Notre pas si belle famille

15 janvier 2012 à 16:55

Ah, comme j’aimerais regarder plus de séries québécoises ! J’ai un peu de mal à suivre aussi bien les nouveautés canadiennes francophones que leur pendant anglophone, qui tendent à trouver bien plus d’échos sur internet (c’est peut-être aussi un problème de sources, me direz-vous ; c’est toujours un peu un problème de sources, non ?). J’ai été ravie par un grand nombre de séries québécoises que j’ai découvertes ces derniers temps, à l’instar d’Un Homme mortMirador, Malenfant ou Prozac (pas Trauma, mais on ne peut pas tout avoir) ; sincèrement, l’impression que j’en ai, c’est que les meilleures fictions francophones ne sont pas françaises, même si on sent quelque chose de similaire, peut-être dans les moyens financiers. Les séries québécoises sont, sans aucun doute possible, de la même famille que les séries françaises, et pourtant, elles réussissent là où si souvent les nôtres ont du mal.

La preuve par l’exemple : la construction du pilote dans Apparences est assez classique dans son déroulement.
Mais ce qui est intéressant, c’est le choix de rendre non pas la disparition de l’une des héroïnes extraordinairement inquiétante, mais au contraire, de rendre étouffantes la plupart des scènes familiales, à la fois via l’esthétique sombre, froide et gris-bleutée des images, et par le fait que les personnages qui constituent cette famille ont tous l’air de cacher quelque chose. La disparition, si elle est au centre des dialogues, n’est en réalité qu’un prétexte à explorer cette famille en apparence si fonctionnelle, et pourtant, un peu boiteuse dans le fond, parce que ses membres ne sont pas si lisibles que ça.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Ils n’ont pas un terrrrrrible secret à cacher, en tous cas c’est pas l’impression qui ressort de l’épisode, mais par contre ils ont cette manie de s’envoyer des regards de côté, d’être constamment sur les dents les uns vis-à-vis des autres, même avant que les choses soient réellement inquiétantes. Ca construit vraiment vite l’ambiance.
On sait assez vite qu’une partie de ces comportements en apparence suspects sont dûs au fait que l’un des garçons de la famille est un toxicomane qui vit en désintox (on ne veut d’ailleurs pas trop le dire, mais il y est un peu enfermé contre sa volonté), et que du coup, c’est plus cette espèce de culpabilité familiale qui s’exprime en de nombreuses occasions. Mais ce n’est pas tout. Les protagonistes de la famille Bérubé ont tous un côté légèrement maussade qui attire l’attention.

Il apparait d’ailleurs assez clairement qu’en dehors du personnage principal qui a disparu et de sa soeur jumelle, les relations ne sont pas vraiment radieuses chez les Bérubé. Celui de leur deux frères qui n’est pas en désintox n’est pas vraiment charmant, son épouse semble un peu apeurée par lui, la mère cache un tempérament peu commode sous ses apparences de gentille grand’mère, etc… Tous s’inquiètent pour la gentille maîtresse d’école sans histoire qui s’est évaporée dans la nature, mais tous s’observent aussi avec une certaine méfiance. Le climat est incroyablement bien installé même si on a l’impression qu’il s’appuie sur trois fois rien, des regards, des gestes, des silences, un mot légèrement plus haut que l’autre. C’est assez édifiant.

Avec tout ça, l’épisode se déroule lentement, sans grand retournement de situation. Le pilote ne cherche pas à nous tenir en haleine avec des twists ou des mystères, et se concentre donc sur le drama en construisant surtout ses personnages avec minutie, leurs relations, leur angoisse grandissante. La fin de l’épisode, si elle surprend, n’est pourtant pas tant dirigée vers le mystère de la disparition d’un personnage, que vers sa personnalité, et cela a quelque chose de rafraîchissant par rapport aux thrillers classiques.

A ce stade, l’idée semble être plutôt de bâtir un huis clos, en fait. Les personnages ne sont pas, techniquement, enfermés ensemble, mais on élimine très vite les suspects extérieurs au cercle familial (même si au moins l’un d’entre eux est quand même pas très net) pour se concentrer sur la petite cellule qui fonctionne tant bien que mal, et où, même si tout le monde s’inquiète pour ce qui semble être une victime, on ressent un certain malaise quand ils sont ensemble. C’est un parti pris intéressant pour qui préfère les séries dramatiques aux thrillers souvent prévisibles.

Une vraie bonne surprise dont trop peu de monde va vous parler. Maintenant que c’est fait, je compte sur vous pour donner sa chance à cette série québécoise. Quant à moi, je serai au rendez-vous pour les épisodes suivants.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Apparences de SeriesLive.

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4 commentaires

  1. Toeman dit :

    Ça c’est un article qui donne vachement envie.

    J’en avais jamais entendu parler et vu le genre et l’histoire, je ne sais pas comment j’ai pu passer à côté !

    Je vais récupérer le pilot de ce pas et peut-être me programmer ça ce soir.

    J’espère simplement que l’accent québécois ne sera pas un obstacle trop important. Pour avoir vu deux films québécois récemment, je sais qu’il faut parfois vraiment s’accrocher.

  2. ladyteruki dit :

    C’est toujours un peu le problème avec les séries québécoises. Il y a déjà assez peu de promo du côté des chaînes, ce qui n’aide pas, et puis leur répercussion en France est vraiment minime. Je surveillais Apparences depuis plusieurs mois que j’étais tombée sur une news, mais je suis certaine qu’il y a plein d’autres séries québécoises que je ne vois pas du tout passer. En tous cas, ravie d’avoir pu te mettre l’eau à la bouche, j’espère que ça va te plaire !

  3. Juju dit :

    J’ai tellement de mal avec les synopsis qui contiennent les mots « femme » et « 40 ans » comme pour Enlightened. Pourtant je suis The Big C. C’est regardable pour tout le monde ?

  4. ladyteruki dit :

    Ça n’a rien à voir. On ne parle pas du tout d’une dramédie, ni même d’une série dramatique sur une femme de 40 ans. On parle d’un thriller qui commence alors que les deux personnages principaux s’apprêtent à fêter leurs 40 ans. L’âge des personnages n’a rien à voir avec ton problème, je pense, c’est une question de genre plutôt.

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