With all my Hearte

5 mars 2014 à 23:37

Ce weekend, ne me demandez pas pourquoi et à peine plus comment, j’ai eu envie de regarder le pilote d’un soap. Vous avez raison de penser que je n’étais pas dans mon état normal : les soaps, d’ordinaire, j’évite ça. Mais là je sais pas, j’ai eu envie de sortir un peu de mes habitudes (en plus le pilote de Sangsokjadeul téléchargeait à une vitesse ridicule).
Donc me voilà à regarder le premier épisode de Close to Home, le tout premier soap néo-zélandais de l’Histoire, dont la première diffusion date quand même de 1975.

La télévision de Nouvelle-Zélande, c’est toujours un peu le parent pauvre de la téléphagie d’Océanie. Pour toutes les fois où on parle de séries australiennes (et, oh, il y a de quoi dire, ne vous méprenez pas !), il y a toutes ces choses qui restent tues à quelques brasses de là. Et si vous croyez que les séries australiennes ont longtemps vécu dans l’ombre de la fiction britannique, imaginez ce que ce doit être pour la Nouvelle-Zélande…
Par exemple, il faudra attendre 1963 pour que la toute première fiction dramatique néo-zélandaise fasse sont apparition : c’est plus d’une décennie après l’Australie ! All Earth To Love, c’est son nom, n’est pourtant qu’une expérience d’un soir, écrite comme une pièce par un homme travaillant d’ordinaire plutôt pour la radio, Al Flett.
La première série, elle, sera diffusée en 1971 : Pukemanu, une série qui ne durera que deux saisons de 6 épisodes, et trouvant son décor dans un village rural où l’on vit essentiellement de la coupe du bois. Le charme de la série vient essentiellement de son authenticité : les habitants du village de Pukemanu sont des gens modestes, qui travaillent la journée et se retrouvent le soir au bar du coin et… c’est à peu près tout, dans les grandes lignes. Il faut dire que, commandée par ce qui est alors l’unique chaîne du pays, la série a été créée par un ancien bûcheron (qui plus tard a également travaillé à la radio). La seule vraie originalité de la série est son cast très diversifié, avec notamment plusieurs acteurs Māori (il y aura même des passages pendant lesquels ils ne parleront pas du tout en anglais entre eux, et seront sous-titrés) ; mais du côté des histoires, rien que de très classique.

Alors entretemps, les spectateurs de Nouvelle-Zélande, qui ne vont quand même pas attendre que les producteurs de leur pays se réveillent, se tournent vers les nombreuses séries étrangères, principalement britanniques mais aussi australiennes, qui leur parviennent. Et leur grande passion sera… Coronation Street, une série que vous avez du mal à ne pas connaître si vous vous intéressez un tant soit peu à la télévision britannique, rapport au fait qu’ITV la diffuse quand même depuis 1960. En Nouvelle-Zélande, le soap britannique est diffusé depuis 1964, et c’est un immense succès. Bien qu’elle se déroule à l’autre bout de la planète, ce qui plaît aux spectateurs néo-zélandais, c’est son sentiment de proximité, d’authenticité.
Au bout d’un moment (le temps que ça monte au cerveau, sûrement), des producteurs néo-zélandais commencent à se dire qu’il y a peut-être quelque chose à faire de tout le succès qu’obtient Coronation Street. C’est là qu’apparait Close to Home, créée par Michael Noonan et Tony Isaac, et diffusée deux fois par semaine à partir de mai 1975.

ClosetoHome-NZ-650

Mais si Coronation Street, comme l’indique son nom, a une vocation d’ensemble drama très large, s’intéressant à divers personnages ayant pour seul point commun de vivre et/ou travailler dans un même quartier, en revanche, Close to Home décide de prendre la démarche inverse. On y suit essentiellement la famille Hearte, à tous les niveaux de son arbre généalogique, quelle que soit leur situation géographique.

Bien qu’esquissant quelques tentatives d’exposition de ses personnages, sur leur situation en tant qu’individus (et notamment professionnelle), c’est cela avant tout que le pilote veut retranscrire : que Close to Home parle du quotidien de personnes qui sont de la même famille. Le pilote démarre en fait comme si le spectateur prenait la série en plein milieu : les scènes de la vie courante s’enchaînent, et bien qu’on puisse glaner des renseignements sur qui est qui, et qui fait quoi, on a plutôt l’impression de faire le grand saut dans le grand bain avant même d’avoir trempé un orteil dans l’eau. Si on pouvait soupçonner les scénaristes de prévoir un retournement de situation à l’avance (or rien n’est moins sûr), on pourrait comparer le premier épisode de Close to Home à celui de Modern Family ; mais s’il est clair que le » twist » du premier épisode de Modern Family est totalement voulu, celui de Close to Home semble accidentel.

L’épisode alors commence qu’une adolescente rentre chez elle après ses cours, et découvre sa sœur aînée en train de préparer le dîner ; je vous avoue que je n’ai pas retenu les noms si jamais ils ont été prononcés. On comprend alors qu’on se trouve dans la maison de leurs parents ; leur frère aîné, qui vit également là, passe une tête plus tard dans la scène. Tous les 5 vivent ensemble, même si la sœur aînée, qui travaille dans un hôpital, est rarement présente du fait de son service de nuit. Dans un appartement vit un couple sans enfants ; Mme Hearte y accueille une cliente qui passe par surprise, or le moment est mal choisi puisque son mari rentre du travail et aurait espéré un peu de calme. Ce n’est pas tout ; un jeune couple vit dans une petite maison avec 4 jeunes enfants, dont un bébé encore en langes. Tout ce petit monde finit par se préparer à célébrer l’anniversaire de patriarche de la famille, lequel annonce qu’il est finalement prêt à décider à qui il lèguera la direction de l’entreprise familiale.
Entre les frères et les sœurs, les cousins et les cousines, l’arbre généalogique est compliqué et très sommairement expliqué. Quand bien même la série décide que son objet principal est une famille aux diverses ramifications, Close to Home n’a pas très envie d’entrer dans les détails. Le plus gros effort que fera l’épisode est de glisser au passage que l’une des branches de la famille n’a pas toujours été aussi proche, mais on ne discernera ni pourquoi la séparation a eu lieu à un moment, ni comment la réconciliation a eu lieu. Au final, ce n’est pas vraiment la famille Hearte que veut aborder la série…

Ce qui intéresse plus cet épisode, c’est de nous mettre directement face aux sujets qu’abordent les personnages. Et ils seront nombreux. En moins d’une demi-heure, Close to Home va ainsi aborder plusieurs thèmes : la grossesse d’une adolescente, le divorce, la vie sexuelle des femmes célibataires ou divorcées, le travail des femmes mariées… certains sous différents angles ! En se focalisant ainsi moins sur les personnages qui parlent que sur ce dont ils parlent, le soap semble essayer de simplifier l’identification pour les spectateurs, de tout de suite viser une certaine universalité. Et il est entendu que cette universalité concerne avant tout des spectatrices, et plutôt féministes par-dessus le marché.
J’ai rarement vu des séries faire à ce point peu de cas des personnages, et, surtout, dés le premier épisode. Il semble pourtant assez évident que pour un soap, l’essentiel des retournements de situation viendra de ce qui arrive aux personnages ; l’identification comptera à ce moment-là au moins autant que l’affection portée de façon individuelle qui leur sera portée. Mais Close to Home se moque éperdument de cela.

Les seules scènes (sur la fin) dans lesquelles la famille va plus ou moins arrêter de parler de choses et simplement se parler, se déroulent pendant l’anniversaire du grand-père de la famille. Lequel, tout grabataire qu’il semble être (lorsqu’il a été mentionné précédemment, c’était surtout parce que les personnages se refilaient la charge d’aller le chercher pour la fête), a en fait les idées bien arrêtées sur le sort de l’entreprise qu’il a fondée, et le plus rétrograde des Hearte n’est d’ailleurs pas celui qu’on pense. Ces scènes sont faites de small talk finalement peu signifiant ; les dialogues sont avant tout là pour retranscrire l’atmosphère vivante d’une réunion de famille. Il ne s’agit, une fois de plus, pas vraiment de nous parler de qui sont les personnages, mais de qui ils sont ensemble, de la façon dont ils se saluent ou plaisantent ensemble.

Je l’ai dit, je ne suis pas très familière des soaps, et surtout des pilotes de soaps. Mais le premier épisode de Close to Home m’a semble surprenant parce qu’il met presqu’uniquement sa thèse avant ses personnages. Ça n’aura pas empêché le soap de durer 8 ans sur les écrans néo-zélandais ; comme quoi tous les goûts sont dans la nature.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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