Sur le bout de la langue

24 janvier 2015 à 10:21

Si jamais un jour le doute vous assaille et que vous vous demandez, au juste, à quel point il est encore possible de trouver des concepts de série innovants, laissez-moi vous rappeler mon mantra : regardez autour de vous, et vous allez découvrir que la télévision n’a pas fini d’inventer.
Pour vous le prouver une fois de plus, je vous embarque cette fois à Singapour, oui m’sieurs-dames, pour vous parler de The Kitchen Musical, un drama unique en son genre en cela qu’il mélange… euh, oui, c’est dans le titre donc. J’avais envie d’y jeter un oeil depuis un bon moment, mais à mon grand désespoir, ne trouvant pas de trace d’un DVD quelconque, j’ai dû me résigner à me rabattre (ô horreur) sur le streaming.
Par chance, The Kitchen Musical est intégralement tournée en anglais, ce qui simplifie une partie de l’opération !

Et puis très franchement, le concept-même de The Kitchen Musical simplifie son visionnage, l’idée étant d’avoir une comédie musicale dans un grand restaurant, dont les chansons sont toutes des titres internationalement connus ; une pratique qui n’est pas sans rappeler celle de Glee. Le pilote s’ouvre sur une scène dansée et chantée par tout le cast sur Boom Boom Pow, par exemple, et je vous assure que pour se mettre dans le bain, on pouvait difficilement rêver mieux ! C’est rythmé, enlevé, et ça permet aussi à tout le monde d’être présenté de façon simplissime puisque le nom et le titre de chacun des personnages s’affiche à côté de lui (ou elle) pendant la séquence !

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Ce que ne fait pas trop ce passage introductif, en revanche, c’est évoquer les dynamiques personnelles des chefs ou du personnel de salle. Pour ça, The Kitchen Musical a recours aux traditionnels dialogues, naturellement… mais pas seulement.
Il arrive aussi que les personnages brisent le quatrième mur et s’adressent directement au spectateur pour lui expliquer quelque chose sur un élément de l’intrigue, ou le background de quelqu’un. La fantaisie est le mot d’ordre dans ces passages ; par exemple, la première fois que ça se produit, ce sont les deux réceptionnistes qui, dans un petit speech très légèrement chorégraphié, nous racontent pourquoi le chef Alex Marcus n’aime pas trop expérimenter avec ses recettes ou être amoureux (la dernière fois qu’il a fait les deux, nous dit-on, il a tout perdu). Tout ça donne un air très enlevé à l’épisode, alors que finalement la trame est très classique.

Car pour l’Avilon, la soirée va avoir un double-enjeu : le critique Hue Masters vient dîner. Masters est un insatisfait permanent, connu pour ses critiques destructrices sur Youtube, où il a tendance à assimiler son expérience culinaire à une expérience cinématographique. L’une de ses critiques précédentes compare en effet son repas à Inception : « c’était compliqué, et surestimé », allez bam ! Et le pire, c’est qu’il a réussi à détruire le restaurant précédent d’Alex Marcus…
Notre gastronome est impossible à contenter et pour ne pas tenter le sort, le chef a décidé de s’en tenir à des plats très basiques dans son menu, chose qui fait enrager Maddie Avilon, récemment engagée comme sous-chef au restaurant… dont son père est le propriétaire. Elle voudrait que la cuisine prenne plus de risque, mais n’est pas entendue et trépigne d’impatience.
Pour ne rien arranger, le matin de la venue de Masters, le sommelier du resto Richard est retrouvé dans la cave à vins (il vient de siffler une bouteille de pinard hors de prix et quelques autres semblent manquantes) et est donc viré sur le champ. Or, se passer de sommelier est évidemment hors de question pour un restaurant comme l’Avilon. Le manager Harry Shaw décide donc d’embaucher pour cette journée uniquement la meilleure sommelière qu’il connaisse, une dénommée Selena Argon… qui s’avère être l’ex du chef Alex Marcus. Pas étonnant que leur relation l’ait un peu détruit : c’est une mangeuse d’hommes et une ambitieuse têtue. Sa première action ? Se débarrasser d’une partie du personnel de service, qu’elle juge en-dessous de ses standards… à 4h du coup de feu !
Et il y a aussi cette question un peu embarrassante : quel genre de critique s’annonce avant de venir tester un restaurant ?

On a donc parlé de la musique (et encore je ne vous ai pas tout dit), de l’intrigue… alors qu’en est-il de la cuisine elle-même ? The Kitchen Musical est-elle le genre de série qui vous met l’eau à la bouche ?
Eh bien au départ, rien n’est moins certain, mais une fois posées les bases de son intrigue, et deux séquences musicales derrière elle, la série finit par nous parler de nourriture et je confirme, il fait faim. Car avant la soirée d’importance que le restaurant s’apprête à passer, le staff prépare les plats qui seront au menu pour les faire valider, ainsi que pour s’accorder sur les détails de préparation ou l’accompagnement en vins, et on a droit pendant cet échange à quelques gros plans plus qu’alléchants sur la cuisine élégante et raffinée qui sera servie à la clientèle. Ça fait envie, et pas qu’un peu ! Apparemment le menu de l’Avilon change dans chaque épisode, donc ça laisse augurer de plein de bonnes choses si un jour les épisodes ultérieurs apparaissent dans mon champ de vision…

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The Kitchen Musical est pleine de fraîcheur et de bonnes idées ; à cela il faut aussi ajouter un cast à la fois drôle et talentueux, particulièrement cosmopolite (on y trouve des acteurs singapouriens, philippins, hongkongais, britanniques…), ainsi qu’un art consommé de la mise en scène.
Rien que le plan très ouvert, simple et moderne des décors (la cave à vin est dans la salle-même) est à la fois ingénieux et intelligent ; on peut s’y permettre toutes sortes de mouvements de camera, les acteurs ont la place d’exécuter tous les pas qu’ils veulent, on peut même pousser les tables pour se lancer dans une séquence musicale… et c’est sûrement peu onéreux aussi. Mais même si les décors sont épurés, ça s’intègre parfaitement dans la logique de la série (ne pas détourner l’attention des performances) et de son esthétique (l’Avilon est select, être décoré avec dépouillement passe totalement dans son identité). Ça permettait sûrement de s’offrir les droits de chansons hyper connues, en prime.
Tout est à l’instar de son générique, finalement : montrant des aliments (essentiellement fruits et légumes) posés sur des caissons de basse, et s’agitant en rythme. C’est simple, c’est futé, et ça fonctionne parfaitement.

Bref The Kitchen Musical n’est pas seulement hyper-divertissante à regarder, c’est aussi une affaire bien pensée, et qui marche. Pas étonnant que la série se soit rapidement trouvé un sequel, The Boston: The Kitchen Musical, diffusé dans plusieurs pays d’Asie courant 2014… et encore plus international puisque cette fois, il se déroule dans un restaurant aux USA avec de nouveaux acteurs américains, australiens, ou encore allemands.
Bon et alors ces DVD, ça vient ?!

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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