Douleurs

12 août 2009 à 7:38

Derrière les pitches les moins révolutionnaires se camouflent parfois des séries incroyables. Et quand on me dit que le personnage principal, en phase terminale, va aller retrouver sa famille avec laquelle il a perdu contact avant de mourir, bon d’une part je cagoule, normal ; et d’autre part je me dis vraiment qu’on va me faire pleurer à moindres frais.
Pourtant, Kaze no Garden est d’une sincérité déconcertante. Et si effectivement, il y a des chances pour que vous y alliez de votre petite larme ici ou là, le dorama n’a rien d’artificiel.

…Mais on va plutôt reprendre depuis le début. La famille Shiratori compte deux médecins : Teizou, qui vit dans la campagne de Hokkaido où il travaille à l’ancienne, se déplaçant à domicile chez des patients âgés, et Sadami, anesthésiste renommé qui a fait ses études aux Etats-Unis, qui maîtrise une technologie de pointe et travaille dans un immense hôpital tokyoite. Teizou est le père de Sadami, mais cela fait 7 ans qu’ils ne se sont pas parlés.
La rupture a eu lieu au moment du décès de la femme de Sadami, il y a donc 7 ans. Grand-père Teizou a pris sous sa garde les deux enfants, qui eux non plus, n’ont pas revu leur père Sadami depuis lors. Chacun poursuit sa vie de son côté, pensant souvent aux autres mais sans que cela n’aille aussi loin que des retrouvailles.

Kaze no Garden commence alors que chacun célèbre en silence le 7e anniversaire de la mort de l’épouse de Sadami ; la série commence aussi alors que Sadami semble vivre une certaine remise en question, principalement due à son état physique qu’il sent décliner, même s’il continue de maintenir les apparences. Et pendant que Sadami mène une vie professionnelle chargée mais épanouissante, la vie de l’autre partie de sa famille se déroule au calme, dans de magnifiques jardins que le grand-père et la fille entretiennent avec patience et amour.

Si vous pensez qu’un pilote se doit d’introduire une situation donnée pour mieux la déconstruire dans l’acte suivant (par exemple si le pilote de Nurse Jackie vous a semblé poussif), ne regardez pas Kaze no Garden, la structure de son épisode inaugural y sera trop atypique pour vous. Tout y est purement introductif, sans chercher à aller droit au but comme le font un grand nombre de pilote. En fait, si vous ne lisez pas le résumé de mon premier paragraphe (trop taaaard !), il est même possible que vous n’ayez pas la moindre idée que Sadami va retrouver sa famille. Si le pitch dessine l’histoire d’un retour aux sources ultime, on n’en voit rien dans cet épisode, qui marque une séparation nette entre les deux univers, sans chercher à les rapprocher précipitamment parce que, bon, c’est dans le scénario hein ; c’est comme si la série était consciente que des retrouvailles, après 7 ans de silence, ça ne se fait pas comme ça.

Mais c’est épisode, qu’on se le dise, n’est pas ennuyeux pour autant. Bien au contraire, il y a du génie dans cette composition : au lieu d’une simple présentation des parties en présence, on y trouve des portraits en relief des personnages. Il n’y a pas d’un côté le vilain papa carriériste et de l’autre le gentil grand-père bienfaiteur, mais deux hommes qui ont souffert, et qui font les choses au mieux. En fait, ce pilote pousse le génie jusqu’à montrer le contraste entre les deux hommes sans jamais les mettre en opposition, sans jugement de valeur.
Les enfants non plus ne manquent pas de substance, chacun a sa personnalité bien à lui, à l’instar de Rui, belle et douce, amoureuse de son jardin, danseuse dans une troupe traditionnelle, et maîtresse d’un homme marié. Qualités et défauts nous sont montrés sans jamais être pointés du doigt, comme avec bienveillance.

Kaze no Garden est aussi une série médicale, ou tout du moins, une série sur le traitement de la douleur. Quand le grand-père se rend de maison en maison pour soigner et surtout écouter ses patients, Sadami l’anesthésiste passe un temps infini à surveiller les douleurs des siens pour les soulager au mieux, et aider ses collègues à les guérir. Tous les deux sont profondément humains dans leur pratique, même s’ils ne pratiquent ni la même chose, ni de la même façon. J’ai été particulièrement touchée par les scènes à l’hôpital, qui relèvent d’une grande honnêteté intellectuelle, et qui sans mentir n’ont rien à envier aux meilleurs épisodes d’Urgences : rires, inquiétude, fatigue, erreurs, banalités administratives, relations avec les patients et les collègues sont d’un grand réalisme. Une fois, j’avais voulu regarder Code Blue, un dorama médical dont l’atmosphère artificielle basée uniquement sur l’adrénaline m’avait vite découragée ; sur les aspects médicaux, Kaze no Garden en est la brillante antithèse. Donc je confirme, les Japonais aussi peuvent faire de bonnes séries sur la médecine, et ce pilote le prouve.

En servant un premier épisode surprenant mais sans artifice, bien écrit et bien filmé, et bien interprété aussi d’ailleurs, la série Kaze no Garden prouve qu’elle peut réserver encore des surprises dans ses prochains épisodes, et toucher le spectateur sans verser dans un pathos exagéré que beaucoup de séries de ce type nous servent aisément. Ses portraits profondément humains, son regard à la fois réaliste et tendre sur la vie, donnent véritablement envie d’en savoir plus.

Sous un titre sans prétention (« le jardin du vent ») se cache une série pleine d’élégances, où l’on parle des souffrances tant du corps que de l’âme. Ainsi cette phrase entendue dans le trailer de l’épisode 2 :
« C’est quoi un passé douloureux ?
– C’est quand on a fait ce qu’on devait faire. »

par

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2 commentaires

  1. akito dit :

    Les séries médicales, je m’en méfie énormément. J’ai du mal à regarder un épisode d’Urgences sans faire un parallèle avec mon boulot, ça peut paraître idiot mais j’en connais d’autres dans mon cas, donc peut-être pas si idiot que ça

    J’avais eu un aperçu de « la médecine dans les drama » dans 1 Rittoru, First Kiss ou encore l’excellent VOICE que je te conseille, et sûrement du fait des différences culturelles, j’arrivais beaucoup mieux à m’en détacher que dans une série occidentale. Code Blue ne m’attire pas du tout, par contre. Mais Kaze no Garden, pourquoi pas.

    Au fait, je suis en train d’avaler les épisodes d’Aishiteru les uns après les autres, très bon choix

  2. ladyteruki dit :

    N’ayant vu que le pilote, je ne peux pas promettre que Kaze no Garden restera à ce point médical même s’il semble assez évident qu’un axe aussi emprunté dans le pilote ne sera pas totalement abandonné ensuite. Mais j’imagine que nécessairement, ça va s’atténuer ensuite.

    Ha, tu regardes Aishiteru avec les sous-titres ou sans ? Ça m’énerve, j’ai trouvé les sous-titres pour une version xvid, et j’ai DL les raw en mp4, du coup le timing est un peu décalé, c’est dommage… m’enfin c’est mieux que rien !

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