Sales menteurs

5 octobre 2013 à 16:11

Il y a une chose que les Belges et les Néerlandais réussissent systématiquement très bien : les thrillers. Tous ceux que j’ai pu voir étaient incroyablement réussis, quand je suis plus rarement convaincue par leurs dramédies et comédies (mais c’est aussi un peu ma faute, j’ai jeté un œil à Golden Girls). Je les mets dans le même « sac » car très franchement, tout comme on peut facilement rapprocher les Suédois et les Danois, ces deux pays envoient un peu les mêmes ondes. Et d’ailleurs, maintenant que les séries scandinaves sont dans la place, j’espère bien que l’une des prochaines vagues viendra de ces deux pays (…avec Israël, le Brésil et environ 200 autres pays !). Et après tout pourquoi pas ?
Causons donc de la série belge Salamander afin d’illustrer les raisons de mon enthousiasme… et plus particulièrement de son pilote. Surpris ? Moi non plus.

Salamander-650

D’autant que le premier épisode de Salamander commence un peu à contretemps : ses 12 premières minutes sont intégralement consacrées à nous montrer, dans le détail et sans se presser, le déroulement intégral de ce qui ressemble diablement au casse du siècle. En effet, par une paisible journée pendant laquelle les rues de Bruxelles sont désertes, une équipe déguisée en agents de la voirie descend dans les égouts voisins de la cossue banque Jonkhere, suivent les chemins tortueux des débouchent juste à côté du coffre-fort, percent la paroi, entrent, ouvrent des coffres bien précis qui avaient vraisemblablement été marqués à l’avance, embarquent méticuleusement leur butin, et repartent, tout ça en moins de 2h et dans le calme.
Enfin, je dis « calme », mais pas exactement : en dépit de la précision de l’opération, des imprévus viennent compliquer le processus, comme l’un des collaborateurs qui empoche des bonds et actions alors qu’il a vraisemblablement été convenu de laisser ce type de documents, ou l’autre collaborateur, chargé du chalumeau, qui se brûle gravement pendant la manœuvre. Mais même ces petits accrocs n’empêcheront pas la mission d’être menée à bien.
Une mission dont on sent qu’elle a été soigneusement préparée dans ses moindres détails ; les personnages parlent peu, mais on peut observer qu’ils ciblent des coffres précis, qu’ils ont des sacs séparés pour l’argent et les bijoux, et qu’ils conservent également des documents a priori plus anodins, comme des photos qu’ils trient immédiatement dans des enveloppes comportant le numéro du coffre dont sont issus les documents. Ces photos, en y regardant de plus près, pourraient bien avoir de la valeur après tout : elles sont parfois compromettantes…

Quand le responsable de la banque Jonkhere arrive le lundi matin, on a presque pitié de lui. Presque, parce que j’étais devant mon écran à ricaner sous cape, attendant de lire sa réaction sur son visage quand il découvrirait l’état de sa chambre forte. Je n’ai pas été déçue.

Mais Salamander n’a que peu à voir avec un heist movie ; il ne s’agit pas d’applaudir les exploits d’une bande de génies du cambriolage. En fait, nous en voyons plus sur ces voleurs pendant les 12 premières minutes de l’épisode, que dans tout le reste du pilote.

C’est la réaction de la direction de la banque qui va ensuite nous occuper. Car une fois que son responsable l’a averti, Raymond Jonkhere lui-même, directeur de l’établissement, va prendre les choses en main. Or, contre toute attente, sa première décision est de garder la police en-dehors de tout ça, et d’appeler un par un les 66 clients dont le coffre a été visé, pour leur expliquer que leur coffre a été vidé… mais qu’il leur recommande de ne pas contacter les autorités non plus. Sa demande est d’ailleurs souvent devancée par ses interlocuteurs qui, inquiets eux aussi, au moins autant qu’ils sont furieux, espèrent pouvoir taire l’incident.
Quel genre de banque fait ça ? Quel genre de banque, forcément couverte par une assurance, refuserait de porter plainte ?
C’est pendant les coups de fil de Jonkhere et son directeur aux clients-victimes que tout s’éclaire : les échanges se produisent alors que se superposent à l’écran des vues de quelques unes des plus grandes instances nationales et européennes de Bruxelles, chargées de dorures très officielles et de drapeaux. En apprenant la nouvelle, un dignitaire allemand va même se faire sauter le caisson dans son bureau…

Quelque part à Bruxelles, l’inspecteur Paul Gerardi profite de sa journée de congé pour faire des avances manquant dramatiquement de subtilité à sa femme. Tout de suite, on sent que Gerardi n’est pas du genre prise de tête, mais il est têtu et on en aura d’ailleurs la confirmation pendant la suite de l’épisode ; il attire en tous cas immédiatement la sympathie, bien que se dévoilant finalement assez peu pendant ce premier épisode (c’est sûrement ce qu’on appelle le charisme). Alors qu’il tente désespérément de conclure avec son épouse qui, elle, doit aller bosser, il reçoit alors un appel d’un de ses anciens indics qui veut absolument lui parler du cambriolage d’une banque qui a eu lieu pendant le weekend. Problème : vérification faite auprès de son bureau, Gerardi ne trouve trace d’aucun cambriolage. Mais devant l’insistance de son indic, il décide de creuser, et va s’apercevoir que dés qu’il s’approche d’une piste, les gens ont une étrange tendance à mourir et/ou disparaître…
Il l’ignore encore, mais si 66 coffres ont été forcés, et pas un de plus, ce n’est pas un hasard. Il existe une liste de noms, que Jonkhere tient soigneusement. Cette liste est à la fois le problème et la solution, mais Gerardi est loin d’y avoir accès pour le moment.

L’ambiance froide de Salamander fonctionne parfaitement, vrillant les nerfs juste ce qu’il faut. Le peu qu’on gratte, progressivement, à la surface de ce qui semblait n’être au départ qu’un cambriolage comme tant d’autres, ouvre méchamment l’appétit téléphagique. Plus qu’un thriller sur un casse, il va donc s’agir d’un thriller politique, mais aussi d’une chasse à l’homme puisqu’il apparait très vite que Gerardi va devenir la cible à la fois des voleurs, pas spécialement charmés par son attention (l’étau se resserre très vite dés le pilote), et par les autorités qui auraient dû être du côté de la loi, mais dont les responsables sont désireux de conserver leurs secrets. L’expression « tous pourris » vient rapidement à l’esprit…! Salamander est au moins autant une série sur ce vol, qu’une série sur la façon dont il va être couvert afin de protéger les mensonges des plus hauts dignitaires de Bruxelles, et c’est ça qui donne une dimension fascinante à la série, quand bien même, finalement, on ne nous dit rien qui n’ai déjà été dit dans d’autres fictions avant elle, ou au Café du Commerce, ou sur des forums conspirationnistes. Pour une étrange raison, ça marche complètement.

Et je ne suis pas la seule à le dire.
La série, qui devait initialement être diffusée courant 2013 et qui, comme vous le savez si vous lisez le World Tour (ou si vous suivez les tags…), avait été avancée à une diffusion sur één dés la fin 2012, a rencontré un fort succès ; à un tel point que, ce qui devait initialement n’être qu’une mini-série de 12 épisodes, devrait normalement revenir pour une deuxième saison à une date indéterminée.
Salamander n’a pas à rougir de son succès à l’international, non plus. Elle peut s’enorgueillir d’être la toute première fiction belge à être achetée par la BBC ; la série devrait en effet être diffusée en Grande-Bretagne sur BBC Four, dans la case du samedi soir où se sont illustrées de nombreuses séries scandinaves (Borgen, Forbrydelsen, Bron/Broen…), ainsi que Les Revenants. Trois adaptations seraient également en projet : une allemande, une canado-britannique, et une américaine (mais niveau sources, je ne suis pas convaincue).

Détail amusant : bien qu’il s’agisse d’une série flamande, comme quelques autres (De Vijfhoek par exemple), on y trouve ponctuellement des morceaux de dialogue en Français. J’aimerais vous dire que ça va inciter une chaîne française à acquérir la série, mais je crois que dans un premier temps, on va attendre BBC Four.
Ou les DVD, parce que, devinez quoi, il y a des sous-titres anglais sur les DVD, mais vous ne le tenez pas de moi ! Je suis pas un indic… je ne sais que trop bien ce qu’on leur fait, aux indics.

par

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. deadwood dit :

    Pour ma part j’ai bien aimé la série et surtout le personnage de Paul Gerardi qui me fait penser un peu a un Jack Bauer sans le côté bourrin.
    De plus, la fin de la saison laisse entrevoir une possible suite tout en concluant l’intrigue principale.
    Dommage qu’une chaîne Française ne diffuse cette série. Et les chaines diffusent un peu plus des séries venant des pays frontaliers de France. Car nos chaines viennent souvent chercher ces chaînes pour coproduire nos fictions……etc

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