Lonely looking

20 avril 2014 à 20:34

Il vaut mieux tard que jamais, comme on dit. Après avoir finalement testé le pilote de Looking, une chose en a naturellement entraîné une autre, et j’ai rapidement englouti toute la première saison. Je vous accorde que celle-ci n’est pas bien longue, mais si on considère mes craintes pré-pilote, il y a franchement eu progrès !

Et je voudrais commencer par dire que tout ceux qui, à un moment ou un autre, dans un tweet, dans une news, ou pire, dans une review, ont dit que Looking était « le Girls gay » de HBO, devraient immédiatement arrêter de parler de séries et se consacrer entièrement à la confection de fromage à base de lait de brebis (ou de chèvre, je suis pas chiante). Rien n’est plus mensonger que cette comparaison (et beaucoup de comparaisons de ce type, sont déjà, à la base, très limite). Par-dessus le marché, c’est particulièrement insultant pour Looking, ce qui n’arrange rien.
Un épisode de Looking contient plus d’humanité qu’une saison entière de Girls. C’est la différence entre une série qui parle pour ne rien dire (et mal, en plus, Girls ayant le vocabulaire d’une adolescente de 15 ans), mais qui parle beaucoup, et une autre qui s’intéresse vraiment à la quête de son personnage principal, et qui passe énormément par le langage non-verbal, d’ailleurs.

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Alors, certes, cette première saison de Looking a ses imperfections, je ne le nierai pas.
Le sort très inégal qu’elle réserve à ses personnages en est un, et Agustín est singulièrement négligé pendant la majeure partie de ces 8 épisodes, rendant assez opaques ses motivations. Gros bémol, par voie de conséquence, pour Frank, dont le comportement dans le dernier épisode sort de nulle part, jusqu’à ce qu’on réalise que de toute façon on ne savait rien de lui. Dom et surtout Patrick, bien-sûr, sont bien mieux choyés. Et bien que n’étant pas aussi présents que ces derniers, Richie et Lynn s’en sortent admirablement bien, avec des nuances magnifiques (preuve que le temps d’antenne n’est pas nécessairement équivalent au soin apporté).
Quand au côté « boucle bouclée » de la fin de saison, qui fait que les intrigues arrivent à un statu quo n’engageant absolument aucun des personnages pour la saison prochaine, il est regrettable, mais c’est une vision plus personnelle des choses. Je ne suis pas friande du cliffhanger de fin de saison qui va artificiellement accrocher les spectateurs pour plusieurs mois, mais à l’inverse, je suis assez gênée quand une série achève une saison de façon à pouvoir reprendre la suivante comme si elle n’avait rien dit précédemment.

Oh, non, j’ai l’air de médire. Ces épisodes ont défilé tellement vite, j’aurais envie de couvrir la série de compliments, je regrette de ne pas pouvoir le faire. J’ai vraiment adoré ces quelques heures en compagnie des personnages de Looking.

Et surtout, il faut que je vous dise, mais ce paragraphe peut éventuellement sembler spoiler, donc attention aux âmes sensible : le 5e épisode de cette saison est, pour le moment, l’un des meilleurs épisodes de 2014 à mes yeux (je vous accorde que j’ai encore le temps de voir venir).
Moi qui n’accroche pas du tout aux romances, qui suis si réticente avec l’idée que ces questions occupent le devant de la scène dans une série (oserai-je préciser que mon personnage favori était Dom dans ce domaine ?), j’ai été enchantée d’un bout à l’autre de cet épisode dont le concept est simple : passer une journée intégralement avec Patrick et Richie. Les autres personnages sont totalement, et je dis bien totalement absents de l’épisode, rendant parfaitement l’effet de « bulle amoureuse » de ce rendez-vous de plusieurs heures, qui commence au lever et s’achève au coucher sans aucune interruption. C’est d’autant plus merveilleux à regarder que narrativement, aucun gadget narratif n’essaye de nous tenir vissés à l’écran sous un prétexte ou un autre : ici, aucune utilisation de flashback/flashforward, juste une longue traversée d’une journée passée l’un en la compagnie de l’autre, presque linéaire, avec quasiment l’illusion du temps réel. Combien de séries osent encore passer une demi-heure comme celle-là ? Pas des masses d’après mon expérience. Comme toujours, si j’ai tort, filez les suggestions en commentaires pour que j’améliore mon année téléphagique, je ne demande que ça.
Comme en plus l’alchimie entre les personnages est parfaite, que le rendez-vous a ses hauts et ses bas, ses temps forts et ses moments calmes, des instants de tendresse et d’autres de frustration, la magie fonctionne à plein. Si je n’avais pas eu un sixième épisode à regarder juste après ça, j’aurais probablement mis ma veste sur le dos, déboulé dans la rue, et invité à un rendez-vous le premier inconnu venu. Story of my life.

Dans son humour comme dans ses situations les plus inquiétantes (sans être non plus tragiquement angoissantes, évidemment), Looking parvient à nous donner envie d’apprendre à connaître ses personnages, dans tout ce qu’ils sont d’ordinairement insécures, de doucement insouciants et de terriblement solitaires.
C’est cette description d’une solitude si moderne qui m’avait conquise dans le pilote, et ça reste la qualité que je préfère dans la série. Par sa façon de montrer que quelle que soit leur situation (amoureuse ou professionnelle), quel que soit leur contexte immédiat (au travail, dans un resto/club, dans un parc), quelle que soit leur activité immédiate (réseaux sociaux, fête, bains de vapeur, et même drague), les personnages sont toujours en pleine lutte avec leur solitude, Looking touche quelque chose d’unique. Je mets au défi quiconque de ne pas réagir au degré de doigté qu’il faut pour proposer une série qui en fasse une si belle exploration sans jamais verser dans le pathos total.
Ça va être long jusqu’à l’an prochain ; cette deuxième saison ne peut pas arriver suffisamment vite.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

2 commentaires

  1. Lulla dit :

    Merci pour cette jolie review, qui retranscris très bien, surtout dans le dernier paragraphe, ce que je ressens à l’égard de la série et les émotions que cette première saison m’a transmises, de même que le miroir qu’elle m’a parfois tendu.
    Et concernant ta détestation pour « Girls », (je ne sais pas où tu t’es arrêtée) sache qu’il y a justement un épisode de la saison 2, le 5ème là aussi, « One man’s trash », qui se déroule uniquement en compagnie de deux personnages, Hannah et un homme de passage incarné par Patrick Wilson, et c’est très joli, une autre bulle… Je te le conseille même sans regarder ceux qui précédent ou ceux qui suivent.

  2. Nakayomi dit :

    Pour moi, la série peut grandement remercier ce 5ème épisode, qui reste effectivement le plus réussi de la saison, parce que j’avoue que j’ai quand même moyennement accroché à l’ensemble… Des séries où il ne se passe rien, j’en ai aimé (Ailes Grises/Haibane Renmei du côté de l’animation japonaise reste ma référence, mon bijou), mais ici, juste ces morceaux de « vie amoureuse », ça ne m’a pas passionné des masses dans la plupart des cas. Il me manque quelque chose pour que l’étincelle s’illumine… Ce qui ne m’a pas empêché de tout regarder et de suivre sûrement la saison suivante, puisque la série a prouvé qu’elle pouvait avoir ses moments de grâce…

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