Vivant

26 décembre 2014 à 18:52

En 2015, j’ai décidé que l’une de mes bonnes résolutions serait de vous proposer plus de reviews de saisons, ne serait-ce que parce que j’en ai 712 en brouillon à l’heure actuelle et que c’est dommage de laisser perdre. Mais ça, ce sera en 2015.
Pour aujourd’hui, je vous propose une preview, en quelque sorte, avec une série canadienne qui est, peut-être, mon tout dernier coup de cœur de l’année, et non des moindres. Je vous emmène dans le Nord de l’Ontario où l’on va parler médecine… mais aussi de tellement plus que ça. Bienvenue dans Hard Rock Medical.

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Dés son pilote, Hard Rock Medical joue cartes sur table en énonçant clairement ses principes fondateurs ; c’est d’autant plus intéressant à souligner que le pilote est totalement à contre-emploi du reste de la saison !
Ce premier épisode nous montre en effet le recrutement d’élèves acceptés à la Boréal Medical School, une école de médecine relativement peu populaire du fait de la désertification de la région et de ses conditions de vie souvent difficiles. Mais il y a tout de même plus de candidats que de places, et il faut bien faire le tri : tout le premier épisode y est dédié. Dans cet épisode inaugural, servant plus de préambule que de véritable immersion dans ce que sera l’activité de ces étudiants ensuite, nous avons donc une vue détaillée de la journée d’entretiens finale, qui dure plus de 8 heures, et au cours de laquelle les médecins-instructeurs de Boréal tentent de déceler le potentiel des candidats.

Et quels candidats ! En une demi-heure (car les épisodes de Hard Rock Medical ne durent qu’une demi-heure), ils vont se révéler complexes, drôles, tendres, humains… ce qui est précisément ce que cherchent les responsables de Boréal, en quête de profils atypiques, et largement servis en la matière. Comme le fera remarquer l’un des candidats : beaucoup de gens dans la salle d’attente ont déjà une vie antérieure. Ils ont été infirmière, peintre, avocate, champion de natation, enseignante… et devenir médecin est un changement qui intervient dans leur vie parfois assez tard, élevant radicalement la moyenne d’âge par rapport à d’autres séries similaires.
Si bien qu’au bout de 8 heures, ou une demi-heure selon votre point de vue, on veut juste que les instructeurs les prennent tous. On se sent gorgé de cette immense affection pour chacun d’entre eux, même ceux dont on sait qu’ils ont répondu une bêtise suite à une question, ou fait le mauvais choix lors d’une mise en situation. On les veut tous, on les adore. Et on soupçonne que les instructeurs aussi.
Seuls 8 candidats seront cependant retenus : Cameron, Charlie, Eva, Farida, Gary, Gina, Melanie et Nancy. Ils n’ont rien en commun mais ils commencent ensemble un apprentissage qui va occuper les 4 prochaines années de leur vie.

Oubliez tout ce que Grey’s Anatomy vous a mis en tête sur la formation médicale. Nos étudiants en médecine sont plus âgés que la moyenne, et leurs instructeurs s’adressent à eux comme tels. Ici il n’y a pas de sergent-major pour leur aboyer dessus, pour se trouver un souffre-douleur à humilier, ou pour « plus simplement » les pousser à la compétition. Personne ne veut les acculer dans leurs retranchements ou les ensevelir sous des horaires interminables.
Non, le monde de Hard Rock Medical est fait de professionnels bienveillants, non seulement envers les patients mais aussi, et ça c’est une sacrée nouveauté, entre eux.

Vous allez me dire : « mais, si tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil, bah ya plus de conflit ! Or, le conflit est ce sur quoi repose la dramaturgie ». Eh bien oui mais non, car Hard Rock Medical se donne énormément de mal pour construire une atmosphère d’acquisition de savoirs positive, pratique, et aussi exhaustive que possible, afin de souder des personnages qui, de par les chemins qu’ils ont empruntés jusque là, leurs différences culturelles et bien-sûr leurs caractères, créent suffisamment de tension. Pensée comme un apprentissage tendant à créer une pratique riche à partir de ces ingrédients au lieu de miser sur le clash, toute la formation, et à travers elle la série, fonctionne comme un conflit en milieu sécurisé. Pour preuve, les histoires interpersonnelles sont au début de la saison dans la retenue, pour se tisser progressivement, autour d’expériences communes qu’elles aient tourné pour le mieux ou non.
Hard Rock Medical est commandée par TVO, une chaîne éducative, co-produite avec APTN et NITV, deux chaînes destinées aux spectateurs aborigènes (la première canadienne, la seconde australienne). Eh bien, ça se sent. Parce que Hard Rock Medical est une vraie série sur l’apprentissage, faisant ainsi honneur à TVO, en profitant pour distiller plein de petites connaissances médicales ou autres ; mais aussi parce que Hard Rock Medical parle des First Nations, des aborigènes australiens, et plus largement des différences culturelles, et c’est une mission qui évidemment trouve sa place sur APTN et NITV. Le résultat, c’est une série d’une profonde humanité où le drame sert avant tout un objectif de qualité de contenu, sans jamais oublier sa mission de divertissement.

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Lointaine cousine de Scrubs, Hard Rock Medical ne se veut pas une série exclusivement sur la médecine ou sur l’apprentissage de la médecine. C’est une série où les protagonistes ont pour mission principale d’apprendre à être des soignants et non à soigner.

Ainsi, les 8 étudiants de Boréal sont ainsi assignés deux corps qui les suivront pendant leur premier semestre et qui leurs serviront de support pour les cours d’anatomie. Leurs instructeurs les encouragent vivement à leur donner un nom, à essayer d’apprendre à les connaître à travers leur état physique, à s’investir vis-à-vis d’eux pour les traiter comme de vrais patients et non de simples cadavres. La relation qui se nouera entre Romeo et Juliet (oui, on a fait plus original) et le groupe aura autant d’importance que n’importe quelle autre relation à l’intérieur de la classe. Les enseignants n’ont de cesse d’insister sur l’aspect humain du soin : apprendre à connaître le patient, accepter de ne pas lui poser trop de questions invasives si cela permet de créer un lien de confiance, accepter l’imperfection de chacun, lier le fonctionnement du corps à la réalité du patient et à ses émotions, et ainsi de suite.
Et si les cours techniques avec Romeo et Juliet couvrent une partie de ces enseignements, une autre partie importante de la formation à Boréal consiste à organiser de très régulières sorties (quasiment dans chaque épisode). Nos étudiants en médecine (car ce sont les nôtres depuis le pilote, sans aucun doute possible) vont ainsi aller côtoyer les patients de la clinique de proximité ou dans un service de l’hôpital, mais aussi, plus étonnant, se lancer dans une partie de chasse à l’élan dans la réserve la plus proche, ou dans la visite d’une mine locale (il y en a beaucoup dans la région). Plus que simplement mettre la main à l’ouvrage, leurs instructeurs veulent les connecter à la réalité de leurs patients, toute modeste qu’elle puisse être, en fait, surtout si elle est modeste. Dans Hard Rock Medical, on ne forme pas une élite hospitalière, on forme des humains avec des connaissances médicales.
Cela donne des protagonistes qui n’ont pas (ou se débarrassent bien vite) de God complex, qui même quand ils se retrouvent devant une situation complexe voire extrême, restent capables de déterminer les limites de leur compétence et de leur savoir, mais jamais de leur humanité. Je vous le demande, je suis supposée ne pas être folle d’enthousiasme pour une série médicale comme ça ?!

A l’image de son générique (qui inclut également un bel hommage à celui de Six Feet Under), Hard Rock Medical veut avant tout parler du vivant, sous toutes ses formes. La série s’y emploie avec passion, humour, mais aussi une certaine humilité, ce qui est d’autant plus impressionnant quand on voit les principes qui sous-tendent sa conception.
Quand on voit le peu de séries médicales qui parviennent à exister de façon aussi intelligente, tout en proposant des personnages émouvants et drôles, sur des intrigues originales et sympathiques, ça fait vraiment de la peine que Hard Rock Medical soit si peu connue. Sa saison 1, diffusée par TVO en 2013 puis APTN cette année, n’a hélas pas beaucoup fait causer d’elle. Espérons que la saison 2 (pour le moment annoncée pour l’hiver 2015), suscite un peu plus d’intérêt. Elle le mérite.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. jainaxf dit :

    Je ne suis pas très fan des séries médicales, mais celle-ci a l’air vraiment chaleureuse et différente, j’y jetterai un œil !

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