Qui sème le vent, récolte la poussière

11 janvier 2014 à 6:49

Ça ne se voit pas comme ça, mais avant d’être téléphage, j’ai été bibliophage, jusqu’au début de l’adolescence environ.

Je lisais un peu tout et n’importe quoi et, bien-sûr, piochais allègrement dans la bibliothèque de ma mère, laquelle s’était constitué une collection assez éclectique, incluant quelques épopées romanesques difficilement qualifiables de classiques littéraires, mais non moins divertissants. Mais, comme toute tentative autonome d’accéder à la culture était méprisée chez mes parents, je me relevais la nuit pour lire des bouquins que je planquais soigneusement dans la doublure de mes couvertures ou entre mon matelas et le mur… Dans le silence de la maison endormie, avec ma petite lampe de chevet prête à être éteinte en toute hâte au moindre bruit suspect, et posé, à quelques centimètres de mon oreiller, le gros savon Givenchy qu’on m’avait offert et qui embaumait toute la pièce bien que je ne l’aie jamais sorti de son emballage, j’ai passé de nombreuses nuits de voyages et d’aventures.
Alors du coup, au nom de cette nostalgie, j’avais forcément très hâte de retrouver l’adaptation de The Spoils of Babylon, une saga qui m’avait marquée au même titre qu’Angélique, mais pour des raisons différentes. N’avions-nous pas assez attendu déjà ? Il y a pas loin de 2 décennies, alors que je découvrais la saga des Morehouse dans ma chambre, on parlait déjà dans la presse de l’adaptation maudite de l’œuvre d’Eric Jonrosh, réalisée par Eric Jonrosh, et produite par Eric Jonrosh.

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Pour les puristes qui connaissent par cœur (comme moi, je le confesse) les descriptions du roman original, force est de constater que l’adaptation est méticuleuse. On n’en attend pas moins d’un auteur qui prend en main l’adaptation de son œuvre fétiche. La demeure des Morehouse, juchée sur une colline aride, en particulier, impressionne autant qu’elle avait frappé mon imaginaire. La minutie et le détail de la reconstitution m’ont arraché quelques jurons d’admiration : on voit que Jonrosh n’a pas reculé devant la dépense. Dans un autre registre, les plaines désolées, balayées par le vent et la poussière, où naît la légende de Devon Morehouse, est également fidèle à la représentation que je m’en faisais.

C’est surtout du côté de la distribution que The Spoils of Babylon réussit son coup. Lauoreighiya Samcake, évidemment, est lumineuse ; tournée à la fin des années 70, la série date évidemment d’avant sa séparation d’avec Jonrosh, dont elle était la muse. C’était avant la chirurgie esthétique et les problèmes de santé, évidemment ; la bouffée de nostalgie qu’on ressent en la voyant incarner l’ambitieuse mais candide Cynthia Morehouse tordrait presque le cœur à présent. Mais face à elle, c’est Dirk Snowfield qui mène tout le premier épisode ; il porte véritablement la série sur ses charismatiques épaules et offre une performance puissante dans laquelle il a clairement mis toutes ses tripes. A l’époque, Snowfield n’était pas encore l’acteur de légende qu’on connaît aujourd’hui, et le redécouvrir dans l’un de ses premiers rôles majeurs (à l’époque une saga autoproduite, loin de ses succès futurs !) permet d’apprécier tout son talent. Et puis, ne démérite pas non plus dans cet épisode feu Sir Richard Driftwood, même si personnellement j’ai eu du mal avec son interprétation du patriarche Morehouse. Il faut quand même rappeler que dans le livre, le personnage est beaucoup plus nuancé, quand ici Driftwood incarne un Jonas Morehouse un peu monolithique ; en revanche, nul ne niera qu’il a une présence incroyable à l’écran.

Eh oui, vous l’aurez compris, en dépit de mon enthousiasme, j’ai quand même trouvé quelques petites choses à redire. C’est toujours le problème quand on regarde l’adaptation d’un roman qu’on a particulièrement aimé, a fortiori pendant des années.
L’enfance de Cynthia et Devon, par exemple, est très brièvement passée en revue. On n’en tire, en-dehors de leur rencontre, pas beaucoup d’informations sur leur dynamique avant leur premier baiser, par exemple. Il aurait été bon d’inclure la scène du puits, ou la partie du roman se déroulant au marché, histoire d’étayer un peu les raisons de leur romance. Là, c’est un peu précipité. De la même façon, The Spoils of Babylon explicite trop peu les problèmes d’argent de Jonas Morehouse, pourtant explicités au long de deux chapitres revenant en détail sur l’impact du Jeudi Noir sur ses affaires, et ses rapports avec la banque.
Il est très possible, cependant, que ces éléments aient été portés à l’écran à l’origine. Rappelons que la version originale de The Spoils of Babylon dure environ 22 heures, et qu’il a fallu faire de nombreuses coupes pour que nous puissions voir ces quelques images aujourd’hui. J’espère qu’un distributeur aura la bonne idée de proposer une version longue en DVD, mais je ne me fais pas d’illusions.

Par moments, j’ai quand même réussi, je vous rassure, à mettre les comparaisons de côté avec l’œuvre originale. L’émotion de l’épisode est si forte qu’il est à certains moments impossible de ne pas sombrer corps et biens dans l’action au lieu de l’analyser !
La scène la plus émouvante de cet épisode inaugural est sans conteste celle de la montre, que Jonas offre à Devon pour lui signifier qu’il le considère à présent comme son fils sans la moindre retenue. Le message gravé, lu avec solennité par Devon, est aussi fantastique que dans mon souvenir, même si là encore je regrette que des coupes aient été faites par rapport au texte original. Je vous assure que j’en avais les larmes aux yeux…

Inutile de dire qu’entre un casting de rêve, une réalisation impeccable et inventive, un soundtrack génial (que je n’ai pas encore mentionné mais que j’ai adoré), et une histoire captivante, The Spoils of Babylon est certainement LA série à voir de ce début d’année. Je vais déguster les 5 épisodes restants, et je vous encourage à en faire autant. On n’en fait plus, des comme ça !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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