C’est votre dernier mort ?

25 juin 2009 à 12:11

En toute honnêteté, même en la fréquentant plus ou moins depuis plusieurs années, j’ai toujours pensé que la fiction japonaise était incapable de s’essayer à la création de séries « à concept ». Ce n’était d’ailleurs pas un reproche dans mon esprit, juste la certitude qu’il existe là une particularité culturelle. J’avais tort, mais il aura fallu attendre The Quiz Show pour me le prouver. The Quiz Show m’a semblé être un parent de 24, et pourtant, à première vue, on pourrait avoir l’impression de compter les pommes et les oranges. La série américaine repose sur la peur, l’actualité internationale, et compte sur l’adrénaline, tandis que la série japonaise repose sur le divertissement, la culture télévisuelle, et se montre bavarde. Alors quoi ?
Alors, The Quiz Show a l’excellente idée de se dérouler quasiment en temps réel.

Pourtant, les premières scènes de The Quiz Show ne relèvent guère du génie. On a d’une part un étrange bonhomme en proie à un cauchemar, et d’autre part un chanteur populaire qui enregistre une performance live pour une émission musicale. Non seulement le lien entre les deux protagonistes en question reste indéfini pendant de longues minutes, mais ça n’excite guère le spectateur. L’ennui plane, osons le dire.

Mais c’est là qu’arrive notre élément perturbateur en la personne d’un étrange Monsieur Loyal qui vient inviter le chanteur, qui se nomme Andou, à une émission intitulée The Quiz Show (comme le monde est bien fait). Tandis qu’il l’y invite en lui expliquant le principe de l’émission (je vais y revenir), le spectateur a le regard qui brille, oui, la lumière jaillit : en arrière-plan, souriant, sur une affiche géante, Satoru Kamiyama, le jeune homme aux cauchemars. C’est lui le présentateur de l’émission. Les choses se précisent et notre intérêt est ravivé.

The Quiz Show (l’émission) repose plus ou moins sur le principe de Qui veut gagner des millions, à une nuance près mais elle est de taille : au sommet de la pyramide, au lieu d’un gain en argent, c’est un rêve qu’on peut gagner. La production de l’émission promet en effet la réalisation de votre rêve le plus fou, quel qu’il soit. Andou, qui rêve de se produire au Budoukan (la plus importante salle de concert au Japon) avec comme choristes Madonna et Beyoncé, rien que ça, a appris au début de l’épisode que son agence de management le lui refuse. Il voit donc dans cette émission une merveilleuse opportunité d’enfin atteindre le zénith de sa carrière.
C’est là qu’entre donc en scène Kamiyama, le présentateur de l’émission. Et c’est aussi là que commencent les réjouissances de part et d’autre de l’écran. Nous allons en fait assister en direct à The Quiz Show, comme sont censés le faire les spectateurs de l’émission. Mais cela se fera à une différence près : nous allons également avoir un aperçu des coulisses. Le réalisateur Honma, la productrice Saejima, et quelques autres, veillent au bon déroulement de l’émission.

Laquelle se présente comme une copie conforme des émissions japonaises en général : générique, logo, réactions du public dans les gradins, et surtout, présentateur… tous sont d’une ressemblance frappante. En cela, The Quiz Show fait appel à la culture télévisuelle du spectateur japonais (ou la votre si vous êtes un petit curieux), et ce dernier relâche donc sa vigilance de par tous les signaux familiers qui lui sont envoyés. The Quiz Show se présente comme l’une de ces émissions inoffensives de pur divertissement dont on n’a pas besoin d’attendre qu’elle révolutionnent la face de la télvision. Son présentateur (en contraste avec sa première scène dans la série, mais vous êtes le seul à le savoir) est affable, un peu clown sur les bords mais de bonne compagnie, et d’une grande prévenance envers son célèbre invité. Sauf que progressivement, le présentateur comme les questions posées vont se faire plus ambigus. Andou est mis mal à l’aise à mesure qu’il avance dans le jeu. Kamiyama se fait insistant, puis plaisante, puis lui lance une pique particulièrement agressive, si bien qu’Andou a de plus en plus de mal à saisir ce qu’il se passe.

Ce qu’il se passe, c’est que les questions qui d’abord portaient sur la musique en général, et la carrière d’Andou en particulier, se dirigent progressivement vers la mort de l’ancien partenaire d’Andou, un nommé John, avec qui il formait il y a à peine deux ans un duo en pleine gloire. Petit-à-petit, Kamiyama amène Andou à évoquer les conséquences de la disparition de John… et tout doucement, il envient aux circonstances-mêmes du décès. S’il veut obtenir son rêve, Andou va devoir donner labonne réponse aux questions indiscrètes du présentateur…

The Quiz Show tombe parfois dans l’écueil de quelques maladresses prévisibles mais pas dramatique (à mon avis, il était redondant de laisser les scènes d’introduction, c’est-à-dire le cauchemar et l’enregistrement du live, car elles atténuent l’effet recherché), mais on peut lui reconnaître bien des qualités.
D’une part, le présentateur Kamiyama est impeccablement interprété et écrit, par exemple ; l’acteur (membre du groupe Arashi) s’y montre brillant, comme l’est également l’interprète de Honma (qui lui est membre du groupe Kanjani8) qui parvient à nous surprendre une fois ou deux. D’autre part, suivre l’émission en temps réel est une idée brillante et bien exploitée, qui rend bien les enjeux palpables. Enfin, le tout donne une version autrement plus originale de l’éternelle enquête que nous connaissons habituellement sous le format policier ou judiciaire. Ici, la quête de la vérité se fait en plus sous le couvert d’un jeu, un jeu légèrement malsain mais personne ne s’en aperçoit au départ. Voilà finalement un clin d’oeil à la real tv qui vaut son pesant de cacahuète.

Petit paragraphe pour ceux qui ont envie d’en savoir un peu plus sur le fonctionnement de l’industrie du divertissement au Japon (les autres peuvent aller aux louanges du paragraphe final directement)… Le pilote de The Quiz Show a aussi l’étonnante particularité d’entretenir un double discours sur la façon dont musique et télévision cohabitent au Japon. Ainsi, on trouve au générique de The Quiz Show de nombreux chanteurs (j’en ai cité deux, qui ont les rôles principaux, il y a également Aya Matsuura dans un rôle plus mineur), et plusieurs mentions du « jimusho », à savoir l’agence de management artistique qui, il faut le dire, est toute puissante (ainsi le Johnny Jimusho est une agence absolument omnipotente en ce qui concerne les artistes masculins, il y sera fait mention dans les explications des sous-titres). Sauf qu’ici, le jimusho n’est pas du tout considéré comme l’organisme bienveillant qui mène la carrière des artistes avec de la bonne volonté, mais plutôt comme la société tentaculaire qui a droit de vie et de mort, et à qui la production de l’émission doit rendre des comptes si quelque chose se passe mal avec l’un de ses poulains, ici Andou. Bref, le ton n’est pas du tout complaisant, et ces quelques indices sont très, très intéressants pour qui se captive pour le sujet.

The Quiz Show, tel que je vous le présente ici, n’est pourtant pas une nouveauté. Il s’agit en fait, et c’est exceptionnel, de la seconde saison de l’émission. La première (je n’ai pas eu la possibilité de la voir pour le moment) était apparemment différente, cependant, puisque les personnages principaux étaient différents (et interprétés par d’autres acteurs), et le jeu légèrement aussi. Cette nouvelle saison, qui tient donc du spin-off, n’en est pas moins très intelligente par l’emploi qu’elle fait du média, ou plutôt des médias auxquels elle touche. Comme il serait évidemment très mal perçu d’attaquer de plein fouet certaines organisations du milieu médiatique, la série joue de son concept pour dénoncer quelques petites choses sans oublier de mener l’interrogatoire tambour battant, à la fois pour brosser des portraits effrayants des personnages qui gravitent dans ce monde (le chanteur puissant, le réalisateur qui privilégie l’adrénaline au politiquement correct, le présentateur en proie à des hallucinations, la productrice soumise…) et pour servir des intrigues sur un mode relativement nouveau.
En bref, The Quiz Show, c’est bon, mangez-en. Attention aux noyaux, c’est tout…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

3 commentaires

  1. freescully dit :

    Ca a l’air très sympa tout ça, je mets la série sur ma liste des choses à voir ! C’est vrai que la façon d’aborder une enquête policière est originale et j’aime bien le principe de la mise en abyme.

  2. Nakayomi dit :

    Effectivement, le coup de l’enquête de la mort du partenaire peut donner quelque chose d’intéressant (parce qu’au début, j’étais quand même un peu sceptique sur le concept et sa portée -même si ce n’était pas inintéressant dans l’absolu-). Ca donne presque envie dis donc (je note pour voir si mes fournisseurs connaissent dans la langue de Frédéric Lopez -qui ne parle pas espagnol ! -)

    Sinon, le concept du jeu rappelle un peu celui des USA où il faut dire la vérité pour gagner…

  3. Nac dit :

    J’ai beaucoup apprécié!J’ai eu un peu peur du côté figé des épisodes (un épisode, un invité) mais au final,le fil rouge avance grace à ça et l’émission évolue en même temps. Le suspense se maintient bien jusqu’au dernier épisode. C’est étrange quand même d’avoir l’impression d’assister à une émission avec le présentateur qui regarde la caméra et qui rappelle régulièrement qu’il s’agit d’un direct ou qui rappelle à son invité qui commence à angoissé que c’est « de la TV ». Les acteurs sont très bons et j’ai été impressionné par Sakurai Sho!

    Le concept de ce drama était très intéressant!

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