Décryptage

24 septembre 2014 à 13:44

Le chef de cabinet du Premier ministre reçoit pour consigne de jeter l’un des ministres du Gouvernement en pâture à la presse à scandales. Il confie à sa directrice de communication des photos compromettantes à glisser à un journaliste qu’elle connaît, discrètement.
Deux adolescents disparaissent en pleine nuit dans le bush. Après avoir plongé toute leur communauté dans l’inquiétude pendant 24h, l’un d’entre eux seulement réapparaît, couvert de sang. Ce n’est pas le sien.

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Quel lien entre ces deux affaires ? C’est ce que le journaliste Ned Banks va essayer de comprendre. Lorsque son ex, Sophie Walsh, lui glisse des photos montrant un ministre en pleine foire d’empoigne avec un employé de station service après avoir agressé sexuellement la femme de celui-ci, il remarque un petit bout de papier parmi les clichés, portant un simple mot : « LINDARA ». C’est le nom d’une petite ville reculée, essentiellement habitée par des Aborigènes, où se joue en ce moment un drame bien différent après la découverte d’un adolescent couvert de sang. Avec l’aide de son frère Jesse, un jeune homme tourmenté dont il est le tuteur légal depuis que ce dernier a été condamné pour son obsession pour le hacking, ils vont tenter de comprendre comment une manigance politique à Canberra peut avoir des répercussions sur la vie d’adolescents de Lindara… à moins que ce ne soit l’inverse ?

Si The Code commence par une scène d’introduction assez peu claire sur ses intentions, se focalisant sur l’inquiétude d’une institutrice de Lindara face à la disparition des deux ados Clarence et Sheyna (eh, autant rentabiliser le cachet de Lucy Lawless), ce premier épisode trouve lentement son rythme et apprend à ne pas se cacher derrière son petit doigt. Les premières minutes sont loin de l’ambiance atteinte dans la seconde partie du pilote, et ne sont vraiment qu’un mauvais moment à passer.
Paradoxalement c’est une fois ses cartes posées sur la table que le drama conspirationniste prend vraiment de l’intérêt, comme sous la découverte qu’on peut susciter des questionnements chez le spectateur sans le submerger de scènes inexpliquées.

En développant aussi énormément la relation entre Ned et Jesse Banks, The Code fait un excellent calcul : celui de développer ses personnages principaux pour qu’ils ne soient pas simplement des avatars du spectateurs, ces éternels protagonistes « en quête de vérité », mais plutôt des personnes complètes et complexes. Les troubles de Jesse, qui occupent une grande place dans cette exposition, n’éclipsent pas Ned et la façon dont celui-ci doit, jour après jour, fliquer son frère pour lui éviter de repasser devant les tribunaux.
On parlait hier avec Scorpion de génie qui a un prix ; The Code évite l’écueil (certes de peu) en nous montrant avant tout Jesse dont le comportement est plus dû à son addiction au hacking qu’à ce qui ressemble à un autisme léger (il a besoin de médicaments qu’il a une fois de plus arrêté de prendre ; mais on ne nous donne pas de diagnostic précis). Comme tous les addicts, Jesse est difficile à vivre, parfois violent, parfois incompréhensible, et surtout, parfois manipulateur : c’est ça, la faille de son personnage, et non la chimie de son cerveau. Et si Ned apparaît comme un homme qui met tout de côté pour soutenir son frère, il n’est pas un saint.
Au cours de ce premier épisode, sa patience s’émousse plusieurs fois, il nous fait même un petit craquage léger sur la fin, et il est aussi, clairement, dans une situation où ce n’est pas tant de l’abnégation qu’une certaine part de soumission à ce frère qui a envahi chaque moment de sa vie. Ainsi, on apprendra au détour d’un dialogue que Sophie a plaqué Ned précisément parce qu’elle pense que Jesse est une personne toxique, et que Ned s’aplatit devant lui. Pour autant, Ned est un journaliste de qualité ; il travaille pour la presse en ligne, et clairement il ne s’agit pas d’un journal considéré comme sérieux, mais Ned, lui, l’est. Son acharnement autour de l’affaire de Lindara, et la façon dont cet acharnement se traduit à l’écran, prouvent qu’il n’est pas moins intelligent que son frère.

The Code fait évidemment, de par sa nature, une grande utilisation des écrans. Les personnages s’échangent des textos, scrutent un moteur de recherche, envoient des mails, regardent des vidéos, tentent d’ouvrir des fichiers verrouillés… et comme tout thriller moderne qui se respecte, la série cherche une façon de mettre ces éléments à l’écran de façon à la fois dynamique et intégrée dans le quotidien. Ça donne des résultats un peu inégaux visuellement ; parfois ces interactions sont montrées de façon traditionnelle, avec un plan sur un écran, tout bêtement… et puis à mesure que l’épisode avance, ça donne aussi de plus en plus des séquences assez efficaces et esthétiques. Bonus non-négligeable, cette disposition permet également de montrer à la fois ce qui se passe sur l’écran, et donc au spectateur de suivre comment un élément de l’intrigue est sur le point d’être découvert, mais aussi comment le personnage réagit face à cet élément.

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Dans tout cela, le plus intéressant, c’est surtout que The Code a le potentiel pour beaucoup de choses. C’est un thriller conspirationniste, on l’a dit. Mais c’est aussi un vrai drama. Une série politique. Et potentiellement, peut-être même un peu de science-fiction, dépendamment de ce que certains éléments deviennent.
Par-dessus le marché, la série se déroule en partie parmi une communauté aborigène qui, même si elle n’est pas au centre de ce premier épisode, montre aussi une facette… jusque là réservée aux séries sur des communautés aborigènes (The Circuit vient évidemment à l’esprit en raison de la présence d’Aaron Pedersen au générique, ou bien-sûr Redfern Now, également diffusée par ABC1). On imagine difficilement plus complet pour une fiction qui n’est appelée à durer que 6 épisodes.

La raison à cela, c’est peut-être que The Code est l’une des rares séries australiennes avec un vrai showrunner… ou plutôt, une showrunner. La créatrice Shelley Birse est également co-scénariste et productrice de la série, un statut qui n’est souvent rempli qu’aux deux-tiers maximum par la plupart des scénaristes australiens. Après avoir travaillé sur de nombreuses séries (dont Miss Fisher’s Murder Mysteries est l’exemple le plus récent), elle a profité de la Scribe Showrunner Initiative mise en place par Screen Australia et la société de production Playmaker, un projet de tutoring pour aider des auteurs à développer leur propre série.
Et on perçoit vite que The Code, y compris avec ses maladresses de première partie d’épisode, est effectivement un projet personnel ; à travers la peau, on peut sentir les influences, aussi bien dans le domaine de la fiction (hello Scandiwave) que de la réalité (Julian Assange), qui pulsent dans les veines de la série.

N’ayez crainte, ami téléphage, je finis sur une bonne nouvelle : vous n’aurez pas à attendre longtemps pour découvrir cette excellent épisode, puisqu’arte a décidé de diffuser la mini-série courant 2015. C’était difficile de se refuser cette acquisition, étant donné à la fois l’intérêt de ce thriller australien… et son casting : Lucy Lawless mais aussi Aden Young (Rectify ; d’ailleurs Sundance en Amérique du Sud a également acquis les droits de la série comme ça on reste en famille) permettent de couvrir la question de l’attrait international.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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