Moving forward

30 septembre 2014 à 22:02

Cet été, Kate Aurthur de Buzzfeed a sorti un petit graphique intéressant sur les séries américaines du câble premium et la démographie de leur public. On y apprenait que 71% des spectateurs de Power étaient Afro-Américains, la plus haute proportion pour cette cible de l’histoire de la télévision câblée, devant The Wire qui n’en avait que 58%, et The No. 1 Ladies’ Detective Agency qui atteignait les 42%. Les chiffres sont très surprenants, et font même mentir certains stéréotypes (Boss étant ainsi regardée par une plus grande proportion d’Afro-Américains que Treme, par exemple), et je ne peux que vous recommander d’aller y jeter un oeil.

Starz n’a pas attendu Aurthur pour se rendre compte qu’elle avait de l’or entre les mains. En attendant de diffuser la saison 2 de Power l’an prochain, elle va lancer en octobre Survivor’s Remorse qui s’adresse clairement à ce public.
Et qui le fait bien.

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Survivor’s Remorse est promue comme une dramédie (voire une comédie selon Variety), mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est uniquement parce que les Américains ont énormément de mal à assumer le fait qu’un drama puisse ne durer qu’une demi-heure. Vous n’y rirez pas beaucoup, et sourirez à peine plus. Essayez de garder en tête que ce n’est pas le but.
Il y est question de Cam Calloway, un jeune basketteur qui vient de signer le contrat lucratif de ses rêves avec une équipe professionnelle d’Atlanta, et quitte donc sa banlieue pourrie de Boston avec ses proches (c’est l’histoire de LeBron James, producteur exécutif de la série avec son créateur, l’acteur Mike O’Malley). Il y a sa mère Cassie, incroyablement fière mais déjà très à l’aise dans leur nouveau statut, sa sœur aînée M-Chuck, une lesbienne parfois un peu brutale dans sa façon de s’adresser aux gens, son oncle Julius, bien décidé à profiter de la vie maintenant que la responsabilité de jouer les patriarches ne repose plus sur ses épaules, et enfin son cousin Reggie, l’ami de toujours, le complice mais aussi le manager avec lequel il a bossé dur pour en arriver là.

L’épisode s’ouvre sur la conférence de presse donnée par le propriétaire de l’équipe qui vient de signer Cam, tandis que Cassie se prépare à laisser Boston et emménager dans la demeure achetée à grands frais par Cam à Atlanta.

Mais il n’est pas question que d’appartements luxueux et d’Aston Martin dans Survivor’s Remorse, c’est pas Single Ladies ici. Car comme son titre le laissait présager, la série se penche également sur la façon dont Cam vit cette progression sociale. Inquiet d’oublier d’où il vient et donc qui il est, le jeune homme veut quand même profiter de ce nouvel argent, et celui-ci lui brûlerait d’ailleurs sans doute les doigts si Reggie n’était pas là pour jouer les anges gardiens et le rappeler à la raison.
Ça donne des scènes pas forcément très subtiles dans la façon d’amener le sujet sur le tapis, mais en tous cas d’une désarmante honnêteté sur l’ambivalence entre les origines très modestes que Cam laisse derrière lui, et le fait qu’il doive prendre quelques distances s’il ne veut pas être aspiré dans un tourbillon de profiteurs plus ou moins conscients d’être des sangsues.

SurvivorsRemorse-Lucky-650Et même si Cam est celui que cela travaille le plus, la plupart des personnages sont très conscients d’où ils viennent, à un égard ou à un autre.
Lorsque, voulant appliquer la rigueur qu’essaye de lui inculquer Reggie, Cam propose à sa sœur d’avoir une fonction officielle auprès de lui, qui justifierait qu’il lui donne de l’argent, M-Chuck commence à s’énerver comme un parasite typique, avant de signifier qu’elle estime que cet argent, elle l’a gagné en étant une bonne grande sœur, présente pour lui depuis le début (et les révélations qu’elle nous fait à ce moment vous convaincront si besoin était que Survivor’s Remorse n’a rien d’une comédie). Quand Reggie explique à son épouse, Missy, laquelle déteste la vie à Atlanta au bout de quelques jours à peine, que c’est comme ça et pas autrement, celle-ci lui rétorque en substance qu’un noir ne peut pas aimer cette ville vu son Histoire. Quant à Cassie, elle sait très bien d’où elle vient… et méprise déjà l’endroit, comme le montrera le « vide-grenier » qu’elle organise en quittant Boston.
Survivor’s Remorse utilise de nombreuses références, cinématographiques mais aussi historiques, pour appuyer un discours sur lequel elle ne va pas avec le dos de la cuiller, et n’a pas peur d’être ouvertement dialectique. Elle s’est choisi un sujet et ne transige pas, c’est une belle qualité pour une série qui n’aura que 6 épisodes dans sa 1e saison, et donc peu de temps pour faire ce qu’elle s’est initialement fixé.

La série rentre aussi dans le vif du sujet avec une intrigue secondaire qui insiste sur le quartier pauvre de Boston où Cam et les sien ont vécu jusque là. En quittant Boston, Cassie a laissé derrière des affaires personnelles de Cam, et maintenant qu’il est devenu célèbre, ces affaires valent de l’or. Marcus, un type du quartier récupère ces effets personnels et y déniche une cassette video où Cam et Reggie, alors âgés de 14 ans, en plus de fumer de la marijuana et des cigares, y tiennent des propos racistes à l’égard des Asiatiques. Comme il doit de l’argent à un type pas franchement sympathique, il décide de faire chanter Cam. Ce qui vient forcément s’empiler sur la culpabilité de laisser un quartier qui ressemblerait presque à Sarajevo…

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Survivor’s Remorse a toutes les qualités que j’aime dans une série, et elle a les cojones de le faire en une demi-heure de moins que la plupart des dramas US auxquels on est habitués. Sûrement qu’une partie de ce qu’elle fait a déjà été tenté dans Entourage, et sûrement que les fans de la série y trouveront des parallèles (personnellement je n’ai vu que le pilote d’Entourage et la série m’est déjà venue à l’esprit deux fois pendant le pilote de Survivor’s Remorse). Mais une autre partie, une partie qui est profondément ancrée dans la culture Afro-Américaine, ce qu’elle est pour les classes les plus modestes et ce qu’elle est pour les classes les plus aidées, est beaucoup plus originales.
« And the Titanic ? Really !? The Titanic was a boat for rich White people, fuck ’em. Fuck ’em, they can all freeze the fuck to death and drown, I could give a shit. Now, if they had any good sense to invite a Black man down in England, that Black man would have told them what getting on a boat to America means : nothing good », expliquera Reggie à son cousin en pleine crise de conscience.

Six épisodes ? C’est trop court ! J’espère que Survivor’s Remorse trouvera le même succès quand elle commencera ce weekend, que Power, et gagnera une saison 2 : oui, j’en suis déjà là.

J’échangerais un Survivor’s Remorse contre tous les Black-ish du monde.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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