DramaPassion : l’interview

6 mars 2010 à 10:43

C’est une première : un site propose dorénavant de la VOD asiatique pour les francophones ! Nous avons rencontré ses deux fondateurs.


I
ls ont la trentaine, ils ont plein de projets, et ils ont lancé au début de l’année DramaPassion, le premier service de VOD asiatique dans des pays francophones (voir une présentation de ce service ici). Wook Han et Vincent Lecomte, les deux fondateurs, nous racontent comment ils se sont lancés dans cette entreprise.

DramaPassion

D’où vous est venue l’idée de lancer ce service ?
C’est le croisement de deux réflexions qui nous a poussés à lancer DramaPassion. Premièrement, étant belge d’origine coréenne [ndlr : c’est le cas de Wook], j’ai toujours été intéressé par le développement des échanges culturels entre l’Asie de l’Est et l’Europe. En effet, bien que très différentes de la culture européenne, nous pensons que les cultures asiatiques ont leur propre charme et peuvent apporter beaucoup en termes de diversité culturelle en Europe.
Deuxièmement, nous avons aussi constaté que les offres de divertissement dans les canaux traditionnels tels que la télé, le cinéma ou le DVD en Europe sont largement dominés par les productions américaines et donc proposent peu de diversité aux consommateurs. Nous avons donc pensé que les séries asiatiques et les dramas coréens en particulier représentaient le meilleur moyen pour à la fois proposer une vraie alternative aux productions « mainstream » et permettre la découverte des cultures asiatiques. En effet, les dramas coréens mettent l’accent sur les émotions, les relations et les valeurs humaines, ce qui est plutôt rare dans les productions « mainstream », et tout cela dans le contexte culturel et social de la Corée moderne.

Quels sont les plus gros freins au démarrage de cette activité ?
L’argent et les producteurs. Avec le budget dont nous disposons, nous devons être très prudents dans la sélection des titres que nous proposons et le développement progressif de nos services. Nous aurions aimé pouvoir être plus agressifs et plus rapides, mais nous ne pouvons pas non plus prendre des risques démesurés.
Les producteurs, car bien qu’ils se montrent très coopératifs, ils ne nous laissent pas toujours suffisamment de marge de manœuvre pour développer les offres et services comme on le voudrait. Bien sûr, ils ne font que suivre les traditions de l’industrie des médias. On aurait aimé qu’ils se montrent plus compréhensifs à l’égard du marché européen dont la réalité est bien différente des autres marchés auxquels ils ont affaire.

Combien de personnes sont nécessaires pour faire tourner un tel service de VOD ?
Au total, une dizaine de personnes sont impliquées dans le projet, de la traduction à la programmation et la maintenance du site web. Par exemple, chaque série a son traducteur principal, et un autre qui s’occupe de la relecture.

Le public amateur de séries coréennes est assez ciblé, mais connaît déjà cet univers. Comment faire connaitre ces séries à ceux qui en ignorent jusqu’à l’existence ? Comment élargir votre marché ?
Nous allons faire connaitre ce monde fantastique à travers des actions marketing très ciblées sur un segment de personnes plus susceptibles d’être intéressées par les séries coréennes. Des publicités grand public ne sont pas efficaces dans notre cas. Par ailleurs, nous comptons beaucoup sur nos membres pour parler des séries coréennes autour d’eux. En effet, d’après nos recherches, la plupart des personnes qui sont aujourd’hui adeptes de séries coréennes ont fait le pas grâce aux amis et aux familles, en dehors des personnes qui étaient à l’origine adeptes de mangas ou séries japonaises. Une offre légale avec la possibilité de visionner les premiers épisodes gratuitement devrait faciliter le « test » pour les curieux. Je voudrais souligner l’importance de l’aspect légal de l’offre, car pour les personnes qui ne sont pas encore familières avec le monde des dramas, le téléchargement illégal représente une barrière psychologique supplémentaire.

Le public qui regarde déjà des séries asiatiques le fait par le biais du téléchargement illégal, et ne connaitrait pas ces séries sans lui. Comment vous positionnez-vous vis-à-vis de ce fait ? Comment pensez-vous encourager ces personnes à passer dorénavant par des voies légales ?
En effet, avant l’arrivée de DramaPassion, le téléchargement illégal était le seul moyen de regarder des dramas coréens avec une traduction en français. Et nous avons beaucoup de respect pour les personnes qui ont contribué à faire connaître la beauté des dramas coréens au cours des dernières années, et cela, par pure passion.
DramaPassion propose maintenant une alternative légale et nous espérons qu’un grand nombre d’adeptes de dramas coréens reconnaîtront la valeur de nos efforts. Nous pensons que personne ne remet en cause nos efforts de « légalisation » des dramas coréens en Europe, mais c’est plutôt l’aspect payant qui rebute un certain nombre de personnes pour qui le drama coréen était synonyme de gratuité. Dans ce contexte, il est évident que c’est d’abord à nous de proposer une offre de qualité et de faire évoluer nos services pour répondre au mieux aux demandes et aux besoins des adeptes du drama coréen. Réciproquement, nous encourageons le public à soutenir les initiatives légales en faisant part de leurs souhaits et en participant au développement de celles-ci.

Craignez vous la « concurrence » des fansubs ? Comment gérer cette communauté très active, mais pas forcément bien disposée à votre égard (un groupe Facebook a par exemple été ouvert) ?
Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Le monde du fansub est très complexe et hétéroclite. Nous sommes convaincus que la majorité d’entre eux sont compréhensifs à l’égard de DramaPassion et suffisamment matures et civilisés pour appréhender la situation avec le recul nécessaire. DramaPassion est très récent et la communauté du fansub est en train de s’adapter à ce changement. Nous verrons dans les mois à venir dans quelle mesure elle représente une réelle concurrence pour nous. Étant donné que nous ne pouvons pas licencier tous les dramas coréens, la communauté du fansub pourrait bien être complémentaire à notre offre pour le bien de tous les adeptes des dramas coréens.

Selon quels critères les chaînes vous cèdent-elles les droits d’une série donnée ?
Nous faisons en général une demande des titres qui nous intéressent. Il arrive que les chaînes nous fassent des propositions sur base de la popularité de certains dramas en Corée. Mais il est en général difficile d’obtenir des licences pour les dramas encore en cours de diffusion en Corée.

Byeoreul Ttada Jwo
Pour les séries en cours de diffusion comme Byeoreul Ttada Jwo, il faudra être patient !

Y a-t-il des séries que vous aviez à cœur d’inclure dans votre catalogue ?
Bien sûr, il y en a plusieurs même. Mais en réalité, ce n’est pas le plus difficile. Nous avons en général accès aux séries que nous avons à cœur de proposer. La seule série pour laquelle il a fallu pousser un peu plus, c’est IRIS, notamment parce que c’est une grosse production indépendante mais qu’il faut négocier avec la chaîne. Mais c’est en bonne voie.

Quelles séries espérez pouvoir proposer un jour ?
Nous espérons pouvoir proposer la majorité des dramas coréens dans le futur ! Personnellement, j’ai adoré Cain gwa Abel et Gaewa Neukttaeui Sigan. Cela se fera peut-être à l’avenir. De manière réaliste, nous allons d’abord nous concentrer sur les dramas les plus récents. À titre d’exemple, nous venons d’obtenir les licences pour Chuno, Gongbueui Shin et Cheonhamujuk Lee Pyung Kang .

Y a-t-il des genres que vous allez préférer, ou au contraire éviter ?
Non, nous voulons être le plus complet possible dans notre offre. Cela étant dit, nous donnons la priorité aux dramas récents. Aussi, en fonction de la réaction de nos utilisateurs, nous pourrions modifier l’importance relative de certains genres dans l’avenir. Nous suivrons attentivement l’accueil que vont recevoir Baramui Hwawon et Hwang Jini car nous ne savons pas très bien à l’heure actuelle si des séries historiques peuvent intéresser les Européens.

Votre objectif est-il de couvrir l’actualité coréenne, ou êtes-vous plutôt dans la démarche d’offrir ce qui vous semble être le meilleur, même si c’est plus vieux ? Peut-on envisager des « classiques » de la télévision coréenne datant d’il y a une ou deux décennies ?
Comme dit précédemment, nous allons d’abord nous concentrer sur les nouveaux dramas et parallèlement ajouter les plus gros hits du passé. Mais nous n’avons pas l’intention de proposer des dramas qui datent des années 80 ou 90. Par ailleurs, nous allons aussi nous focaliser sur les séries de 16 à 25 épisodes. Nous pensons que malgré leur qualité, les séries plus longues sont difficiles à commercialiser en Europe.

Hwang Jini
Hwang Jini plaira-t-elle aux Européens ?

Devez-vous rendrez des comptes aux chaînes coréennes sur le nombre d’épisodes achetés, à la façon de résultats d’audiences ?
Bien sûr, il s’agit d’une obligation et aussi une pratique standard dans le secteur. Nous procédons à un reporting sur nos volumes de vente de façon régulière, à partir de nos statistiques. Les modalités varient d’une chaîne à une autre, mais dans tous les cas, ce système basé sur une relation de confiance avant tout.

Le site s’appelle DramaPassion et non Drama-Coréen-Passion ; est-il envisageable que le service propose des séries venant d’autres pays asiatiques et pourquoi ?
Pour le nom, on ne voulait pas choisir un nom trop limitatif, car on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Il est envisageable que nous ajoutions des séries d’autres pays asiatiques, mais chaque chose en son temps, nous avons assez de pain sur la planche avec les dramas coréens.

Vous êtes également en relation avec des producteurs indépendants. À quoi ressemble la production télévisée indépendante ?
La majorité des dramas coréens sont produits par les 3 chaines principales. La production indépendante ressemble au système américain : une société produit une série, puis essaye de la vendre à une chaîne ou une autre. Comme le financement n’est pas lié aux chaînes, il y a plus de liberté dans le choix du sujet ou dans le ton, il y a moins de contraintes, comme pour IRIS ou Cain and Abel par exemple. Ensuite, la société de production rentabilise sont investissement

En quoi est-ce différent des relations avec les chaînes elles-mêmes ?
Pour les productions indépendantes, les droits de revente des licences sont souvent vendus aux chaines en même temps que le droit de diffusion à la télé. Donc à l’exception de quelques situations très rares, nous pouvons tout régler avec les chaines. Actuellement, en étant en relations avec les trois chaînes principales (MBC, SBS et KBS), nous avons accès à 90% des séries coréennes. Il y a le cas de chaînes comme OCN, sur le câble, qui propose ponctuellement des séries, mais nous nous focalisons pour le moment sur des productions à succès dans un premier temps ; nous nous pencherons peut-être sur des séries de cette chaîne si elles remportent un grand succès public.

> Découvrez aussi la présentation complète du service DramaPassion.
Article également publié sur SeriesLive.com.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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