Comment Halt and Catch Fire doit éviter l’erreur 404

25 mai 2014 à 1:44

Avertissement : si vous n’avez pas encore vu le pilote de Halt and Catch Fire, cet article est bourré de « spoilers », pour autant qu’un pilote puisse comporter des spoilers.

Les enfants, je vous ai menti. Le mieux c’est que je vous le dise franchement. Non, le pilote de Halt and Catch Fire, sorti cette semaine sur internet en préambule de sa diffusion le 1er juin, n’est pas parfait. Comment ? Vous dites ? Ah, je n’ai jamais prétendu qu’il était parfait ? Certes. Et puis, c’est le jeu que d’être plus critique au bout de plusieurs visionnages, là où les premières fois, d’autres facteurs, dont la découverte, entrent en ligne de compte.
J’aime toujours autant ce premier épisode de la série, je suis intriguée par certains détails, je commence même à avoir quelques pistes (« I grew up there », oh vraiment, à quel point ?), et globalement je suis toujours aussi excitée à l’idée de suivre la série…
…mais entrons quand même dans le détail de ce qui pourrait, hm devraitdevra être amélioré.

HaltandCatchFire-650Non-je-n’ai-absolument-pas-revu-le-pilote-je-ne-vois-pas-du-tout-ce-que-vous-voulez-insinuer.

5 – Les soucis avec IBM
Il est certain au vu de la fin du pilote que quelque chose va se passer de ce côté-là, d’où le fait que ce soit assez négligeable dans ma liste. Mais on a quand même un gros manque d’antagonisme dans ce pilote, au sens où IBM plane comme la grande menace et pourtant on n’a pas le sentiment de risquer grand’chose. Il faut dire que cette menace actuellement n’est pas incarnée par un personnage (quatre visionnages plus tard, je n’ai toujours mémorisé aucun nom chez IBM dans ce pilote, même si effectivement j’ai bien mémorisé un visage féminin). Néanmoins ce problème rejoint le point n°1 et du coup, ça le rend tout de suite beaucoup plus problématique…

4 – La profondeur des personnages
A aucun moment je ne reviens sur ce que j’ai dit plus tôt cette semaine, à savoir que Halt and Catch Fire mettait l’accent sur l’aspect intellectuel des choses plutôt qu’émotionnel. Il y a une partie de drama pur qui se déroule chez les Clark, aussi bien à l’intérieur du couple que chez Gordon Clark lui-même pour expliquer sa faiblesse, elle est en minorité dans ce pilote… et je m’en satisfais toujours autant.
Quand on me parle d’informatique, mais surtout d’intrigue en fil rouge sur un projet mis en place par un type ombrageux qui manipule tout le monde juste pour satisfaire une ambition douteuse, je n’ai pas envie qu’on me prenne par les sentiments, et pas envie de me lier absolument aux personnages ; ça me convient très bien que ce pilote ne cherche pas à attirer la sympathie sur quelque intervenant que ce soit. Ce qu’on sait de Gordon (pour le moment le personnage au background le plus éclairé) ne suscite pas grand’chose si ce n’est un mélange de pitié voire même de mépris. C’est parfait comme ça et j’espère que les autres protagonistes, à mesure qu’ils seront mis en lumière, ne seront pas traités différemment.
Mais à un moment, il va quand même falloir aller au-delà des clichés et quand même apporter de nouvelles dimensions à ces personnages. Un pilote n’a pas la vocation, ni bien-sûr le temps, de le faire pour pléthore de protagonistes dés le départ, et rien n’est perdu loin de là, mais il va falloir s’y atteler. Ce qui nous conduit naturellement à…

3 – Cameron Howe
Oui, j’ai déjà exprimé mes réserves à son sujet, mais plus je revois ce pilote, moins je comprends comment ce qui est supposé être l’un des trois personnages principaux est aussi peu exposé dans… euh, l’épisode d’exposition. Ce qui est toujours un peu gênant.
Les plus observateurs se rappellent sûrement que les premières photos promotionnelles d’AMC sur la diffusion prochaine de la série (version noire, que j’ai utilisé dans mon article de review d’ailleurs) ne comportaient que ces trois visages : Joe, Gordon et Cameron. Par la suite, le site officiel a apporté une modification à cette photo en incorporant Donna, et c’est clairement un calcul intelligent parce qu’elle occupe bien plus de place dans ce premier épisode que ne le fait Cameron. Mais le soucis, c’est que Donna est supposée représenter les doutes sur le projet échafaudé en secret par Joe, et que Cameron est au contraire censée être partie intégrante de ce projet, puisqu’elle en devient la codeuse. Il faut vraiment qu’on en apprenne plus sur elle si elle ne veut pas, un peu comme Gordon dans ce pilote, n’être qu’une petite main. Ou pire, un simple enjeu féminin pour Joe, ce qui serait désolant de simplicité (en cela je rejoins complètement la réaction de Gordon qui espérait embaucher quelqu’un que Joe ne se soit pas tapé). J’aime bien le personnage de Donna Clark, l’interprétation de Kerry Bishé est maîtrisée en plus (qui s’est souvenu en la voyant de la calamiteuse saison-9-qui-n’existe-pas de Scrubs ? et pourtant !), mais il faut vraiment faire quelque chose pour Cameron, pour le moment c’est un cliché ambulant sans plus-value dans l’intrigue.

2 – La prestation de Lee Pace
Vous l’aviez vue venir, celle-là ? Bon, ceux qui n’ont rien à faire de mes analyses à deux balles sur le jeu d’un acteur peuvent néanmoins sauter ce paragraphe.
Vous le savez sans doute, je surveille attentivement ce que fait Lee Pace depuis des années maintenant, et je suis sa filmographie avec une telle attention que j’ai même regardé ses scènes dans Twilight (oui euh bon, quand même pas tout Twilight, hein) et la totalité de Marmaduke. Marmaduke, les gens. Rendez-vous compte. Mon sens du sacrifice ne connaît aucune limite, c’est établi. A l’inverse je l’ai vu, dans quelques excellentes productions, officier de façon toute aussi excellente ; c’est bien simple : si je doutais un seul instant de ses capacités, bah j’aurais arrêté les frais il y a des années et je ne serais pas là à vous en parler.
Mais d’après mes observations, quelles que soient ses qualités, Lee Pace a UN gros défaut : le contrôle. Il a énormément de mal à laisser des émotions vives s’exprimer de façon extrême et débridée : c’est la raison pour laquelle il est d’une part, plus à l’aise sur les planches, et de l’autre, plus à l’aise dans la fiction de genre ; le contrôle dont il fait preuve aboutit à une certaine théâtralité. Et ça fonctionne très souvent, de toute évidence… mais dans Halt and Catch Fire c’est un peu piège.
Parce que Joe McMillan est à la base écrit comme un personnage qui cherche à avoir le contrôle (d’un autre côté il suffisait de regarder le poster pour s’en rendre compte, je vous l’accorde !), et que c’est aussi un personnage qui a besoin de se contrôler lui-même pour parvenir à ses fins. Il ne serait pas cet excellent baratineur si d’un autre côté il n’était pas constamment en tension contrôlée. On le voit bien pendant la scène de la vente au restaurant, son assurance est essentiellement une tentative de contrôle de lui-même et de son entourage (le regard qu’il jette à Gordon en fin de déjeuner, j’adore ; au passage, très bon rappel de ce regard lorsque tous les deux se font engueuler dans le bureau plus tard, vers la 40e minute). Et c’est aussi la signification de ces séquences dans l’appart, c’est évident. S’il ne relâchait pas sa frustration à ce moment-là (sur sa pauvre vitre qui n’a rien fait), on pourrait croire qu’il est réellement en pleine possession de la situation, n’est-ce pas ?
C’est à un tel point que quand il se fait remonter les bretelles par Bosworth, son supérieur direct, puis par son boss, le mec il est supra-cool et il commence à dire tout pépère qu’il a lui-même appelé IBM, et que oh au fait il avait tout prévu c’était son plan depuis le début et qu’il attendait juste que ses patrons aient épuisé toutes les autres options.
Sauf que si vous avez un perso presque constamment en contrôle interprété par un acteur constamment en contrôle… il y a un peu surenchère. Dans ce pilote, Lee Pace ne parvient pas à lâcher du leste souvent. Ça se produit très exactement une fois (c’est peu je suis totalement d’accord avec vous), quand il se fait interrompre par le patron de Cardiff. Le reste du temps, dérapage contrôlé total, et aucune prise de risque de la part de Lee Pace.
Ce nombre va devoir rapidement augmenter si Joe doit obtenir une véritable profondeur.

1 – Joe the Superhero
Alors au juste, je sais pas si ça vient du fait que j’admire le travail de Pace depuis des années, justement, mais à mesure des revisionnages, le côté « ha ha ha j’ai une combine et tout le monde n’y a vu que du feu », ça ne va pas marcher longtemps. Le personnage est bon, et fort (et clairement le plus développé de ce pilote malgré ces scènes totalement inutiles dans son appart, pardon si je me répète), mais il va falloir inventer de vraies failles à Joe McMillan sans trop traîner.
Bien-sûr qu’on a besoin de cette information selon laquelle Joe est un fin manipulateur. C’est tout l’intérêt de son personnage, en fait, de voir à quel point il est intelligent et subtil dans sa façon de mener les gens où il le souhaite. Et c’est important de montrer qu’il est bon à cela, qu’à son art de la vente (au sens large) s’ajoute une compréhension aiguisée de la façon dont il peut venir à ses fins. C’est un incroyable anti-héros en cela qu’on ignore si ce qu’il fait est « bien » ou « mal », mais ce dont on est sûr c’est que ses méthodes sont très peu catholiques. L’exposition fonctionne bien, elle est utile, même vitale… mais ce personnage est trop parfait, justement.
Je n’ai pas envie de suivre un demi-Dieu et son plan infaillible ; les interviews que j’ai lues jusqu’à présent, notamment celle de Lee Pace pour IMDb, me laissent espérer que cela ne sera pas le cas, et c’est fort heureux, parce que si jamais ça ne devait pas correctement se concrétiser, Halt and Catch Fire serait finalement une série pompeuse et pas du tout la réussite que j’attends.

HaltandCatchFire-GeneriquePace-650

Il est de notoriété publique qu’un pilote n’est jamais parfait. C’est en fait ce qui fait tout l’intérêt d’un pilote : ce qu’il promet et les défis qu’il doit relever ; en ce qui me concerne, c’est de là que vient l’excitation d’un épisode de ce type !
Si ces 5 pistes sont correctement abordées, considérez-moi conquise après cette introduction, les promesses tenues et les défis remportés. A l’inverse, quelles que soient les qualités de Halt and Catch Fire après cette exposition, si ces axes ne sont pas améliorés, ce sera un vrai problème pour moi.

Dans tous les cas, je serai sans faute devant le prochain épisode pour m’en assurer. Et autant vous y faire, oui, je vais souvent vous en parler dans les prochains mois.

par

, , , ,

Pin It

Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *