[#Ozmarathon] 2×02, turn the cards slowly

24 décembre 2011 à 1:29

On savait que la donne allait changer en entamant la deuxième saison de notre Ozmarathon. On n’avait pas idée à quel point, cependant, tant tout change entre le season premier et ce nouvel épisode.

Ce qui m’a marquée, cependant, c’est qu’au fur et à mesure que tant de dialogues que je connaissais par coeur s’accumulaient à l’écran, j’ai réalisé que cet épisode est le tout premier que j’ai découvert de la série, lorsque l’une de mes amies de l’époque m’enregistrait des épisodes au hasard sur le câble et que je découvrais des séries en les prenant, alors, en cours de route. C’est comme ça que ma passion pour les pilotes est née, d’ailleurs.
Alors je vous l’avoue, à bien des égards, c’était un épisode important.

Mais disons les choses comme elles sont : il a de quoi surprendre. En effet, près d’une année s’est écoulée depuis le season premiere, un choix peu courant mais qui est très cohérent avec l’univers complexe de la série, peu amateur de facilités scénaristiques. J’ignore comment cette saison s’est goupillée en coulisses, si c’était volontaire ou dû à un quelconque impondérable, mais dans tous les cas, même si la décision surprend, sa mise en oeuvre ne choque pas du tout.
On retrouve donc notre McManus revenir à sa console centrale, et rallumer les néons d’Em City d’un air décidé pour tout reprendre à zéro.

C’est que, McManus aussi a fait peau neuve. Il a l’air moins au bout du bout, déjà. C’est définitivement un homme résolu, surtout, qui a mis sa petitesse de côté, qui cherche la rédemption. On ne sait que trop bien de quoi de quoi il s’accuse, mais visiblement, le temps de l’auto-flagellation est fini pour lui. Il fait preuve d’une tenacité et d’une énergie obstinée qu’on ne lui connaissait pas vraiment. L’ancien Tim McManus était un être médiocre, un idéaliste qui avait dû s’asseoir sur ses convictions, un fonctionnaire mal embouché qui avait perdu toute vision, un homme qui s’accrochait aux femmes pour de mauvaises raisons ; le nouveau est un modèle plus robuste, plus têtu, plus bosseur, et visiblement, moins dirigé par son besoin impérieux d’exister à travers sa queue. Il impressionne par sa faculté à ne plus baisser la tête comme si souvent (sa façon de revenir à la charge auprès de Saïd le montre bien), par son envie dévorante de vraiment changer la façon dont « sa » prison va fonctionner et modeler l’univers carcéral dont il rêvait depuis si longtemps ; il ne s’arrête plus aux règles, aux codes, et on le sent moins fragile face à Wittlesey, aussi. Il veut changer véritablement la donne.
D’ailleurs, sa façon de prendre en charge le petit Wangler et de se pencher sur la frange éducative de sa prison, c’était une façon intelligente de nous montrer qu’il avait vraiment réfléchi à son projet. Effectivement, les discussions avec Glynn ont été longues pour pouvoir rouvrir l’endroit, ça semble évident au bout de 11 mois d’attente, mais elles ont été menées avec une vraie idée derrière la tête, et pas juste parce que l’orgueil de McManus lui dictait de préserver son bébé comme on a pu le sentir dans la première saison. Bien-sûr, il joue toujours à Dieu d’une certaine façon, mais on le sent animé, dans tous les sens du terme.
En gros, on a une méchante envie de lui taper l’épaule d’un geste d’encouragement.

Et alors, cette redistribution de la donne, elle ressemble à quoi ? Eh bien pour commencer, Em City se voit dotée d’un système de quotas. Autant du point de vue de la dynamique des personnages que sur le fond, cette mesure a énormément de sens : il est évident, quand on se remémore les scènes de prières des musulmans dans la première saison, que ces derniers étaient en surnombre, par exemple. Vu le peu de confiance accordée à Kareem Saïd, c’était un peu aberrant, et on réalise maintenant que cette volonté d’établir des groupes clairs, avec une population de 4 représentants par groupe, est infiniment plus sage. Et puis surtout, elle permet de tout de suite bien montrer les forces en présence, et ça, le début de l’épisode s’en charge admirablement bien, chacun s’épiant depuis son coin vitré d’Oz en se promettant qu’il aura le dessus sur le voisin. Mais ce qui est certain, vu que la population d’un groupe restera stable, c’est que cette domination ne s’obtiendra pas par le nombre. Ca ouvre la voie à des perspectives intéressantes.
Ces clans existaient plus ou moins déjà, mais ce qui est intéressant, c’est leur officialisation, avec notamment la formation d’un conseil réfléchissant avec McManus à des décisions pour Em City (preuve qu’il a appris quelque chose de l’émeute, héhé), notamment du côté des Irlandais ce qui donne une véritable marge de manoeuvre à Ryan O’Reily qui a désormais son propre groupe (rouquin inclus !), et surtout, la création d’une mini-bande d’outsiders incluant Hill, Rebadow et Beecher, ainsi qu’un « nouveau », Busmalis, qui en trois phrases s’annonce déjà comme un très prometteur remplaçant pour l’extravagant et (étrangement) regretté Groves.
La hiérarchie qui se met en place ainsi est très lisible, et soulignée par notre inénarrable Schillinger qui va lentement descendre toute l’échelle sociale d’Em City pour trouver quelqu’un prêt à lui rendre un service.

Ce service n’est nul autre que le meurtre de Beecher ! Eh oui, la corrida commence : ces deux-là ne pourront plus jamais cohabiter dans le même quartier de la prison, c’est sûr, et pourtant voilà que McManus a décidé de tenter le coup. Car si Beecher semble avoir mis de l’eau dans son vin, on repère immédiatement qu’en présence de Schillinger, il n’est quand même pas franchement clair, qu’il a ce petit transistor pété qui lui fait des court-circuits, c’est plus fort que lui, et c’est imparable, ça va donner lieu à des rapports de force dantesques. Le bras de fer indirect entre ceux deux-là dans l’épisode est magnifique : entre Beecher qui joue vraisemblablement avec les nerfs de son ex-tortionnaire, et celui-ci qui cherche absolument à s’en débarrasser sans se salir les mains, la partie est serrée. On se doute que, même si Vern a été mis en échec pour cette fois, ce n’était pas la dernière partie jouée. La conclusion de Beecher est d’ailleurs assez désarmante, parce qu’elle traduit à quel point désormais, il se fiche des conséquences de ses actes, même s’il a repris le contrôle de ceux-ci.

Une autre confrontation indirecte est celle, pour des motifs bien différents, entre Leo Glynn et Miguel Alvarez. C’était d’ailleurs le moment idéal pour, enfin, nous montrer un directeur Glynn moins parfait, moins droit, moins juste, moins réfléchi enfin, qu’à l’ordinaire. Il s’en prend à Alvarez pour les mauvaises raisons, de façon répétée, et c’est une chance qu’il se soit attaqué plutôt à lui qu’à certaines autres brutes de la prison, qui auraient été bien moins patientes avec cette injustice ; il a du flair, quelque part, de se lâcher avec notre chiot hispano plutôt qu’avec quelqu’un qui se serait rebiffé méchamment, plus vite, plus violemment, et peut-être même contre la pauvre petite secrétaire de Glynn à qui pourtant ça pendait au nez.
Certes, on n’a pas trop de mal à deviner ce qui ne va pas chez Glynn, avant même qu’il n’explique la situation à Sister Peter Marie, ce qui rend les choses un peu transparentes, mais la façon dont l’intrigue est traitée (avec, qui plus est, une excellente scène dans le bureau du directeur pendant laquelle Alvarez sent l’exaspération monter) est efficace.

Un angle que j’attendais beaucoup, c’était celui autour d’O’Reily. Je n’ai jamais caché que c’était l’un de mes personnages préférés…
D’abord, il y a toute l’intrigue autour du fils de Nino Schibetta (eh oui, le revoilà !) qui tente de prendre le contrôle de la cuisine à peine arrivé à Oswald ; on se demande d’ailleurs bien ce que ce petit enfoiré a contre Glynn pour avoir autant de levier sur lui, mais passons. En tous cas c’est absolument succulent, notamment parce qu’Adebisi est parfait avec son rat en broche (ah, mais Adebisi, du moment où O’Reily est entré aux cuisine, il y a toujours eu un rat !), et qu’en plus on a le plaisir, pour moi incomparable, de voir O’Reily refaire sa parade du petit travailleur docile qui vient lécher les pompes du nouveau maître de la maison, proposant ses services avec son sourire d’hypocrite, et là moi, je dois dire, je me régale, mais quelle salope ce Ryan, de vendre Adebisi sans même y songer deux fois !
Naturellement, le plus touchant, c’est que Ryan O’Reily, maître ès trahison, soit trahi par son propre corps. L’ironie suprême, quand même. Et la maladie frappe comme lui le ferait : avec beaucoup de perversion. Ryan se récupère donc un cancer du sein, ce qui donnera lieu à l’une des répliques de l’épisode qui m’avait le plus marquée (« I don’t got any breasts, I got a chest ! » avec son petit phrasé chuintant…) et à une scène dans laquelle, pour la première fois, il va se montrer vulnérable, ce qui n’est pas de trop tant il a magnifiquement bien mené sa barque jusqu’à présent, comme lui-même le souligne face au docteur Nathan. Un axe que j’ai hâte de pouvoir suivre à nouveau…

Les intrigues d’Alvarez et O’Reily seront aussi l’occasion de voir qu’un autre personnage de la série s’est acheté des burnes pendant l’année de pause d’Em City : le père Mukada. Avec son blouson de cuir et surtout, son regard durci, le petit père est devenu plus complexe. C’est toujours un religieux, il a toujours cette gentillesse sur lui qui est, eh bien, partie intégrante de son job n’est-ce pas, mais il est clair qu’il y a quelque chose qui a changé chez lui, aussi bien quand il coupe court à la tentative de Miguel de s’expliquer sur l’émeute, que quand il décide de parler d’homme à homme à Ryan. J’aime bien ce changement en lui, il est à la fois subtil et bien perceptible, il fait suite à la façon dont il a expliqué son expérience dans l’épisode précédent.
A l’inverse, Sister Pete est fidèle à elle-même, elle comprend tout, elle voit tout, elle parle de tout, elle est géniale mais j’aimerais qu’elle se calme un tout petit peu et qu’elle nous offre, à son tour, quelque chose d’un peu moins monochrome, même si franchement elle a un bagout incroyable et qu’elle apporte résolument de la vie à ce petit univers gris.

A travers ces intrigues, et bien-sûr à travers la chronique sordide de l’extinction des Aztèques que nous offre Hill dans sa loge de verre, cet épisode nous montre clairement qu’on va passer d’un univers à l’autre, qu’on est dans une transition, une mue, un déchirement qui doit conduire à quelque chose de nouveau. C’est un terrain glissant : pas toujours facile d’apporter des changements aussi radicaux dans une série. Mais quand on s’appelle Oz, on n’a peur de rien, on fonce et… ça donne une excellent épisode comme celui-ci, parfait en tous points.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

2 commentaires

  1. Elvire dit :

    Tout en un.

    J’ai vraiment eu cette impression pendant l’épisode: celle d’en voir plusieurs d’une seul coup. Il y a beaucoup plus de storyline, de développement en un seul épisode que dans toute une saison, je trouve. Mais la force de Oz, c’est que ça ne part pas dans tout les sens. La mécanique est très bien huilée.

    J’avouerais que le changement a eu du mal à passer. Je suis assez attachée au personnage de Tim McManus et il me plaisait beaucoup en mode « fucked up » mais le changement était logique. Il m’a juste fallu un temps d’adaptation pour m’habituer à ce nouveau McManus plein de rédemption, de certitude et avec un regard nouveau sur son métier.

    J’ai beaucoup aimé cette nouvelle idée de combattre par le savoir. Je me suis toujours demandée pendant la première saison quand ils allaient vraiment aider les prisonniers et les intégrer à un système de réadaptation et surtout les faire participer au processus. En tant que personne lettrée et qui fait de « hautes » études, ça me parait improbable de s’en sortir sans diplôme et un minimum de bagages culturels. J’ai du faire un effort pour me mettre à la place de ses gens qui ne comprennent pas l’intérêt de la réforme de McManus et surtout dont certains ne savent même pas lire. C’est peut-être ridicule ce que je vais dire, mais j’ai du sortir de mon petit cocon d’occidentale aisée et éduquée pour entrer dans leur réalité, et ça m’a mise plus mal à l’aise que la violence du milieu. Dans un sens, j’ai pu ressentir la détresse Kenny en imaginant un monde dans lequel je ne saurais pas lire. Je m’arrête beaucoup sur ce détail mais pour moi vivre sans savoir lire, c’est impossible. J’ai su lire dès 4 ans et c’est une autre de mes addictions (avec les séries TV). Enfin, bref, j’espère que cette idée ne sera pas abandonnée car elle m’intéresse beaucoup.

    Autre intrigue qui a attiré mon attention: Beecher. Il est devenu un Criminal MasterMind ! Ou plutôt comme il le dit lui-même: l’avocat en lui a refait surface. Il était juste génial. Moi qui commençait à le voir partir beaucoup trop loin (le coup de croquer dans une queue quand même..) , là il commence à redevenir un peu plus humain ou sensé (ou à se laisser revoir comme tel). Le twist est vraiment remarquable. Si on m’avait dit ça au premier épisode de la saison 1, je n’y aurais jamais cru. En parlant de croyance, jusqu’au bout je ne savais quoi penser de l’attitude de Diane W. (qui a descendu dans mon estime aussi vite qu’elle y était montée en mentant ouvertement à McManus). Mais la manoeuvre était quand même très habile je dois l’avouer. Mais bon, on se doute que Vern S. ne vas pas laisser les choses comme cela et j’ai peur d’un cercle vicieux et d’un effet de déjà-vu entre eux. We’ll see …

    Maintenant le cas O’Reilly … Déjà: MAIS C’EST QUOI CETTE COUPE ? … Bon repassons au vif du sujet. La sentence est très habilement choisi: cancer du sein, ça ne doit pas être facile à avaler pour un homme. Mais on trouve le thème de l’éducation dedans: pour lui, ça veut tout de suite dire qu’on l’accuse d’être gay … Enfin passons, ce qui va être intéressant c’est de voir l’effet que ça aura sur sa réputation si cela venait à se propager dans Oz.

    Miguel Alvarez … J’ai trouvé le prétexte totalement bidon: un latinos viole sa fille alors on chope le premier latin qui passe et bam … C’est bien digne d’un détenu de Oz ça, ils commencent à déteindre sur lui. Mais passons, car ce qui m’intéresse le plus, c’est l’effet que cela a sur Alvarez. Je ne l’ai jamais vu aussi vulnérable et petit garçon que lorsqu’il attend sans rien faire dans le bureau du directeur. On aurait vraiment dit qu’il avait 10 ans et qu’il était convoqué par le directeur de l’école. Pour moi, ça prouve un restant d’humanité et de bonté en lui. Que dire de la scène avec le Père Musaka ? Il essaye de faire amende honorable mais contrairement à ce qu’on lui répond, l’homme d’église n’est pas prêt à l’entendre et je doute qu’il l’ait pardonné vraiment … ça permet de voir un véritable changement dans l’attitude du Père. Il n’est définitivement plus naïf, même si sa foi et sa gentillesse sont toujours présente. D’ailleurs rien que sa veste en cuir nous le présente plus durci.

    J’ai du oublié plein de chose mais voilà ce qui m’a le plus marqué. Ah si, une petite dernière. C’est la première fois que les speechs de Hill ne m’ont pas touché, marqué ou même intéressé. J’espère que ce n’était qu’un petit coup de mou parce que l’épisode en lui-même, j’ai adoré.

  2. LL dit :

    Je suis extrêmement convaincue par ce nouveau Mc Manus qui me déplaît bien moins que l’autre beaucoup trop utopiste et qui a, entre autre, la responsabilité de l’émeute. Il était TROP gentil je crois, pour mois et ça contrastait violemment avec l’ambiance pessimiste de Oz. C’est bien qu’il n’abandonne pas son projet d’Emerald City tout en abandonnant ses illusions !

    Pareil qu’Elvire, le cancer du sein est super bien traité via O’Reilly et son attitude de mâle. je l’avais pas vu venir (normal) mais on sent bien les prémices d’un rapprochement avec le Doc.

    Alors par contre, autant j’approuve le nouveau Beecher, fou, mais toujours aussi intelligent, autant Vernon, je ne comprends pas qu’il tente le coup avec un gardien alors que c’est super risqué et qu’il a clairement envie de se barrer. Ca m’a un peu refroidi même si évidemment, je voulais le voir rester !

    Voir que l’école a aussi ses hauts et ses bas reste sympas aussi. En fait de manière générale, j’aime que ça n’ailel jamais bien tout comme ça n’aille jamais totalement mal. On espère et pourtant à chaque fois c’est cette nuance qui ressort…

    Merci pour le billet ^^

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