Music: a complete guide to autism

23 avril 2010 à 23:30

La grande révélation que m’a faite ma psy il y a quelques temps, c’est que je ne suis pas dépressive. Je vous avoue que ce jour-là, elle a bien mérité ses 41€, parce que franchement, celle-là, on ne me l’avait jamais faite. Et près de trois mois plus tard, j’avoue n’avoir pas encore complètement intégré cette donnée.

C’est une nouvelle rassurante, d’une certaine façon. Du moins, ce devrait l’être. Mais au contraire, je suis complètement retournée.
Je ne serais pas dépressive ? Je n’aurais connu que des épisodes dépressifs, mais je n’aurais pas une personnalité cliniquement dépressive ? Par défaut, ce n’est pas ma nature ? Mais alors, comment expliquer que je l’aie été pendant une bonne vingtaine d’années ? Il parait que je connais des épisodes dépressifs particulièrement longs à cause d’un facteur qui les provoque. J’ai une petite idée sur les personnes à blâmer pour ces « facteurs extérieurs », je vous le dis franchement. Mais ça reste quand même une révélation foudroyante. Parce que ça fait quand même la bagatelle de 10 ans que j’avais acquis la conviction d’avoir été dépressive toute ma vie. Ça expliquait tout. Ça expliquait mon rapport à la mort, à ma mort, à tout. J’étais convaincue d’être dépressive depuis toujours.

Et donc, je ne le suis pas.
Bon.
Il va falloir faire avec cette nouvelle donnée.
Merde alors, quand même.
Toutes ces fois où…? Non ? Bon. Pas dépressive, alors. Juste des épisodes. Des épisodes longs, mais des épisodes. Bon. Merde quand même. Le choc, putain. Sérieusement. Pas dépressive. Bordel, si j’avais su.

Ou, en fait, peut-être que je savais. Du moins, peut-être que mon corps le savait. Chaque fois que ça allait si mal, que je me sentais meurtrie à l’intérieur, et que je ne luttais pas. Peut-être que c’était ça. Peut-être que c’est mon corps qui digérait l’épisode, parce qu’il savait qu’il allait rebondir. Parce qu’il n’était pas dans sa nature d’y rester, dans son épisode dépressif. Peut-être que par réflexe, je ressentais le besoin d’explorer l’épisode dépressif pour mieux repartir de l’avant.

C’est encore difficile pour moi à concevoir. Ça annule des tas de choses que je croyais être vraies sur moi-même. Quand j’ai vécu en 2003 cette espèce de résurrection intérieure, par exemple. C’est comme si maintenant ça perdait du sens, cette renaissance que j’ai ressentie alors. Je n’étais pas dépressive. La renaissance était normale. Ce n’était pas mon miracle à moi. Je n’ai jamais eu de miracle à moi. Juste des sorties de crise, qui étaient inéluctables, parce que, tenez-vous bien, il n’était pas dans ma nature profonde d’être dépressive. Et je plains sincèrement ceux qui le sont parce que, bordel, j’ai eu l’impression que mes épisodes, c’était déjà une sacrée épreuve.
Mais en fait, non, je n’ai jamais été qu’un imposteur. Et je ne le savais même pas.
Je suis encore ébranlée par cette révélation. Elle invalide plein de choses et il y a des tonnes d’ajustements à faire dans la façon dont je me voyais.

Cela dit, depuis qu’elle est partie, je crois que cette conviction m’a aussi un peu aidée. Je vais rebondir. Ça va être dur, mais ce n’est qu’un épisode. Je peux faire confiance à mon instinct pour vivre la douleur à fond, puis en ressortir. Savoir que je n’ai jamais été dépressive, c’est un peu une trahison envers elle, mais beaucoup un soulagement en ce qui concerne le futur. Je vais rebondir. J’ai trahi tous ceux avec qui je compatissais, mais en tous cas, je ne
suis pas dépressive. C’est pas dans ma nature. J’ai dépassé l’épisode où je voulais mourir, depuis bientôt 9 ans maintenant, c’est bien, c’était un épisode, on n’y reviendra pas. Là je passe par un autre épisode (et je peux clairement voir que, bien qu’il soit atrocement difficile, il n’a rien de commun avec d’autres qui l’ont précédé) mais ce n’est que ça, un épisode, et je m’en sortirai. Avec de nouvelles cicatrices à l’intérieur, mais je m’en sortirai.
Cette nouvelle que ma psy m’a apportée, c’est comme une sorte d’espoir, de foi. Depuis combien de temps je n’avais plus ressenti ce genre de choses aussi infiniment positives sur l’avenir ? Je ne suis même pas certaine que ça me soit déjà arrivé.
Et dans mon cercle malsain de médicaments, et de pensées morbides, et de questionnements sur ma nature, je conserve la foi nouvellement acquise que, là, je ne le vois pas, mais l’épisode aura une fin. Ce n’est pas qui je suis, ce n’est pas mon diagnostic, il y a une issue qui n’est pas la dépression. Je vais en chier quelques temps, continuer de sortir du boulot et voir le ciel sans nuages et m’effondrer dans la rue, continuer de pleurer dans le train avec la respiration qui s’arrête comme si mes poumons n’allaient plus jamais accepter de passer le moindre gramme d’air, continuer de hurler de douleur le soir quand je n’ai pas encore pris mes médicaments…
…mais vous savez quoi ? C’est pas moi. Ce n’est pas qui je suis. C’est juste ce que je vis. Ça finira à un moment. Il faut que je me fasse confiance. Parce que mon corps, il n’est pas malade. Il ne l’est pas. Et il va extirper tout ce mal de lui-même à un moment ou à un autre. Il faut juste serrer les dents, et se laisser faire, et ça reviendra, comme c’est toujours revenu, après tout, même si la première fois ça a pris 21 ans.
La renaissance de 2003, celle de 2008, et maintenant, celle de 2010 peut-être ? Ce n’est pas sans fin. C’est juste terrible à vivre.

Alors je m’en remets à mon corps, je passe la crise comme j’ai passé toutes les autres, je laisse les choses se faire et j’attends de remonter de moi-même.
Et en attendant, eh bien, je laisse l’instinct me guider.

En ce moment, mon instinct me dicte plusieurs choses. D’une part, l’autisme total, celui-là je le connais bien, c’est quand le monde n’existe qu’unilatéralement, je ne prends plus d’appel, je ne vois plus personne. Ça fait deux ou trois jours que ça a commencé et je pense que ça y est, le mécanisme est enclenché, j’ai tous les symptômes du « le monde doit impérativement comprendre qu’il doit me foutre la paix et attendre que j’aie envie de venir à lui ».
Et d’autre part, la musique. Deux jours après qu’elle soit partie, je suis allée à la FNUC et je me suis racheté ces écouteurs bluetooth que j’avais achetés en novembre et qui, au bout d’une semaine, ont été grignotés par le chat de mon patron (j’attends toujours les 50€ de dédommagement, enfoiré), et que j’avais hésité à me repayer vu la somme, eh bien là ça y est, et tout le monde peut voir que j’en ai, des écouteurs, parce que dés que je suis dehors, je les ai vissés dans les oreilles, celle qui entend et celle qui n’entend plus vraiment, et celle qui entend, sérieusement, elle en est douloureuse à force d’avoir l’écouteur vissé comme ça deux à trois heures par jour, c’est pas le son, c’est juste le corps étranger vissé dans l’oreille pour me plonger dans la musique et pour effacer le reste du monde, et la musique efface le monde et je sais que ce n’est qu’une phase, mais là j’en ai besoin, de ma musique, je l’ai senti monter depuis quelques jours, et là on y est, c’est la musique, tout le temps.

Et de savoir qu’après, je vais sortir de mon autisme musical, parce que c’est juste un épisode… ça m’autorise à me laisser encore plus aller.

Même au plus sombre, il semble désormais que j’ai, par cette révélation, déverrouillé l’accès à une certaine confiance en l’avenir.
Don’t look back.

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2 commentaires

  1. T dit :

    Toutes mes condoléances pour ton amie.

    Si tu souhaites rompre ton isolation, tu connais mon adresse skype.

  2. Cédric dit :

    Ce qui est agréable aussi évidemment, c’est que tu fais très peu de fautes et de coquilles au niveau grammaire/orthographe. Mais je tiens quand même à te signaler celle-ci (parce que j’ai l’impression que tu la fais à chaque fois, en tout cas je l’ai déjà rencontré à plusieurs reprises en te lisant (et par deux fois dans ce billet-ci) ) : il n’y a pas de ‘s’ à ‘quelque’ dans l’expression ‘quelque temps’ .

    D’ailleurs ça me fait penser à une question que j’ai lu quelque part où tu écris : « quelle est la faute de français dont vous savez que c’est une faute mais que vous faites quand même ? » (quelque chose comme ça) peut-être est-ce là une des tiennes ? et que tu sais qu’il n’y a pas de ‘s’ à ‘quelque temps’ mais que tu le mets quand même ?

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