Une claque pour… Manolis

10 novembre 2011 à 20:37

La semaine est décidément placée sous le signe de The Slap. Si j’avais pris un peu de retard sur l’épisode de Connie, c’était principalement à cause du weekend prolongé, décalant ainsi la publication du post ; mais impossible ensuite de patienter pour celui, central, de Rosie. Et inhumain de me demander de laisser passer quelques jours pour celui de Manolis, que j’attendais tant. Voilà comment on se retrouve avec trois reviews de The Slap en une semaine !

Parce que Manolis, je peux bien vous le dire, je l’aime, voilà.

Pourtant c’est un peu l’épisode de tous les défis. Par exemple, pour la première fois, un épisode reprend ostensiblement là où avait cessé le précédent, initiant une chronologie plus rigide à laquelle la série ne nous avais pas habitués.

On retrouve donc Manolis assistant en silence au procès Rosie VS le monde que l’on avait vu la semaine dernière (mais dont on a parlé voilà deux jours, c’est donc encore tout frais pour vous, petits veinards), et en dépit de son silence, on sent parfaitement sur ce quoi il approuve et ce qu’il réprouve. En particulier, la première chose qui est immédiatement palpable, c’est son agacement envers son épouse Koula, dont les très brèves apparitions avaient eu le temps de déjà nous irriter, et nous, on n’est pas mariés avec…
La famille retourne ensuite dans la maison de Manolis et Koula pour en quelque sorte débriefer le procès. On entre alors dans l’intimité de ce couple de vieux qui se chamaille en permanence, majoritairement parce que Koula est la personnification de la mégère et que Manolis prend sur lui pour que ça se borne à des chamailleries.
Et là, second coup dur : contrairement aux autres épisodes qui ne s’étaient jamais permis ça, un dialogue complet se déroule sans Manolis. Même si les épisodes n’ont jamais été totalement subjectifs, c’est quand même drôlement nouveau. cela se reproduira une autre fois pendant l’épisode et c’est un procédé qui me laisse quand même perplexe, même si Manolis intervient à chaque fois.
C’est en tous cas une occasion formidable d’entrer dans l’intimité de cette famille qui est si typiquement méditerrannéenne, qui voue un culte démesuré aux liens familiaux au détriment du bonheur de chacun (vidant la famille de tout son sens, si vous me demandez), où la notion d’honneur dépasse toute autre valeur même dans les choses les plus insignifiantes (« tu te rends compte, ils ont dû nous chercher dans l’annuaire ?! », gromellera Koula qui vient d’être conviée aux obsèques de leur vieil ami), et où chaque dispute est toujours tragi-comique, jamais vraiment l’un, jamais vraiment l’autre. Ce qu’illustrera parfaitement l’échange avec Elisavet.
On a d’ailleurs l’occasion de s’apercevoir combien Sandi est bien intégrée dans cette famille, en dépit de sa blondeur et ses origines australiennes (horreur). Aisha, en revanche, n’a jamais réussi à devenir l’une des leurs, et probablement n’a-t-elle jamais essayé.
En tant que descendante d’Italiens, j’ai totalement reconnu chacun des détails de cette vie familiale, du frigo toujours rempli de choses dégueulassement trop bonnes que Koula propose à tout le monde sauf Manolis aux guilt trips qui font appel aux liens familiaux à tout bout de champs, en passant par les draps brodés de fleurs ridicules dans lesquels ont maintient les apparences même quand plus personne ne regarde.

L’intrigue principale du chapitre de Manolis, c’était la mort de son meilleur ami… de quand il était jeune. Fait vraiment étrange, Koula puis Manolis battent le rappel des troupes de façon à ce que les enfants et petits-enfants assistent également aux funérailles ; une façon de souligner les tensions qui ont lieu au sein de la famille, notamment du côté d’Aisha, certes, mais un procédé vraiment étrange qui déforme l’importance de cet acte.
Heureusement, l’essentiel des réflexions superbes de Manolis sur la vieillesse, la vie, la mort, et même l’amour, reste en essence identique, mais on aura beaucoup moins de temps que prévu pour l’accompagner dans l’incontournable réflexion qui suit le décès d’un proche (même si on n’a pas vu ce dernier depuis plusieurs décennies).
On les retrouvera aussi dans les scènes dont l’absence m’aurait vraiment fâchée, lorsque Manolis va retrouver un autre ami de longue date qui n’a pas pu assister aux obsèques parce qu’il est lui-même mourant. De très jolis dialogues, et un Manolis qui s’éville pour la première fois depuis longtemps…

Juste quand on commençait à s’habituer aux rites orthodoxes (que, avouons-le, on voit très rarement à la télévision) et à l’ambiance forcément étrange d’un ensemble de grecs se retrouvant à la fois pour pleurer et rire devant des montagnes d’assiettes remplies de nourriture, que déjà, The Slap décide de tout chambouler, délaissant le matériau d’origine pour donner un prétexte à Manolis pour fuir la fête, qui a tourné au vinaigre pour lui et l’ancien prétendant de Koula, également présent.
Personnellement, cette soirée passée chez la veuve avait compté parmi mes trois souvenirs les plus forts du roman (ironiquement, les deux autres se trouvent dans les chapitres des adolescents, soit Connie et Richie), où l’écriture était incroyablement tendre et honnête, délaissant les références à la popculture ou les effets de style pour prendre vraiment le temps de humer l’air de ces scènes douces-amères. Ca a été un peu difficile de devoir en faire mon deuil tant je les attendais, mais il est vrai qu’elles étaient particulièrement difficiles à adapter à peu près pour les mêmes raisons, ainsi que pour le côté introspectif et contemplatif des pensées de Manolis. Il aurait fallu faire énormément appel au narrateur, et cela aurait eu un effet terrible. Donc bon, je comprends le choix, mais il est dur d’admettre que je ne verrai jamais les images de cette scène que derrière mes yeux…

Au lieu de ça, The Slap prend donc un itinéraire bis et décide de suivre Manolis et Hector ayant une conversation à coeur ouvert, quelque chose de bien rare dans une famille méditerrannéenne, surtout sans crier. Devant la téléspectatrice médusée que j’étais, Hector va confesser à son père, bien qu’à demi-mots, ce qui le ronge : l’affaire avec Connie. Et ça le ronge d’autant plus que la série a décidé d’ajouter une sombre histoire de SMS qui ne nous mènera pas franchement très loin, normalement, sans quoi toute la fin de la série pourrait s’en trouver transformée. Mais The Slap a besoin d’un fil rouge, maintenant que l’affaire de la gifle est derrière nous.

L’est-elle vraiment, d’ailleurs ? Pas vraiment. Le procès est passé, Harry n’a plus à s’inquiéter, mais la torgnole est encore dans tous les esprits, d’Elisavet et Koula qui s’accrochent sur la légitimité qu’on peut avoir à retourner une petite mandale de rien du tout à un mioche qui ne marche pas droit (intéressant d’avoir le point de vue d’Elisavet à la fois en tant que mère et qu’éducatrice, pour la première fois les arguments anti-claque sont réfléchis et basés sur autre chose que l’émotionnel ou le légal, même si Koula les ignore) à Manolis qui voudrait bien qu’Aish mette cette histoire de beigne derrière elle et qu’elle pardonne à Harry. Sauf que ce n’est pas cette « simple » baffe qu’elle ne parvient pas à pardonner.

L’épisode mettra donc en lumière les conflits à travers la cellule familiale étendue que Manolis doit superviser un peu malgré lui. Et dans les situations désespérées, alors qu’il se désespère de devoir toujours supporter l’insupportable Koula, il va se redécouvrir une certaine forme d’affection pour elle, et c’est joli à regarder. En dépit de son agacement, qui prend des allures de crise d’angoisse dans les moments les plus extrêments, il est lié à elle quoi qu’il arrive et partage quelque chose de vrai avec elle, c’est à la fois tristement réaliste et tendrement idéal, cette relation de petits vieux.

Sorte de dramatis personae de The Slap (pardon, c’est du latin), l’épisode de Manolis, c’est tout ça, le parfum entêtant de la nostalgie et les odeurs concrètes de la cuisine de Koula, la famille qui se fragmente et qui ne parvient jamais vraiment à se désunir totalement, un instant qui pourrait aussi bien être une introduction qu’une conclusion à la série, mais qui au lieu de cela nous offre une très belle parenthèse avant d’aborder le chapitre difficile d’Aisha. Personnage difficile à saisir pour la majeure partie de son entourage s’il en est, il est grand temps qu’en effet on donne la parole à cette femme de tête, surtout vu ce qui se passe avec Hector. Je suis comme vous, je me demande comment ça va tourner.

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2 commentaires

  1. Gouig dit :

    Mais oui! Même question!

    Pourquoi pas de posts pour les deux derniers épisodes??

    Dis, dis…

  2. Enak dit :

    Je sais pas si tu vas voir ce commentaire mais je viens de voir les deux derniers épisodes (oui que maintenant) et c’est dommage que t’aies pas fait les deux derniers. Celui sur Aisha j’aurais adoré te lire car je suppose qu’il a dû te plaire (enfin je l’ai adoré en tout cas)

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