Le temps d’un été

29 septembre 2014 à 18:09

C’est toujours un peu inconfortable de sortir du visionnage d’un pilote avec l’envie de voir la suite… mais ensuite d’essayer d’analyser pourquoi et de ne trouver aucune raison valable.
Pourquoi, quand j’ai fini l’épisode, avais-je le sourire aux lèvres ? Je me suis trouvée bête devant mon clavier à vouloir l’expliquer. Ça n’avait pas de sens ! Je m’étais sentie bien devant ce pilote, avec l’impression d’avoir l’espoir que la série ait un avenir (puisqu’évidemment Amazon n’a pas encore pris sa décision), et finalement, j’étais bien en peine de dire pourquoi.

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L’intrigue de Red Oaks n’est pas captivante ; elle est même franchement boiteuse vu que les ingrédients mis en place dans la première scène… sont abandonnés pendant une bonne partie de l’épisode, avant de faire un retour brutal sur les dernières minutes. C’est presque comme si deux idées différentes avaient été à son origine et que quelqu’un les avait maladroitement mélangées pour tout caser en une demi-heure (la série ayant deux co-créateurs, Gregory Jacobs et Joe Gangemi, peut-être que c’est vraiment le cas, d’ailleurs).
C’est aussi un peu comme si l’un des axes du pilote préparait la potentielle première saison ; l’autre axe garantissant un hypothétique avenir au-delà. On a donc un personnage central qui se demande quel va être son avenir, qui veut étudier le cinéma mais dont le père décrète qu’il sera comptable… et qui se dépêche d’accepter un job d’été de prof de tennis dans un country club pendant l’été. L’épisode inaugural traite le country club comme l’aspect proéminent de Red Oaks, mais en nous garantissant implicitement que, quoi qu’il arrive pendant l’été, la série peut aussi s’étendre au-delà. C’est une promesse à tiroirs intéressante, mais à l’heure où la plupart des séries de la planète réduisent la voilure sur leur nombre d’épisodes comme leur durée, mettre en place autant de choses semble un peu trop gourmand.

Pour l’heure, le premier épisode de Red Oaks se concentre donc sur la parenthèse estivale au country club de Red Oaks, où David Myers a donc décroché son job d’été et où il a clairement envie de ne pas se prendre la tête, de se trouver sans avoir à trop se chercher, et de profiter des avantages inhérents à sa fonction si possible sans avoir aucun inconvénient. Son père a fait une crise cardiaque en tout début de pilote, mais c’est tout juste s’il semble y penser et en fait encore moins mention ; tout juste expliquera-t-il que l’hospitalisation de son père lui donne une excellente excuse pour troquer son boulot d’été, dans un bureau, sous la surveillance du patriarche, contre un job au country club, en plein air, avec plein de gens qu’il connaît bien (des copains qui sont voituriers et sa petite amie est prof de fitness).
Là où la plupart des fictions « coming of age » essayent de voir comment le personnage va grandir, David fait son possible pour arrêter le temps, au moins pour l’été, et ne surtout réfléchir à rien. Et si possible, surtout pas aux choses qu’il a apprises dans la panique lorsque son père pensait rester sur le carreau et a déballé 712 secrets de famille en se tordant de douleur. L’avenir est lointain pour David et c’est précisément ce qu’il recherche. Entre match de tennis et fête sur le terrain de golf, il n’en est vraiment pas à se demander quelles études faire, ou à quel métier se destiner, question pourtant posée dés les premières minutes de l’épisode.

Cette apparente contradiction entre la quantité de choses mises en place pour lui par ses créateurs, et l’absence de choses auxquelles il a envie de penser pendant l’été, a sûrement une raison d’être. Les plans de Jacobs et Gangemi, déjà tracés pour au moins une saison pour David (et les personnages qui l’entourent), incluent sûrement d’évoquer le changement de trajectoire que David a envie d’effectuer sans trop oser le dire ou même y songer. Mais dans le premier épisode, cette même contradiction pose un problème de fond et de forme ; une complication qui ne revêt pour le moment aucun avantage particulier.

En fait, c’est un pilote comme il ne faudrait surtout pas en faire quand on essaye de convaincre des gens sur la base d’un seul pilote : une série commandée d’office pour plusieurs épisodes (mais si, bien-sûr que ça arrive aussi aux USA) tirerait bien plus avantage de la particularité de Red Oaks, qu’une série faisant le pari de lancer son personnage dans toutes les directions à la fois, surtout si ce personnage fait son possible pour n’aller dans aucune direction du tout.

En dépit de sa scène d’ouverture montrant que l’avenir de David est tout tracé par son père, Red Oaks ne veut pas du tout discuter des études ou de la carrière de son personnage central, car David lui-même l’évite. Contrairement à sa scène de révélation, Red Oaks n’a absolument pas l’intention d’être un drama sur les relations familiales, et il n’en sera plus fait mention avant la toute fin de l’épisode. Et en dépit de la majeure partie de son pilote qui se déroule au country club, Red Oaks n’est pas non plus une ode à l’insouciance si facilement accolée avec la nostalgie des années 80.

C’est vraiment confus et en même temps… en même temps c’est peut-être justement ça qui était agréable : la quantité de possibilités. Et puis ce n’est pas tous les jours qu’un personnage fait de la résistance vis-à-vis de ses propres créateurs.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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