Ne nous fâchons pas

12 octobre 2011 à 23:41


Le pilote d’American Horror Story nous pose une difficile question, reprise ce matin sur Twitter par Florian et Tony, mais avant d’en parler, je voudrais qu’on procède dans l’ordre et la discipline. Alors, ceux qui n’ont pas encore vu le pilote, je vais leur demander de faire un clic de cote (par exemple vers la droite) et de lire un autre post (disons, celui sur The Slap, mettons, j’dis ça…), et ceux qui l’ont vu, faites pas les malins, parce que c’est pire : je vais vous demander d’etre raisonnables. Ah ça rigole moins, hein.
C’est fait ? Bien.

Parce que ces derniers mois, le meme débat, dans un autre contexte, a mené à des débordements parfois à la limite du supportable, la question que pose American Horror Story est sensible : Vivien s’est-elle faite violer ? La paternité de son foetus en dépend…

Derrière cette question il y en a deux :
– Vivien est-elle consentante ? Si elle ne l’est pas ça règle le problème !
– qui était dans la seyante combinaison de latex ?
Vu que Vivien prend son air coquin pour dire « ah tu veux remettre le couvert ?! », le consentement est clair. Mais c’est un consentement avec son mari, dont elle pense qu’il est dans le costume. Qu’arrive-t-il si ce n’est pas son mari dans la combinaison ? C’est là qu’on arrive en terrain miné.

Parce qu’en fait, tout dépend de la façon dont vous avez reçu et interprété la séquence. Personnellement, je suis convaincue qu’American Horror Story veut qu’on se pose la question mais pas forcément pour y apporter la réponse la plus évidente. Son climat est celui d’une maison terrifiante et qui semble hantée, mais l’est-elle ? Ce qui m’a plus dans le pilote, c’était au contraire d’avoir l’impression d’avoir affaire à mon type d’horreur préféré : celui qui n’est pas fantastique. Les monstres sont à l’intérieur. Pas de la maison. DES GENS.
Donc pour moi, il semble évident que c’est bien son mari dans la combinaison ; je pourrais reconnaitre les yeux de Dylan McDermott n’importe où. Si c’est lui, problème réglé : elle veut coucher avec, et elle couche avec. Ce n’est pas un viol.

Par contre, si vous faites partie de ceux, et je le conçois totalement, qui interprètent la présence du plan sur les cachets, ou le parallèle avec Dylan McDermott en train de faire du somnambulisme dans la cuisine, comme une preuve que Vivien n’est pas du tout en train de coucher avec son époux comme elle le pense, là vous avez raison, c’est un viol.

Et c’est là qu’on voit que le pilote est totalement ouvert à l’interprétation.

Pour moi, Vivien a certes pris des cachets, mais rien n’indique que son mari soit dans son état normal : il est quasiment en état second, en train de faire du somnambulisme dans la cuisine, et je ne fais pas plus confiance à ce qu’il voit que vous ne faites confiance à l’impression qu’a Vivien de faire l’amour avec son mari. Ca se trouve, tous les deux ont une illusion.
Il n’y a pas, à mes yeux, beaucoup de surnaturel dans ce pilote ; je ne pense meme pas qu’il y ait un esprit, un fantome, ni meme un désaxé qui a envie de se taper la maitresse de maison ni vu ni connu. Je ne pense pas que la maison leur veuille du mal, non plus. Je crois que la maison a juste une propriété surnaturelle : elle permet à ceux qui la visitent de voir se concrétiser quelque chose qu’ils avaient au fond d’eux. Ca peut etre le désir refoulé d’une relation sexuelle un brin déviante, ou une pulsion de mort exacerbée par la rencontre avec un tiers. Les monstres sont à l’intérieur…

Après, entièrement libre à vous d’en faire une interprétation différente. De penser, c’est votre droit le plus strict, que la maison envoie cet homme couvert de latex violer Vivien pendant que son mari subit les effets hypnotiques de la maison à cote de la gazinière. Pourquoi pas ? C’est aussi possible que ma version. A ce stade, votre opinion vaut autant que la mienne. Qui peut dire ce que cette série basée sur le mystère, le suspense et les énigmes nous réserve ? Murphy le sait-il seulement lui-meme ou veut-il d’abord jouer avec son concept ? Trop tot pour le dire, naturellement.

Dans un monde, celui d’internet, où la plupart des débats sont menés uniquement dans l’espoir de prouver que notre point de vue est le bon (ouvrez les commentaires de n’importe quel site d’information pour le vérifier…), je crois que ce que j’aime le plus, c’est quand les discussions se font avec, à l’esprit, la conviction que personne n’a raison, personne n’a tort, tout est une question de point de vue. Dans le cas des séries plus encore que dans n’importe quoi d’autre.
Le sujet est évidemment sensible, mais il se rapporte à notre conception du pilote tout entier.

Rréponse dans l’épisode de ce soir.
Nan, j’déconne, on va quand meme pas avoir des réponses dés le deuxième épisode ! De cela, et de cela seulement, nous pouvons etre certains…

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche American Horror Story de SeriesLive.

par

, ,

Pin It

2 commentaires

  1. UglyFrenchBoy dit :

    Je me suis promis d’arrêter de parler de ce pilote (j’ai une contre-review en attente de publication sur DNES) mais je me dois d’apporter cette précision : la capture d’écran prise pour illustrer votre billet est un plan en caméra subjective, donc la vision du personnage de Vivien qui est persuadée de faire l’amour avec son mari et qui le perçoit ensuite sans combinaison.

    Donc si débat il doit y avoir sur l’identité de la chose qui la pénètre, cette capture ne nous permet pas d’avoir une réponse plus précise. Même si « pour moi » (je suis obligé de l’indiquer pour ne pas me faire incendier) le viol est un « fait » c’est la représentation de ce acte qui est plus intéressante à « interpréter ». Mais bon je n’ai pas envie non plus d’accorder trop d’importance à cette série donc je vais m’abstenir désormais d’évoquer le sujet.

  2. Louis3000 dit :

    Pour ma part…

    Si ce n’est pas Ben, le mari de Vivien dans la combinaison, je n’appellerai pas ça un viol pour autant. Dans « viol » il y a des notions de violence, de force, d’obligation qui n’ont pas court dans cette scène. Ce serait plutôt un abus, une tromperie, je ne sais pas quel mot mais « viol » me dérange.

    Quand j’ai vu le pilote, j’étais convaincu que ce n’était pas Ben qui portait la combinaison et je ne me suis pas interrogé sur le sujet jusqu’à présent. Tu dis reconnaître les yeux de Dylan Mc Dermott mais même si ce n’est pas le mari, ce pourrait très bien être un corps identique habité par autre chose.

    Dès le début de l’épisode il m’a semblé que les auteurs allaient exploiter toutes les opportunités, et revisiter toutes les recettes du genre. La fin de l’épisode était d’ailleurs prévisible, évidente dès le début de cette scène. Enceinte du démon, de l’inconnu, de la chose, du mystère, c’est un classique et je ne crois pas que les scénaristes renonceraient à un filon si juteux sur la longueur, je pense plutôt que ça va devenir une locomotive, mais tu as raison, je n’en sais rien.

    Ton interprétation « psychologique » est intéressante mais je n’ai pas perçu les choses comme ça, je n’ai pas vu tant de subtilité. A vrai dire je ne me soucie pas tant que ça de l’histoire. J’ai apprécié l’épisode pour sa noirceur, son originalité, sa mise en scène, son montage hyper nerveux, sa photo, son défaut de gros défauts, son casting et sûrement aussi parce que j’étais un peu – vraiment un brin – stone mais pas vraiment pour son histoire. Peut-être que j’ai été vacciné par des années de séries télé et en particulier par Lost, la déception de sa saison finale, cette misère scénaristique soudainement révélée. J’ai envie de regarder ce show avec un certain détachement, en prenant (si possible) du plaisir sans penser à la suite. Je déteste Glee et je n’ai jamais réussi à m’intéresser à Nip/Tuck qui m’a toujours semblé trop malsain alors apprécier ce pilote est déjà une surprise.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.