Irish shores

23 janvier 2015 à 18:46

Je vous propose peu de reviews de pilote de soaps, d’abord par préférence personnelle, ensuite parce que, un peu par définition, il n’en commence pas tous les quatre matins. Mais surtout par préférence personnelle, osons le dire, sans quoi je vous parlerais au moins de pilotes de telenovelas. Les faits sont là, ce n’est pas mon truc. Et puis il y a déjà fort à faire du côté des séries hebdomadaires, dans le fond ; rien n’empêche ceux qui aiment les séries quotidiennes d’écrire des reviews sur le sujet, après tout.
Seulement voilà, je m’étais promis de vous parler un peu plus correctement de séries irlandaises, et j’étais plutôt curieuse de voir ce qu’allait donner Red Rock, qui a démarré plus tôt ce mois-ci. Ça ne doit pas être facile d’essayer de lancer un soap de nos jours, de trouver un ton à la fois moderne et de composer avec les règles du genre. Je compatis un peu avec TV3.

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Red Rock tente donc de trouver une formule accrocheuse tout en puisant dans les classiques. Il faut dire que la chaîne irlandaise TV3 a commandé ce soap original après avoir perdu les droits de diffusion des britanniques Coronation Street et Emmerdale, deux appeaux à spectateurs plus que conséquents, récupérés par la nouvelle chaîne UTV qui a fait grimper les enchères (la jeune chaîne se montre également agressive dans le domaine de la fiction originale, et ambitionne de développer le drama historique Pilgrimage ; on y reviendra sûrement). L’objectif est donc de compenser pour la perte de ces deux fictions quotidiennes qui faisaient partie de son identité depuis des lustres, mais aussi de trouver un ton propre.

Pour ce qui est de faire perdurer l’héritage de ces soaps britanniques, Red Rock a trouvé une réponse très simple en se déroulant elle aussi dans une petite ville côtière. Le soucis de proximité est évident, on est dans la vie de « petites gens » comme dans la plupart des soaps anglophones non-américains, et le ton de la série reflète bien cette position.
Toujours dans la grande tradition du soap anywhere ever, Red Rock met aussi en place une opposition entre deux familles, les riches Hennessy qui possèdent la moitié de la ville, et les pauvres Kiely qui possèdent les casiers judiciaires de la moitié de la ville. Jusque là rien que de très classique, admettons-le. Sur cela vient bien évidemment se greffer une romance entre un jeune Hennessy et une jeune Kiely, forcément impossible.

Mais Red Rock va aussi bien plus loin.
Car pour faire se rencontrer et interagir ces familles, il lui faut aussi un troisième camp, qu’elle trouve à travers les services de police de la ville. Lointaine cousine de The Bill, Red Rock va donc mettre en place plusieurs personnages de flics qui sont au moins aussi importants dans la dynamique de la série, parce que constamment pris entre deux feux. Quand on ajoute à la présence policière, aux enquêtes et aux crimes, l’esthétique côtière de la bourgade éponyme, on réalise que Red Rock emprunte aussi lourdement à… Broadchurch !

Et pour vraiment cultiver cette atmosphère policière, la série ambitionne de créer un « crime de la semaine » : chaque semaine, un arc différent suit une enquête de la police qui mettra dos à dos les Hennessy et les Kiely. Un concept qui permet à la fois de bâtir sur l’existant mais aussi d’accueillir, à chaque nouvel arc hebdomadaire, de nouveaux spectateurs potentiels.
Le pilote démarre ainsi sur la découverte d’un des Kiely, inconscient sur la jetée et en bien mauvais état, puis par les aveux d’un des Hennessy à sa sœur aînée, avocate, sur une bagarre s’étant déroulée la veille et dans laquelle il dit avoir agi en état de légitime défense… Ce n’est pourtant pas ce que dit un témoin oculaire. Qui croire ? Eh bien en proposant trois points de vue au lieu de deux, Red Rock se débrouille plutôt bien pour créer du suspense, au lieu de simplement créer du conflit comme tant de soaps.

Le pari est réussi, et d’ailleurs les spectateurs ont suivi le lancement de Red Rock au début du mois dans les mêmes proportions qu’ils suivaient Emmerdale auparavant sur TV3. Peut-être que les spectateurs irlandais ont trouvé leur nouveau soap local, ce qui est toujours un défi. Et peut-être aussi que TV3 a tout simplement trouvé une façon de diffuser un Broadchurch quotidien fait maison. Tout le monde est content.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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