Les apparences sont parfois dangereuses

12 février 2014 à 19:43

Sept jeunes adultes isolés en pleine montagne dans un chalet où ils sont seuls avec leurs secrets respectifs, et un meurtrier qui se promène peut-être dans la région ? Qu’est-ce qui pourrait mal tourner !

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Bienvenue dans Lost Days, la série de fin de soirée de Fuji TV cet hiver, qui mêle adroitement le drama post-adolescent et le thriller. On y chronique aussi bien les interrogations d’étudiants prêts à se jeter dans le grand bain de la vie active (…ou pas) et leurs émois amoureux, que la potentialité d’un crime au sein de leur petit groupe en apparence soudé.

Encore que. Sur ce meurtre qui semble planer au-dessus de leurs têtes, il n’est pas fait grand secret…
En effet, le prologue de Lost Days commence comme une grande virée entre amis, alors que 6 camarades de fac participant au même club de tennis s’apprêtent à faire une ultime virée avant la remise de leur diplôme. C’est Shino, qui conduit la voiture emmenant la petite équipe dans une maison de montagne appartenant à Miki (une élève riche), qui apparait comme le « héros », avec quelques opportunités de s’exprimer en voix-off, notamment pour nous avertir que « s’il avait su… » (avec de gros sous-entendus et la mention du mot « meurtre » en prime). Mais la série n’est pas tant filmée de son point de vue, que de celui d’un narrateur omniscient, capable de capter les petits éléments de langage corporel qui trahissent au spectateur uniquement les réserves de chacun quant à ce voyage. Après être arrivés dans le chalet, et avoir découvert que le frère de Miki est également là, ce qui n’était pas prévu, la série peut enfin commencer pour nos 7 jeunes gens.

Lost Days est en effet dotée d’une structure intéressante : chacun de ses épisodes équivaut à 24h dans la vie de nos vacanciers, à raison d’un total de 10 épisodes. C’est le privilège, rappelons-le, des saisons japonaises : pour toutes feuilletonnantes qu’elles soient, elles sont systématiquement conçues pour avoir une fin.
Dans un tel contexte, chaque information, chaque émotion, chaque détail, a son importance, et participe nécessairement à l’intrigue… du moins est-on autorisés, voire encouragés, à le penser. Sachant la fin proche (10 semaines, ça passe vite, surtout avec des épisodes de 35 minutes générique inclus !), le spectateur développe d’ailleurs une tendance intéressante à capter le moindre de ces signaux ; c’est ce qui rend les séries feuilletonnantes nippones si efficaces, je pense. Et Lost Days tire particulièrement avantage de cette configuration, pour nous montrer de brefs moments pendant lesquels les personnages tombent le masque, mais toujours de façon à ce que seul le spectateur soit dans la confidence, les personnes alentours ne tirant pas des conclusions pour si peu. Lost Days ne joue pas que sur ces non-dits, et essaye déjà de nous tendre quelques pièges, avec des fausses routes dont on ne peut que deviner qu’elles sont des illusions d’optique, mais dont il est pour le moment impossible de comprendre précisément ce qu’elles cachent. Le frère de Miki, Wataru, est par exemple inquiétant, et ne se prive pas pour le montrer au spectateur ; même Shino capte qu’il y a un truc étrange ! Mais impossible de totalement comprendre ce qu’il cache, il est trop tôt et on craint de se presser trop à tirer des conclusions évidentes. En agitant ce chiffon rouge, Lost Days entretient un mystère tout en faisant mine de le dévoiler de façon appuyée, si bien que le spectateur est quand même perdu !

Comme le premier épisodes est dénué de meurtre, il faut bien s’occuper avec d’autres choses. Lost Days met donc en place des mécanismes dramatiques à cet effet. Le premier épisode a, qui plus est, une vocation d’exposition, qui favorise le dessin des relations entre les personnages. Car évidemment, ils sont jeunes, innocents et pas encore encombrés par les réalités de la vie : DONC ils sont tous amoureux les uns des autres, et à peu près personne ne trouve exactement ce qu’il cherche. Le royaume du béguin secret, en quelque sorte !
Ne m’écoutez pas : je suis, c’est de notoriété publique, une grande cynique quand il s’agit de romance dans la fiction. D’ailleurs il n’est pas tant ici question de romance, que de secrets. C’est bien plus important parce que cela participe d’emblée à l’ambiance à l’intérieur de la maison. Ainsi, chacun ne dit pas, n’ose pas dire, omet de dire, bref, cache plus ou moins volontairement, ce qui lui pèse. Et dans cette atmosphère, bien malin qui saura démêler ce qui est « bénin », comme une simple amourette, ou ce qui pourrait avoir des conséquences plus dramatiques. L’épée de Damoclès est suspendue au-dessus de la totalité des relations et des personnages de la série.

Outre cela, le premier épisode de Lost Days exploite aussi des questionnements plus universels sur le devenir de chacun à un moment important : une intersection. Que se passera-t-il après le diplôme ? Comme les personnages d’Orange Days, une lointaine cousine, les protagonistes de Lost Days ont perpétuellement la question à l’esprit. Mais contrairement à la confrérie de l’agrume, ici, c’est un poids qui empêche l’insouciance, au lieu de la favoriser.
Les 6 amis ont entrepris ce dernier voyage pour vivre une dernière fois leur amitié, mais déjà, et leurs mensonges et cachotteries le disent bien, ils sont dans des réalités différentes. Le fait que l’un d’entre eux redouble, qu’il s’avère que deux d’entre eux soient en couple depuis plusieurs mois, et ainsi de suite, montre bien que l’insouciance n’est qu’une façade. En fait, tout au long de cet épisode, les jeunes gens vont être dans une dynamique de profiter aux maximum d’instants… plus ou moins fabriqués de toute pièce. Les séquences de groupe, généralement dominées par les rires gais, sont extrêmement dynamiques… mais presque toujours suivie d’un moment beaucoup plus sombre et inquiétant qui dévoile une sanction à venir. Entre eux, les jeunes gens de Lost Days ne sont pas eux-mêmes, ils sont déjà ces adultes qui vont être si polis, si prestes à respecter les distances de sécurité imposées par la société. Ils ne semblent pas tout-à-fait se rendre compte que l’intersection n’est pas marquée par la remise des diplômes comme ils le croient, mais que les chemins ont déjà commencé à se séparer. Cette inquiétude, si elle ne transparait pas en permanence, revient suffisamment souvent pour laisser une véritable empreinte sur l’épisode, et montre qu’on est bien au-delà de la question d’un meurtre à venir.
Pour autant que je sache, ce meurtre pourrait même être métaphorique et concerner l’amitié de ces jeunes gens, plus que l’intégrité physique de l’un d’entre eux.

Lost Days commence, avec ce premier épisode, un difficile exercice d’équilibriste, imposé par deux genres différents mêlés dans une même intrigue limitée dans le temps. C’est un joli défi, et même si la réalisation n’est pas toujours au rendez-vous (certaines choses sont appuyées un peu lourdement, par exemple), le jeu des acteurs est pour le moment exactement là où il faut, en dépit de la difficulté qu’il y a à sauter d’une humeur à l’autre comme l’exige le scénario, tout en conservant une fraîcheur et une forme d’authenticité permettant de rendre la complicité entre ces héros vraie. Des qualités essentielles, après tout, pour que tout le reste fonctionne.
Au vu de son pilote, c’est assez clair que Lost Days n’a pas beaucoup d’argent (tout le budget est sûrement parti dans la location de la maison), mais la série compense par une ambition intéressante, qu’il faut maintenant voir se développer. Rendez-vous en bas de la piste pour le bilan !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. akito dit :

    Après avoir visionné les 10 épisodes, je suis certes fixé sur la forme métaphorique / physique du fameux meurtre… Mais que ce soit l’une ou l’autre finalement je trouve que ce meurtre revêt une sorte de symbolique, comme si les personnages avaient dirigé leur frustration, leur colère sur cette victime : celle qu’on a envie de voir disparaître, celle dont on pense qu’elle a tous les torts, celle qu’on hait… Parce que c’est plus facile que de se remettre soi-même en question !
    Au bout du 2e épisode je connaissais bien chaque personnage, c’est certainement ces signaux dont tu parles, assez efficaces pour bien différencier rapidement chacun.
    Tu vas peut-être trouver ça très bizarre, ou alors tu vas voir de quoi je parle mieux que moi, mais ce qui m’a dérangé dans ce drama c’est la réalisation type « série B », je l’ai ressenti dès les premières images : la façon de filmer, les plans fixes, le type d’image… Ça me fait penser aux séries nocturnes que personne ne regarde. Certainement une question de budget effectivement, bien contrebalancé par la richesse de l’histoire mais qui m’a un peu rebuté au début.

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