Wife. Mother. Former spy.

22 septembre 2014 à 7:49

Allez c’est officiel, la rentrée US a commencé pour de bon cette fois, avec son cortège de pilotes parmi lesquels on espère tous trouver notre prochaine série préférée, notre prochain succès critique, notre prochain aimant à Emmys. Vous connaissez la musique.
Et à chaque rentrée, on se montre à la fois très enthousiastes parce qu’il y a 712 nouveautés à tester, mais à chaque rentrée, on se montre aussi très défaitistes parce que, c’est bien connu, « c’est mal barré cette saison ». Newsflash : on dit ça à peu près tous les automnes, juste avant de noircir des millions de pixels pendant les mois suivants sur les séries qu’on commence, qu’on continue et, parfois, qu’on finit. La conclusion de tout cela, c’est qu’une saison mal barrée ça n’existe pas.

Dans la « positivnégativité » ambiante, c’est forcément difficile d’aborder certains pilotes plus que d’autres. Parce que nous avons retenu des grilles de rentrées les futurs mauvais élèves, ceux qui semblent condamnés d’avance, les Jane the Virgin et autres NCIS: New Orleans, ceux auxquels il faudra un miracle pour nous faire tenir 45 minutes sur notre siège.
C’est également difficile de lancer les pilotes dont on attend beaucoup, et dont on suppose secrètement qu’ils vont nous décevoir quand même.

Madam Secretary est dans ce cas pour moi.

MadamSecretary-650

Le défi dans ce cas présent, c’est que, du fait de sa programmation, de son héroïne et, en partie, de son contexte politicien, Madam Secretary souffre terriblement de la comparaison avec The Good Wife. C’est extrêmement malencontreux parce que les deux séries n’ont pas tant que ça en commun, mais pendant tout le pilote de Madam Secretary, je fais quand même des comparaisons… chose d’autant plus injuste que The Good Wife a déjà 5 saisons derrière elle. D’ailleurs, full disclosure, je n’avais pas spécialement adoré le pilote de The Good Wife. Il n’était pas mauvais. Mais il n’était pas bon.

On pourrait dire la même chose du pilote de Madam Secretary, auquel il manque même une sacrée étincelle de vie, la diction sèche de Tea Leoni n’aidant pas. La froideur de l’ensemble, le mépris avec lequel la plupart des personnages sont introduits, rayent de la carte les perspectives d’un ensemble show riche.

On se focalise dans ce premier épisode exclusivement sur Elizabeth McCord, ce qui serait intéressant si elle n’était pas atteinte du même mal qu’une autre habituée de la Maison Blanche avant elle, Mackenzie Allen de Commander in Chief. Leur prise de poste se font dans des conditions précipitées similaires, d’ailleurs.
Les deux femmes ont en commun d’avoir de la poigne (tout en gérant leur famille, évidemment ; j’y reviens dans un instant), une personnalité indépendante, des idéaux personnels sur lesquels elles sont intransigeantes en dépit de toute logique politicienne… mais aussi de totalement négliger de se lier à qui que ce soit dans la série. La façon dont McCord s’adresse à son staff ne laisse présager d’aucune interaction intéressante (au mieux, elle aboie sur eux, au pire, elle ne les voit même pas), en-dehors de sa conseillère Nadine qui ne s’exprime que par soubresauts du sourcil.
C’est le genre de choses qui m’ont fait penser à The Good Wife, où des dynamiques interpersonnelles se mettaient en place dés le premier épisode pour qu’on ne parle pas que boulot ou famille, mais qu’on soit aussi dans l’entre-deux, dans ce que ces personnes sont vraiment : Alicia et son amitié ancienne avec Will, Alicia et son opposition naissante à Cary, Alicia et son besoin de se lier à la froide Kalinda… On peut tout faire tourner autour d’un personnage pendant un épisode d’exposition, sans pour autant faire des personnages qui l’entourent des silhouettes en carton-pâte. Qui sont les gens qui entourent Elizabeth McCord ? Franchement personne. Le Chief of Staff qui est clairement mis en place comme l’antagoniste de la série n’exprime aucune personnalité (on vous dit qu’il est le méchant, ça devrait suffire), le Président est à peine plus convaincant… il n’y a personne pour donner la réplique à McCord.

Ah, si, pardon : il y a le mari de notre héroïne, dont je l’avoue je n’ai pas retenu le nom s’il a été mentionné (il l’a forcément été, n’est-ce pas ? ça semblerait logique qu’il le soit), et dont la présence se borne à assurer quelques séquences de confessions sur l’oreiller. Mais encore une fois, ces scènes n’existent que pour Elizabeth, pour qu’elle fasse son show de femme investie dans son job, inquiète pour sa famille, ou encore anxieuse à propos de la vie sexuelle de son couple (tu sais, si tu aimes tellement tout faire toute seule, je vois pas l’intérêt d’avoir un mari…). Comme si elle gérait tout tout le temps pour tout le monde, et attendait juste de son époux une tape sur l’épaule pour la requinquer jusqu’à la prochaine crise existentielle. Et vous savez que quelqu’un comme elle va se trouver des crises existentielles tout les matins… et/ou une crise internationale. Juste pour continuer de s’absorber dans sa propre importance.
Dieu merci on a échappé (à un cheveu près !) à l’intrigue de l’époux menacé par la carrière de sa femme, c’est déjà ça.
Peut-être que McCord pourrait lâcher un peu de leste ? Laisser à son mari le soin de s’inquiéter pour leurs enfants qui viennent de déménager, par exemple. Surtout que ça ne nous apporte rien ; c’est juste un cliché dans toute série sur une femme qui a aussi une vie professionnelle remplie. Le génie de The Good Wife sur ce point avait été de lier dés le départ ces univers entre eux : les enfants d’Alicia étaient impliqués de facto dans le scandale de Peter ; la position de Peter avait des conséquences sur le travail d’Alicia ; plus tard, les enfants d’Alicia ont même pris part à des affaires juridiques ou des épisodes médiatiques. Dans The Good Wife, Alicia n’était pas d’un côté une mère, de l’autre une épouse, de l’autre une avocate, elle était dés le départ une femme avec une vie compliquée. A l’inverse, Commander in Chief faisait l’erreur de scinder les deux univers de façon suffisamment distincte pour que l’héroïne assume plusieurs rôles de façon artificielle, ôtant une casquette pour en mettre une autre sans aucun liant… ni plus-value pour le spectateur.
Dans le cas de Madam Secretary, les deux adolescents McCord se contentent d’être la cause de soucis totalement quelconques. Une ado à qui son petit copain manque maintenant qu’elle a déménagé ? Wow, captivant, ça vaut vraiment le coup de regarder une série politique pour voir ça.
J’attends de découvrir ce qu’on nous dira sur la 3e enfant McCord, pourquoi elle a été évoquée en passant mais pas encore montrée, mais j’ai assez peu d’espoirs à ce sujet.

Pourtant, même s’il m’a déçue, ce premier épisode de Madam Secretary n’est pas foncièrement mauvais. Son intrigue, bien que simpliste (c’est un épisode d’exposition après tout) et franchement inspirée par Homeland, est relativement intéressante. Surtout lorsque l’héroïne décide de tirer partie, avec tout le cynisme possible, de la fascination du public pour son look et non pour ses actions (c’est vraiment un angle à creuser plus que sa marmaille).
On peut imaginer que Madam Secretary ait du potentiel… A condition de profiter de tout son cast et pas seulement son héroïne. A condition d’essayer de faire quelque chose d’original ou, a minima, d’intelligent, avec son intrigue conspirationniste. A condition de nous révéler que son héroïne est profondément imparfaite comme tout le monde, ce qui serait franchement bienvenu à ce stade (dans le cas d’Alicia Florrick, c’étaient ses hésitations perpétuelles et son décalage avec le monde du travail qui servaient ce but au départ).

Hm. A la réflexion, je ne sais pas pourquoi je ne regarde pas le season premiere de The Good Wife, pour être honnête. J’aurais sûrement dû commencer mon lundi par là.

par

, , , , , , , ,

Pin It

Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.