Everywhere Nowhere

13 novembre 2013 à 17:02

Il m’arrive souvent de me plaindre des séries pour la jeunesse. D’abord parce que je suis vieille (j’ai le double de l’âge de la cible), et donc par définition, je préfère les séries que j’ai vues dans ma jeunesse. Et puis aussi, parce que les séries pour la jeunesse dont j’entends le plus souvent parler par les medias grand public sont des séries Disney ou, best case scenario, Nickelodeon. Ce qui n’aide pas. Cet automne j’ai par exemple tenté Sam & Cat, et ho ho ho mon Dieu.

Mais il y a des pays où on ne prend pas les préados et ados pour des demeurés juste bons à acheter des produits dérivés. Il y a même des pays (je sais, le concept est révolutionnaire) où on fait des efforts pour leur offrir de vraies séries, pas de simples produits tournés à kilomètre. L’Océanie, terre (et mer) où l’on n’abandonne pas la jeunesse à Ariana Grande ! Non madame, vous n’aurez pas les enfants d’Australie et de Nouvelle-Zélande ! Car l’Océanie est bel et bien dans ce cas, et figure même, d’après mon palmarès personnel, en première place des pays les mieux intentionnés (avec l’Allemagne et le Canada qui, hasard ou coïncidence, lancent régulièrement des coproductions avec l’Australie dans ce domaine).
Ainsi j’ai déjà pu vous parler de séries très sympathiques, réussies et ambitieuses dans leur démarche, à l’instar de My Place ou Girl vs. Boy ; sachez que si vous n’avez pas encore jeté un oeil à ce que j’en dis, il n’est pas trop tard pour bien faire et suivre les tags qui vont bien ; je dis ça dans l’intérêt commun parce qu’on ne parlera jamais assez des vraies bonnes séries pour la jeunesse.

Bref, il y a de super bonnes initiatives dans le coin, et aujourd’hui je m’apprête à vous en présenter une nouvelle. Il s’agit de Nowhere Boys, dont je vous parle depuis qu’elle est à l’état de projet (donc ça fait un boute de temps maintenant), et qui a eu la bonne grâce de débuter alors qu’arrive l’été en Australie (rappelez-vous, saisons inversées dans l’autre hémisphère, tout ça).

NowhereBoys-650

Nowhere Boys commence pourtant assez humblement, alors que 4 adolescents de la même classe s’apprêtent à partir en excursion avec leur professeur dans une forêt voisine. Le pilote démarre en nous montrant ces personnages principaux dans leur quotidien et donc leur famille, chacun ayant ses préoccupations. Mais surtout, ils appartiennent à 4 « clans » différents de leur classe, chacun ayant une étiquette nettement collée sur le front.
Il y a Andy, l’Asiatique intello couvé/poussé par ses parents mais qui étouffe un peu ; Sam, le sportif pas très malin qui vit dans un milieu très masculin avec ses deux frères et une mère super sympa ; Jake, le bad boy moqueur et agressif mais qui souffre du divorce de ses parents et des problèmes d’argent qui en découlent ; et puis Felix, le gothique dépressif et artiste qui pourtant est très proche de son frère, handicapé en fauteuil roulant.
Et lorsque le prof décrète avoir préparé à l’avance les groupes afin d’éviter de mettre des amis dans une même équipe pendant l’excursion, évidemment, tous se retrouvent bloqués ensemble alors qu’ils ne se fréquentent pas d’ordinaire, et se parlent uniquement pour s’invectiver ou se moquer les uns des autres.

L’exposition de Nowhere Boys n’a rien de précipité. Au contraire, la série, et on comprendra plus tard pourquoi, met un point d’honneur à décrire le quotidien de chacun, et mettre rapidement en relief l’identité mais aussi les problèmes personnels de chacun. Il en résulte des portraits relativement complexes et attachants d’ados qui ont une réelle existence, et ne sont pas de simples prétextes à des interactions virant au clash. La notable exception dans ce paysage est le personnage de Sam, le type cool et sympa qui ne veut de mal à personne et qui sympathise avec tous sans jamais sembler se soucier du moindre stigmate social ; cela compense pour la relative simplicité du personnage comme de son background. Car c’est bien cela qu’établit Nowhere Boys, la façon dont la société collégienne s’organise par groupes relativement imperméables les uns aux autres. Les circonstances vont, naturellement, rendre ces limites sociales totalement caduques…
Le début de l’excursion se déroule donc dans un mélange à la fois de coopération (après avoir râlé parce qu’ils devaient bosser ensemble, nos 4 ados font de leur mieux pour progresser tout de même) et chamailleries. Celles-ci sont assez finement écrites pour ne pas alourdir la structure établie ; on a presque l’impression, à travers les petites piques et les querelles, que les quatre garçons s’apprivoisent. Felix fait preuve de ponctuelle gentillesse envers Andy, par exemple, ou Jake lâche un compliment à Felix, et ainsi de suite. Leur mission ? Rallier un point à l’autre bout de la forêt à l’aide d’une carte remise par leur professeur.

Manque de chance : Felix, qui était chargé de la carte, la laisse s’envoler, et en essayant de s’en saisir, il tombe dans un ravin ; les 3 autres tentent simultanément de le rattraper au vol, et finalement tout ce petit monde finit au bas du talus. Ils cherchent leur chemin, se perdent (pas facile de se servir d’une montre comme boussole quand on est à l’ère numérique !), et finalement sont contraints de passer la nuit dans la forêt.
Et en plus il pleut.
Autour d’un feu de fortune, notre Breakfast Club australien se prend à rêver que si les secours ne les ont pas retrouvés avant la tombée de la nuit, alors ils auront demain, lorsqu’ils reviendront en ville, un accueil médiatique digne des plus grands héros. Felix leur fait également écouter la chanson de metal qu’il a enregistrée sur son iPod le matin-même, pour « se remonter le moral » (ne croyez jamais un goth qui dit vous remonter le moral en musique)… Bref les voilà plus proches que jamais, mais pressés d’en finir, et c’est normal.
Le lendemain matin, trempés jusqu’à l’os, affamés (surtout Sam qui semble atteint de ce ver solitaire que connaissent si bien les ados en pleine croissance), ils tombent par hasard sur le campement d’un excentrique qui vit au beau milieu de la forêt, qui a la gentillesse de les nourrir avec ses poules (!), puis de les ramener en ville.

Car non, les Nowhere Boys n’ont pas basculé dans un monde parallèle en tombant dans ce ravin, ni en croisant le regard d’une étrange ado aux airs de sorcière pendant leur périple. Ils rentrent chez eux sains et saufs, même si un peu déçus de l’absence de la fanfare ou tout simplement, par le fait qu’absolument personne ne semble être activement à leur recherche. Après avoir posé les bases de leur relation (Andy pense que c’était une « male bonding experience » typique, Jake dit que si jamais il croise l’un d’entre eux, il ne les connaît pas), chacun rentre donc chez soi avec l’envie de raconter cette petite mésaventure. Retour à la normale ?

Non. Car c’est là que Nowhere Boys bascule dans le cœur de son intrigue ; quand, sur le chemin du retour, chacun pense retrouver ses proches et sa petite routine, et découvre… que plus personne ne le connaît. Que s’est-il passé pour que leurs familles les aient oubliés ? Pire ! Quand Felix revient chez lui, son petit frère ne le reconnaît pas… et se lève pour s’éloigner.
Qu’est-il arrivé à nos quatre mousquetaires ? Réponse dans les 12 épisodes suivants…

…Ou dans le jeu video Nowhere Boys: The 5th Boy, qui étend encore l’expérience de la série. Personnellement je ne l’ai pas testé (il faut quand même 2Go d’espace libre pour installer la bête !), mais le jeu est constitué d’épisodes mis en ligne au fur et à mesure de la diffusion, qui permettent à la fois de suivre l’intrigue complémentaire de ce 5e garçon, mais aussi de s’imbriquer dans la narration de Nowhere Boys. Une initiative intéressante dont, qui plus est, je ne pense pas qu’elle soit géolimitée, mais c’est à confirmer.
Les initiatives transmedia ne sont pas une rareté en Australie, en particulier dans le secteur public ; et j’avais déjà pu vous dire, par exemple, combien My Place ou The Strange Calls comptaient sur ce pari pour se créer une communauté fidélisée. Cela avait en particulier très bien marché pour My Place qui avait su créer un outil pédagogique à destination des enseignants d’école primaire autour de ses intrigues, et ainsi prendre un tour quasi-institutionnel, et éducatif. Pour Nowhere Boys, le public est différent, bien-sûr ; clairement, la série (qui, il faut le noter, ne laisse qu’une place minimaliste aux personnages féminins) s’adresse aux garçons, et leur propose à la fois une série au ton moderne et a fait le choix d’offrir un jeu d’aventures avec un personnage masculin également. On peut le regretter pour le public adolescent féminin, reste que l’initiative, si elle est ciblée sur une moitié de la population de la tranche d’âge seulement, est relativement bien pensée et développée.

A partir de son pitch ordinaire pour beaucoup de fictions adolescentes (des garçons que rien ne lie qui vont par la force des choses finir par s’aider) et son retournement de situation empruntant au fantastique voire à la science-fiction, Nowhere Boys est une série prometteuse, d’autant que sa réalisation comme son écriture sont soignées. Je le dis et je le répète, quitte à passer pour sénile : ça fait du bien de voir des projets comme celui-là.
Nowhere Boys, 13 épisodes à la télévision australienne et 6 épisodes sur internet : définitivement à tenter.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

3 commentaires

  1. Mat dit :

    Je suis complètement curieux de voir ce que donne cette série (et ça me donnerait une bonne occasion de tester une série australienne, après être passé à côté de The Slap). On peut trouver ces épisodes où ?

  2. Mila dit :

    Merci pour l’article (et le bilan sur la saison 1… pas encore lu celui sur la saison 2). J’ai lancé et regardé en entier la saison 1 hier, parce que je me souvenais bien que tu en avais dit du bien. J’ai beaucoup apprécié (et man, mon high-school-self aurait eu un crush énorme sur Felix)(okay j’en ai encore un peu un, malgré toute la culpabilité qui va avec), malgré quelques trucs un peu agaçants dans la seconde moitié de la saison (les effets sonores, en fait, surtout…. chaque fois que le SPOILERSPOILERSPOILERSPOILERdémonSPOILERSPOILERSPOILER tournait la tête, il y avait une sorte de son robotique, et au début ça allait, mais la série en abuse vraiment sur la fin, ajoutant des mouvements complètement inutiles comme s’il s’attendait à ce que je lui file un cookie pour avoir réussi à synchroniser deux acteurs qui tournent la tête… et ça m’a agacée… je suis facilement agacée par les choses sonores, bizarrement)
    BREF
    J’ai vraiment bien aimé, merci 🙂

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