Il est passé par ici…

12 décembre 2013 à 21:00

UneSemaineenAfrique-650

Shuga, c’est l’histoire d’une aventure panafricaine comme il en existe de plus en plus dans la région, et comme il faut s’attendre à en rencontrer à l’avenir sur le continent.
Tout commence avec une première saison commandée par MTV Base Africa, filiale locale, évidemment, de la fameuse chaîne musicale occidentale. L’idée ? Offrir une série permettant de toucher une population doublement à risque, les jeunes Africains, au sujet de problématiques autour des MST et surtout le SIDA.

En cela, mes lecteurs même les plus imperméables aux lourds appels du pied qui ont été les miens savent qu’il existe un projet du même genre en Afrique du Sud, Intersexions.
Le parti pris de Shuga est pourtant différent de sa camarade sud-africaine ; les intentions ont beau être les mêmes, impossible d’avoir un sentiment de redite en regardant son pilote (disponible ici, ainsi que toute la série, en anglais… ou sous-titrée en anglais quand nécessaire ; même si pour ma part, je remercie chaleureusement Najat qui m’a fourni une version d’excellente qualité des épisodes). Là où Intersexions mettait en place une immense fresque destinée à souligner sur différents tons comment un virus peut se propager aisément, et viser n’importe qui ou presque, Shuga a moins d’ambition artistique et espère surtout parler à son public dans son propre langage. N’allez pas croire que ça enlève quoi que ce soit à l’une ou à l’autre ; l’expérience prouve que c’est la variété des messages qui finit par porter ses fruits, pas la répétition d’un même discours.

Shuga se déroule à Nairobi, au Kenya, et l’essentiel de son action se déroule la nuit ou autour de la nuit. Le pilote démarre alors que l’une des héroïnes, Ayira, est déposée devant la maison de sa famille par un homme ostensiblement plus âgé, dans une jolie voiture : la nuit a été longue.
C’est le début d’un marathon pour la jeune femme qui va (et j’en oublie sûrement) : récupérer du linge propre chez sa mère, lui offrir des cosmétiques volés dans un hôtel 5 étoiles (uh-uh), lui laisser un peu d’argent pour les frais de scolarité de sa sœur (on en profite pour apprendre que le père n’assure pas), filer vers l’appart qu’elle partage avec deux amies, récupérer en passant du lait pour l’une de ses colocs, se changer, foncer au restaurant où elle travaille (elle arrive 30 secondes avant d’être en retard), retrouver son petit ami brièvement sur le parking (et là on percute), passer la nuit chez lui après son service, filer à une présentation d’importance devant une agence de publicité qu’elle rêve d’intégrer, retourner bosser au restaurant, servir le type qui l’a interviewée le matin, lui sauver la mise pendant son dîner d’affaires, rentrer avec lui, être à deux doigts (no pun intended) de conclure avec lui, puis rentrer. Oui, nous aurons passé 48h avec Ayira… en l’espace de 24 minutes !

L’interprète de l’incroyable Ayira vous êtes peut-être familière : il s’agit de Lupita Nyong’o, qui s’est depuis illustrée dans l’un des films favoris des critiques en ce moment, 12 Years a Slave. Elle est promise à un brillant avenir qui en fait a vraisemblablement déjà commencé (la voilà en couverture du Hollywood Reporter aux côtés d’Oprah Winfrey ou Julia Roberts, excusez du peu). Rien d’étonnant quand on voit la façon dont elle irradie l’écran, et parvient, bien que toujours entre deux portes, à installer un personnage sympathique en dépit de son apparente inconséquence dans le domaine des mœurs. Rien que pour sa présence, la série vaut le coup d’œil. Mais pas que.

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Car il y a plus fou encore : il ne sera pas question que d’elle dans ce pilote.
Celui-ci est truffé de petits inserts pour nous faciliter les présentations, s’affichant comme des profils sur des réseaux sociaux (nom, traits de personnalité…). Pour être sincère, cet outil, s’il ajoute au dynamisme de l’épisode et s’il ne jure absolument pas dans l’univers de la série, est un peu superflu étant donné que l’écriture se suffit pleinement à elle-même pour nous introduire chacun des protagonistes : Sindi, la copine sympa mais responsable ; Violet alias Vio, la délurée ; Ty, le petit ami fou amoureux ; DJ Skola, l’homme de radio qui aime s’amuser ; Kennedy, le bon vivant ; Leo, le timide ; et Virginia, la jeune innocente. Vous le voyez, s’ennuyer pendant le pilote de Shuga relève de la performance !
A vrai dire, le premier épisode de Shuga ne va pas vraiment nous parler du SIDA. Ce n’est pas vraiment son but : entre l’exposition et l’action qui se déroule, l’épisode a bien assez à faire comme ça ! Ce ne sont que de très légères petites touches, un regard par ici, un paquet de préservatifs qui change de main par là, qui nous rappelle que la série a aussi pour objet la prévention. Pas de prêche dans la série, en tous cas.

Je vous disais plus tôt que Shuga parle à son public dans son propre langage. Elle le fait en proposant des personnages très facilement identifiables, mais cependant très réalistes, en mettant l’accent sur des situations tout ce qu’il y a de plus ordinaire, depuis le jeudi matin quand commence l’épisode, jusqu’au vendredi tard dans la nuit. Il y sera question de s’amuser, de boire, de draguer, de choper ; sur différents modes, avec différents ressentis, mais avec cette constante, celle de refléter des attentes tout ce qu’il y a de plus banal. Et de le faire bien, encore ! « Mais où sont les séries américaines équivalentes ? », murmurera plusieurs fois lady, qui ne porte pas dans son cœur la plupart des séries pour adolescents aux USA.
C’est un vendredi soir qui ressemble à s’y méprendre à bien des vendredis soirs sur la planète ; étonnamment, en voulant faire une série qui parle aux jeunes kényans, Shuga a réussi à attraper quelque chose d’universel (et ce n’est pas une MST).

Un peu plus tôt, je vous disais aussi que Shuga était une expérience panafricaine. C’est que la première saison (dotée de 3 malheureux épisodes, une paille !) a trouvé un tel succès lors de sa diffusion en 2009, que MTV Base Africa a commandé une nouvelle saison (surnommée Shuga: Love Sex & Money), financée une fois de plus avec l’aide d’organisations (dont la Bill & Melinda Gates Foundation) ainsi que du gouvernement kényan. Plusieurs personnages sont de retour, de nouveaux arrivent (permettant d’aborder des sujets inexplorés tels que l’homosexualité). L’action se situe encore à Nairobi… mais cette fois la série est plus largement diffusée sur le continent. De nombreux pays s’en emparent, les spectateurs s’enthousiasment, ce qui pousse MTV Base Africa à commander une troisième saison, dont la diffusion a commencé au début du mois.
Sauf que cette fois, Shuga se déroule au Nigeria, où la troisième saison a été tournée, et s’intéresse à des réalités légèrement différentes, bien que toujours universelles. Les statistiques ne disent-ils pas que le Nigeria est le pays avec le plus gros taux d’infection du VIH ? Plus intéressant encore, la saison 3 de la série a connu des avant-premières non seulement à Lagos (Nigeria) mais aussi à Cape Town (Afrique du Sud) et, tenez-vous bien… Londres (oui, euh, Royaume-Uni).
Il y a fort à parier que l’aventure Shuga ne s’arrêtera pas là, ni sur la durée, ni sur la géographie.

Et vous pouvez vous aussi prendre part à ce phénomène mondial, maintenant que vous ne pouvez plus l’ignorer ! Comme je vous le disais ci-dessus, les épisodes sont tous consultables sur le site officiel de la série, de façon totalement gratuite, en anglais (ou avec sous-titres anglais). A vous de découvrir une série MTV pas tout-à-fait comme les autres séries MTV… et vous viendrez m’en dire des nouvelles. Qui a dit que la prévention ne pouvait pas être passionnante ?

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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