Dix, ça suffit !

15 novembre 2013 à 16:01

Osons le dire, la rentrée nippone m’inspirait beaucoup moins en cet automne que cet été. Sans doute aussi encore un peu sous le choc de l’excellence de Woman, peu de projets semblaient trouver grâce à mes yeux. Entre ceux qu’on se dit qu’on va regarder « parce que pourquoi pas », et ceux dont on espère qu’ils cachent un trésor secret derrière un pitch en apparence anodin, il y a des signes qui ne trompent pas.
C’était le cas de Tokyo Bandwagon, au sujet de laquelle, à la lecture du sujet (plusieurs générations d’une même famille vivant sous le même toit, et faisant tourner une librairie locale du vieux Tokyo), je formulais quelques espoirs. Il faut dire que la photo promotionnelle était plutôt poétique, en un sens, avec toute cette famille braquant son regard sur un coucher de soleil, perchée sur le toit traditionnel de sa petite librairie. Non, vraiment, c’était charmant. Je vous invite à y jeter un petit coup d’œil, parce que ça donnait un peu envie, cette affaire. Remettez-vous la bien en tête, cette image promotionnelle. Admirez son ambiance apaisante.

Parce que dans les faits, regarder Tokyo Bandwagon, ça ressemble plutôt à cette autre image promotionnelle :

TokyoBandwagon-650
« Je suis rentré » / « Bienvenue à la maison » / « C’est ça le LOVE »
Bougez pas, j’explique. Tokyo Bandwagon n’est pas totalement de la publicité mensongère : oui, il va bien s’agir d’une famille vivant sous le même toit et tenant ensemble une petite librairie. Dans le vieux Tokyo, oui, bon. Sauf que, et la nuance est d’importance, il s’agit d’une comédie. Une comédie familiale. Une comédie familiale japonaise.
Je répète pour que vous preniez bien la mesure du truc : COMEDIE. FAMILIALE. JAPONAISE.

En gros, c’est le niveau zéro du scénarisme comme de l’humour. Naturellement toutes les comédies japonaises, et même les comédies familiales japonaises, ne sont pas bonnes à jeter. Mais beaucoup sont d’une simplicité désarmante sur le plan de l’écriture, au prétexte que comme ça, toute la famille peut la regarder. En gros, pour ceux qui n’en ont jamais vu, on peut dire que la majorité des comédies familiales japonaises sont créées avec le même soucis créatif, scénaristique et humoristique qu’une comédie de TFHein. Je vois à vos visages décomposés que vous commencez à saisir l’ampleur du désastre. Les termes « plus petit dénominateur commun » viennent à l’esprit, et pas nécessairement à tort. Sauf qu’à la télévision japonaise, on n’aurait quand même pas le culot de fourguer un truc aussi vulgaire que Camping Paradis à une heure de grande écoute ; on est entre gens civilisés ; mais du coup, ne reste que la niaiserie la plus vaine et la plus totale.
Rappelons pour mémoire qu’en matière de comédies, la télévision japonaise n’a jamais vraiment été très inspirée. Elle ne réussit en fait ses comédies que lorsqu’elle les mélange à d’autres genres. Elle est par exemple réfractaire aux sitcoms « à l’américaine », lesquels se comptent sur les doigts d’une main (et encore, ils sont généralement tournés sans public), comme Mama-san Volley de Tsukamaete, qui m’occasionne encore quelques cauchemars certaines nuits de pleine lune, ou quand j’entends le générique de Jeanne et Serge. Et les comédies familiales sont pires encore ; jurisprudence Hanawake no Yon Shimai. J’ose à peine vous inviter à vous référer au tag tellement ça me semble inhumain.

Ce qui n’arrange pas le cas de Tokyo Bandwagon, c’est que son pilote est entièrement dédié à l’introduction des personnages principaux (c’est ça d’en avoir une dizaine !), et ne propose pas le moindre embryon d’intrigue. Vous pensiez avoir vu des épisodes d’exposition lents et vides ? Celui-ci mérite de se positionner dans votre Top5 d’emblée.
Savez-vous ce qui est pire qu’un épisode d’une demi-heure qui ne s’intéresse qu’à énumérer les personnages en présence, et vaguement dépeindre leurs dynamiques ? Un épisode qui le fait en ayant pour narratrice une petite vieille dame somme toute charmante, mais totalement omniprésente et même pas drôle. Pire encore, le pilote tente de ménager des pseudo-surprises qui ne fonctionnent pas du tout, du genre introduire un personnage féminin dans la première scène dont on voit arriver à des kilomètres qu’il a décroché les honneurs d’être l’enjeu amoureux de la série, ou imposer une narratrice qui parle pendant 90% du temps, mais qui en réalité n’apparait pas à l’écran parce que… elle est morte ! Oui, c’est son fantôme qui parle. Ça n’a strictement aucun intérêt, à part nous expliquer pourquoi la narratrice parle ; pur gadget narratif sans le moindre bonus d’aucune sorte.

Si encore la défunte était décédée récemment, cela donnerait l’occasion d’introduire un peu de tendresse dans Tokyo Bandwagon. Mais de tendresse la série est totalement dénuée, presque avec obstination. Là où Oishii Gohan (qui partage un pitch similaire) avait à cœur de montrer des interactions ne reposant pas entièrement sur la légèreté et l’humour, mais aussi d’introduire un fil rouge, Tokyo Bandwagon fait le pari totalement contraire, avec uniquement de l’humour grosses tatanes (l’un des personnages, comme c’est souvent le cas dans les comédies nippones, a une horrible catchphrase vide de sens comme d’intérêt) et absolument aucun contenu derrière.

J’aime la télévision nippone ; contrairement aux apparences, j’aime aussi son humour, parfois. Et si vous en doutez, je vous invite à me lancer sur le sujet de la franchise Yuusha Yoshihiko et son humour absurde.
Mais il y a des choses qu’on ne peut pas laisser passer de la part des télévisions qu’on aime. SURTOUT PAS de la part des télévisions qu’on aime.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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