There’s gotta be more to Life

3 mai 2013 à 23:27

C’est le retour des reviews de pilote, cette grande entreprise dans laquelle je me suis lancée cette saison avec whisperintherain… Après quelques semaines, bon d’accord mois de pause, me revoilà donc à reprendre progressivement la consommation de pilote que j’avais, un temps, mise de côté. Dans le cas de Rectify, c’était sous l’influence de Pierre Langlais qui, à l’occasion de Séries Mania, avait chanté les louanges de la série, qu’il a eu l’heur de voir en intégralité avant sa diffusion ; souvenez-vous, je l’évoquais dans le compte-rendu de la table ronde Allociné. Mais du même coup, c’était un challenge : entendre quelqu’un dire tant de bien d’une série, ça peut fausser la vision qu’on en a au moment de la commencer…

Qu’on se rassure vite : parfois, les déclarations d’amour dithyrambiques sont fondées.

Impossible de ne pas tomber sous le charme de Rectify : c’est tout ce que j’avais adoré chez Life (et j’avais adoré Life, souvenez-vous, c’était il y a des lustres), sans ce que je n’avais pas trop aimé chez Life (car il y en avait un peu pour l’allergique au policier que je suis). On est dans le même thème de la reconstruction, un thème qui m’a toujours séduite et qui est ici, de surcroît, traité avec énormément d’intelligence. Le sujet s’y prête, en toute sincérité.

Lorsque Daniel Holden est innocenté par un test ADN, il a déjà passé 19 ans dans le couloir de la mort, attendant une exécution décidée suite à sa condamnation pour le viol et le meurtre de sa petite amie. Sa sortie est, évidemment, une affaire médiatique, aussi bien pour les opposants à la peine de mort que sur la « simple » affaire du meurtre, qui du coup n’est pas résolue. Mais le pilote de Rectify s’intéresse, en définitive, assez peu à cette partie de son univers, bien qu’il ne fasse pas l’erreur de la mettre totalement de côté (ce qui donnera une scène glaçante en fin de pilote).
Ce qui intéresse cet épisode inaugural, c’est surtout de vivre cette expérience aux côtés de Daniel ; des minutes précédant sa libération, à ses premières heures de liberté, nous allons suivre son retour à la vie civile. Et bien que, en tâche de fond, on puisse noter les conséquences du regard des autres sur sa situation, c’est avant tout son vécu, et celui de sa famille, qui vont occuper la majeure partie de l’épisode. Daniel est en effet entouré, même après ces deux décennies d’enfermement, et malgré les difficultés que ça a pu, ou peut encore, présenter pour ses proches ; ainsi, sa soeur Amantha est sa plus fervente supportrice, et, on le devine, une complice de toujours ; Janet, sa mère, a eu le coeur brisé à bien des égards, mais son amour pour son fils semble intact. Les choses sont plus compliquées avec son beau-père (maman s’est en effet remariée) et le fils de celui-ci, et dans une moindre mesure, le fils qu’a eu sa mère avec son second époux. Mais globalement, Daniel est plutôt bien accueilli parmi les siens pour ce premier jour de liberté.

Alors où est l’intérêt, me direz-vous ? Il n’est pas dans une dramatisation à outrance, ou la création d’enjeux extravagants, mais le simple pari que nous pouvons nous glisser dans les chaussures de Daniel, et vivre cette libération avec lui, comme une expérience intime et sensorielle que nous ferions totalement nôtre.

Rectify accomplit cela sans passer par une multitude de flashbacks : au contraire, il commencera à en apparaître seulement une fois que le spectateur sera bien rôdé ; il ne s’agit pas de se servir des souvenirs de Daniel pour expliquer ce par quoi il est passé dans les moments difficiles, mais au contraire, d’employer les flashbacks comme des îlots de calmes et de douceur, principe que je trouve noble et dont beaucoup de scénaristes gagneraient à tirer des leçons. Pas de violence carcérale, pas de traumatismes sur l’enfermement… Chaque fois que Rectify montre la vie de Daniel dans le couloir de la mort, il en ressortirait presque quelque chose de positif, de serein.
Pour autant cela ne signifie pas que Daniel n’est pas abîmé : c’est même tout l’intérêt de ce premier épisode et, à mes yeux, des promesse que fait la série avec lui. Mais par une opération dont le secret est aussi bien gardé qu’un tour de magicien, le scénariste Ray McKinnon parvient à ne jamais tomber dans une explicitation banale, pour ne pas dire triviale, du traumatisme vécu par Daniel, tout en poussant le spectateur à l’imaginer de lui-même. Ce qui fait la force de Rectify, c’est sa puissance évocatrice : quand par exemple un gardien propose à notre amnistié de l’aider à nouer sa cravate avant de retrouver sa famille (et la liberté), Daniel pose sur lui un regard silencieux, et presque indéchiffrable, mais qu’on interprète comme lourd de sous-entendus et de souvenirs sur la façon dont les gardiens (y compris peut-être ce gardien) ont pu le traiter pendant presque 20 années en tant que condamné à mort pour viol et meurtre d’une adolescente. Difficile pour le spectateur de ne pas faire le lien, chaque fois, entre l’avant et l’après de cette libération, et cela, sans que jamais l’épisode ne s’y attarde ni ne l’explicite. Cela aide énormément à entrer dans la tête du héros, et paradoxalement, moins il communique, plus il est possible de le faire. Où commence l’écriture fine de Rectify et où finit le simple transfert ? Difficile à déterminer pendant ce premier épisode, mais le simple fait qu’il subsiste un flou quant à cette frontière, dit combien la série, dans ce premier épisode, démontre sa finesse et son intelligence.
Reste qu’avec son art du non-dit, Rectify opère un vrai coup de maître, et s’arroge l’attention indivisible du spectateur, qui se retrouve captif du moindre regard que porte Daniel sur les choses et les gens pour prendre la mesure de ce que vit cet homme. Considérez l’ironie de la chose…

Pas à pas, Daniel se réapproprie le quotidien (comme Charlie Crews, il va se reconnaître quelques soucis avec la technologie, par exemple), mais sans, là encore, sans appuyer sur les évidences avec trop d’empressement. Ce n’est pas juste le décalage de 2 décennies avec le reste du monde que Rectify veut pointer du doigt. La sortie de prison de Daniel, sa très belle relation à Amantha (je n’avais jamais vu Abigail Spencer comme ça, après c’est vrai que j’avais vu Angela’s Eyes… forcément), ce qui se tisse avec son jeune demi-frère… il y a de très beaux instants dans ce pilote, empreints à la fois d’une grande douleur et d’une grande douceur. Je soupçonne que ce soient les plus belles promesses de ce premier épisode pour l’avenir.

Le seul défaut de Rectify est peut-être logé dans ses dialogues. Rien d’insurmontable je vous rassure tout de suite, mais ils paraissent parfois trop écrits, trop littéraires ; l’exemple le plus marquant est la déclaration de Daniel à la presse au moment de sa sortie, un peu verbeuse. On peut se dire (surtout rétroactivement, à mesure que l’épisode progresse) que cela fait partie intégrante de la façon dont Daniel a vécu son expérience en prison, mais il reste un petit arrière-goût tout de même, comme si, par contraste avec l’élégance de ses scènes les moins loquaces, les dialogues soutenaient mal la comparaison. Mais comme je le disais, ce n’est pas insurmontable, et ce n’est pas gravé dans le marbre non plus, et peut tout-à-fait évoluer avec les épisodes (retranscrivant, alors, peut-être, pourquoi pas la façon dont la vie quotidienne redevient progressivement plus naturelle pour son héros). Et si Rectify finit par tourner son seul défaut en qualité, alors là, je ne réponds plus de rien !

Résultat ? Eh bien résultat, je suis conquise. A ce niveau-là, j’ai presque eu l’impression d’enfiler du sur-mesure, aussi sûrement que si un tailleurs avait cousu la série sur mes attentes de téléphage.
Et maintenant, vous allez me dire : « mais après un post si dythirambique, comment ne pas avoir nous aussi une vision faussée de Rectify ? », et c’est de bonne guerre, mais à cela une seule solution : testez, et vous saurez. Mais je doute que Rectify puisse déplaire.

Ah, et vous savez, quand je vous ai dit que je repassais à un rythme hebdomadaire ? Oui. Bon. Ca voulait dire : « à un rythme hebdomadaire. Minimum »…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

2 commentaires

  1. Eclair dit :

    Je plussoie. Enome coup de cœur pour la série (déjà renouvelée pour une seconde saison, youpi !). J’avais très peur d’avoir une série qui enquête sur l’innocence du personnage plutôt qu’une série qui explore sa reconstruction. Et le résultat est magnifique, troublant, touchant, sans utiliser les artifices habituels. On prend notre temps, et j’adore ça. J’en suis au 3è épisode, et c’est tellement bien que j’ai juste du mal à croire à ce petit miracle…

  2. Jérôme dit :

    C’est vrai que c’est LIFE… en version réussie (pas d’enquêtes à 2 balles, pas de Sarah Shahi, pas de directeur photo fou shooté à CSI : MIAMI..).

    Au sujet des dialogues, nous sommes quand même loin d’un décalage à la DAWSON’S CREEK, non ?

    Pour info, ça commence jeudi sur Sundance Channel France, à 21 heures.

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