Pétard mouillé

13 octobre 2009 à 6:22

Comme on dit : vaut mieux tard que jamais. Mais il était tout de même grand temps pour moi de me motiver à regarder Three Rivers, l’un des derniers pilotes de l’automne qui me soit encore inédit. Mais pour annoncer sans détour la couleur, je dirai qu’il ne nous reste plus qu’à prier pour la midseason…
On savait que la rentrée 2009-2010 serait, notamment, placée sous le signe de la médecine. Ascendant ennui mortel, j’ai envie de dire. C’est comme si tout le monde s’était massivement engouffré dans ce créneau, mais sans avoir la plus petite idée de ce qu’ils pourraient bien y faire. Après des flots d’infirmières, quelques gouttes de psychiatrie cet été et un jet de secourisme, nous voilà donc, avec, entre les mains, un Three Rivers dont on aimerait penser du bien, mais qui s’échappe par filets entre nos doigts, quoi qu’on fasse.

Three Rivers a en effet essayé de se démarquer de la concurrence (et d’Urgences) par son univers coloré, d’abord, mais aussi par la spécialité choisie et, pour finir, par le choix de présenter l’hôpital sous un angle high tech, voire futuriste (soyons clairs, pas un de nous ne pourrait trouver un tel endroit où se faire soigner).
Jolie tentative.
Mais non.
Car à chacune de ces petites innovations (ou en tous cas, visiblement voulues telles), il y a un massif « mais » à opposer.

Peindre quelques murs et le sol en rouge brique et rajouter des poutres au milieu des couloirs de verre (désormais incontournables en milieu hospitalier, bonjour l’intimité !), ça ne suffit pas pour afficher un vrai parti-pris esthétique. Désolée, mais n’insistez pas. Pour autant que je tire mon chapeau au chef décorateur de Three Rivers, ce n’est pas à lui de faire tout le boulot. Or, la réalisation est d’une épuisante banalité, voire même mauvaise sur certains points comme les transitions, laides et grossières. Donc, non.

De même, Three Rivers part du principe qu’on va suivre uniquement un service de transplantation. En tous cas c’est comme ça qu’on nous l’a vendue ! Et en fait pourquoi pas ? Sauf que le pilote nous offre… UN seul patient initialement venu pour une transplantation (et comme il est amené à servir de fil rouge pour tout ou partie de la saison, il n’est donc même pas transplanté pour le moment). Les deux autres cas sont un homme qui vient pour des sutures (juré ! des sutures !) et dont, heureusement, l’épouse fait un malaise cardiaque nécessitant une transplantation, un sacré bol que son mari soit venu se faire raccommoder ici. Enfin, un jeune garçon est amené parce qu’il crache du sang, mais partira sans la moindre transplantation, manquant de peu un diagnostic strictement psychiatrique (mais en sera quand même quitte en bout de course pour une petite chirurgie, histoire de marquer le coup). C’est un peu du gâchis, quand même, que de piétiner dés le pilote le concept sur lequel on a bâti sa série. Ce serait à la rigueur excusable plus tard dans la série, chaque saison ayant toujours un minimum d’un ou deux épisodes plus faibles, mais dés le pilote, ce n’est rien d’autre qu’un aveu d’échec.

Enfin, au chapitre de la technologie, si son apparition surprend au premier abord, il faut bien admettre qu’elle donne un aspect futuriste à Three Rivers mais, malheureusement, cela reste purement cosmétique. Des écrans tactiles, c’est bien, inventer la chirurgie de demain, ce serait autrement plus courageux. Tant qu’à être irréaliste, autant y aller carrément.

Mais en dépit de tout ce que je viens de citer, et qui constitue déjà, mon Dieu, un lourd dossier à charge contre Three Rivers, le plus dommagbeable, le plus regrettable, et certainement l’argument le plus insurmontable, c’est le manque d’âme.

Les personnages principaux n’interagissent quasiment pas entre eux, et quand ils le font, c’est sans conviction et uniquement par tandem. Les deux seconds rôles ensemble. La directrice et sa pupille. Le beau médecin et l’infirmière. Les relations sont d’une telle froideur que chacun fait son numéro dans son coin sans jamais s’occuper de ce que font les autres, à l’instar du Dr Jablonski qui, une fois son cas discuté, quitte la réunion de service sans chercher à écouter ce qui se passe chez ses collègues, alors que ça reste tout de même l’intérêt de telles réunions.

Cela aurait pu être un choix, de dire qu’un hôpital n’est pas toujours une cour de récré à la Grey’s Anatomy où tout le monde copine et/ou couche ensemble. Ou bien la version noble : trop préoccupés par les patients, les médecins se comportent en autistes avec leur entourage professionnel. Ou encore : il y a de la compétition, des jalousies… Mais non, rien de tout ça. C’est simplement que le cast pléthorique n’est absolument pas celui d’un ensemble show. Ces gens-là ne travaillent pas ensemble, ils travaillent au même endroit, c’est tout. La présence de chaque personnage n’est qu’un prétexte pour mettre en scène plusieurs cas histoire d’employer la structure habituelle propre à ne pas lasser le spectateur, ou en tous cas pas trop vite.

Par voie de conséquence, les personnages de Three Rivers ne dégagent pas la moindre sympathie. Ils sont comme leur hôpital : peut-être à la pointe de la médecine, mais certainement pas humains. On ne s’imagine pas rester en leur compagnie. Pire, la compassion ou l’inquiétude qu’ils semblent manifester envers les patients (pas leurs patients, puisqu’on a un petit blondinet qui s’agite avec l’énergie du désespoir pour une femme enceinte qu’il n’a jamais vue) semblent feintes, presque hypocrites. Il faut dire aussi que le cast, n’ayant pas grand’chose à se mettre sous la dent, ne donne que le strict minimum. Un gâchis pour un ou deux d’entre eux, d’ailleurs.

Bref, le travail effectué sur Three Rivers est partagé entre envie de se démarquer et incapacité marquée à le faire. Aseptisé mais plein d’intentions, Three Rivers est avant tout… un coup d’épée dans l’eau. Une de ces séries médicales qu’on va ranger vite fait sur l’étagère, avec les autres. Celles qui ont échoué.

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1 commentaire

  1. Nakayomi dit :

    Rien sur une quelconque ambiance un peu trop dégoulinante de bons sentiments, c’est au moins surprenant ! Maintenant, bah… Autant dire que c’était pas l’une des nouveautés que j’attendais et que j’attends toujours pas pour le coup…

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