante pour les nerfs. Je me sens épouvantablement voyeuriste parce que je n’arrive pas à me dire que c’est un faux psy. Je vois bien que ce sont des acteurs parce que je les connais, et je vois bien que le personnage de la patiente est fictif parce que dés le pilote elle sort tout un tas de trucs d’un coup, comme on ne peut le faire que dans une introduction, mais rien à faire, je ne me sens pas à ma place. C’est trop vrai pour moi.

In Treatment, c’est typiquement le genre de série qui vous force à regarder autant l’écran que vous-même, et je crois que c’est ça le soucis. Et ça, je crains que ce ne soit finalement le cas avec n’importe quel patient, en fait, c’est ça qui m’empêche de poursuivre, malgré mes multiples tentatives.
Le problème n’est pas qu’il y ait une unité de temps et de lieu, le problème n’est pas que ça manque d’action, ou de rythme, le problème n’est pas que ce soit bavard ou au contraire qu’il y ait beaucoup de silences, le problème n’est pas l’abondance de plans serrés ; non, rien de tout ça, le vrai problème c’est que la série est très, très fine dans sa façon de retranscrire une analyse, et que du coup, vous vous surprenez à faire cette analyse avec le patient alors que ce n’est clairement pas la vôtre ! Alors vous vous posez tout un tas de questions, vous vous demandez pourquoi ça vous pose un si grand problème alors que ce n’est qu’une fiction, ça vous ramène à plein de questions qui n’ont rien à voir, et vous êtes mal à l’aise comme vous l’avez rarement été, et vous finissez par avoir envie de tout gerber d’un coup.

Gerber parce que la série est perspicace, on aura vraiment tout vu.

par

, , , , ,

Pin It

Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *