Little viewers BIG telephagy

9 février 2015 à 12:00

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Amérique, assieds-toi, il faut qu’on parle. Là sur le sofa, ce sera très bien. Ou sur le pouf, oui si tu veux. Ou sur le faut-… non tu sais quoi, en fait reste debout.
Parce que ça commence à bien faire, tes âneries. Et plus précisément, tes âneries en matière de séries pour la jeunesse. Avec toi, c’est tout l’un ou tout l’autre : soit des séries pour ados avec beaucoup de sexe, genre Reign ; soit des séries complètement risibles et surjouées, genre K.C. Undercover dont on parlait hier. Donc oui, Disney. Mais j’aurais aussi pu citer Nickelodeon, hein, pas la peine de faire le malin. Ya pas une chaîne pour rattraper l’autre !

La formule des séries en question est toujours la même : du multi-camera, des rires enregistrés, et des dialogues téléphonés avec des gros one liners dignes des pires emballages de Carambar. Et ce, sur seulement deux modèles d’histoires, on le disait hier : soit le personnage principal (généralement une héroïne, d’ailleurs) mène une double vie, soit il/elle veut chanter et danser… Pire ! Parfois c’est les deux, jurisprudence Hannah Montana.
C’est écrit à la chaîne, tourné à la chaîne, ça lance des petites starlettes à rythme effréné, ça écoule du produit dérivé, et quelques années plus tard, on reprend strictement les mêmes recettes et on recommence avec une « nouvelle » série.
A intervalles réguliers, je persiste à accorder quelques minutes à ces séries Disney ou Nickelodeon. Les tags en attestent : Ned ou comment survivre aux études, Hannah Montana, Sonny with a Chance, Ruby and the Rockits, Victorious, Jessie, Lab Rats, Dog with a Blog, Sam & Cat, et d’autres, ont eu leur chance (et encore, il y a aussi celles que j’ai testées et dont je n’ai pas ou peu parlé, genre iCarly, Wizards of Waverly Place, Mighty Med ou Henry Danger). Certaines sont moins nulles que d’autres, il faut le souligner, mais aucune n’est fondamentalement géniale, loin de là. En abaissant les standards déjà plutôt bas, parfois, on peut simplement s’éviter une crise d’apoplexie, et on se console en se disant que c’est déjà bien.

Ai-je passé l’âge ? C’est totalement possible… mais dans ce cas comment expliquer que des séries pour la jeunesse venues d’autres pays, elles, parviennent encore à me convaincre ?
Il se fait de bonnes choses en Australie, bien-sûr (j’ai déjà pu vous parler de My Place, de Lockie Leonard, ou de Nowhere Boys ; difficile aussi de ne pas évoquer H2O et son spin-off Mako: Island of Secrets), mais aussi en Nouvelle-Zélande (voir aussi : l’adorable Girl vs. Boy), au Royaume-Uni (il est encore temps d’aller lire la review de Drop Dead Gorgeous), ou au Canada (on a pu évoquer par exemple Ready or Not ; on peut aussi se poser la question du public qui pourrait être intéressé par The Yard). Nombre de ces pays se sont fait un devoir de développer une offre jeunesse variée, et dynamique, dans laquelle des expérimentations continuent d’être faites, continuent en fait d’être encouragées. Et encore, c’est juste dans le monde anglophone : n’avons-nous par exemple pas parlé des intentions de Gakkou no Kaidan en janvier ? N’a-t-on pas évoqué l’adolescence telle que vu par Hormones ? Ou le mélange culturel de Türkisch für Anfänger ? Et les séries du Julkalender, comme Julekongen ? Et Skeem Saam alors ? Les tags, ami téléphage : les tags.

Mais aux USA, les séries pour la jeunesse vivent dans le marasme le plus total. A l’heure où il n’y a jamais eu autant de séries américaines (plus de 300 en 2014, apparemment), et où on franchit sans cesse le mur du son dans la fiction pour adulte, à l’heure où les téléphages américains n’ont jamais été aussi courtisés, tentés, alléchés par des offres diverses, eh bien à cette même heure, les séries pour la jeunesse made in USA restent terriblement elles-mêmes et la petite aiguille semble bloquée. Sans aucune remise en question, ou presque.

C’est d’autant plus pathétique que ce type de série forme la seule offre pour pré-ados aux États-Unis, en particulier. Incroyablement courtisée par les annonceurs, jamais vraiment nourrie jusqu’à satiété, la cible des 10-12 ans est pourtant méprisée téléphagiquement.
Car la conséquence du tout-ou-rien à l’américaine, c’est que les séries pour ados sont dans leur grande majorité conçues pour être également regardables par les jeunes adultes et même, soyons fous, les adultes ; c’est le cas sur The CW, sur MTV et sur ABC Family. Par effet de bord, les séries pour ados ne sont pas du tout faites pour les pré-ados, qui se coltinent donc des séries qu’il leur faut partager avec les enfants, donnant un nouveau sens au terme « plus petit dénominateur commun ». Rien qu’aux USA, ils sont pourtant 20 millions, ces tweens qui mériteraient d’avoir des séries qui grandissent avec eux. Il y a environ zéro alternative et demie pour le public « entre deux » des tweens, la seule note d’espoir venant des séries importées (Dance Academy avait par exemple trouvé son public aux USA sur TeenNick ; Degrassi fait également les beaux jours de la chaîne).
Et encore, ça pourrait être pire : il semblerait que Disney et Nickelodeon n’aient pas encore décidé de recourir à l’import USA des séries produites dans le même moule, mais sur d’autres marchés, genre Violetta. Sinon, on ne s’en sortirait plus. D’ailleurs réjouissons-nous, Violetta s’est achevée vendredi à la télévision argentine. Pour. De. Bon.

En attendant, les séries pour la jeunesse américaines marinent dans le marasme. On y trouve ponctuellement des tentatives (la telenovela Hollywood Heights, par exemple), mais il s’agissait plus d’une expérimentation de forme que d’un effort créatif. Et pourtant, c’était déjà pas si mal.
Rien que réintroduire des séries en single camera dans les grilles serait déjà un progrès énorme, au lieu de produire des sitcoms à faire pâlir d’envie Tyler Perry. Mais bien-sûr ça impliquerait d’injecter de l’argent dans une phase de développement, ou même d’acquérir des formats étrangers, au lieu de faire tourner toujours la même machine à script, le même décor de studio, la même boîte à rires. En l’absence d’un remake américain du Sleepover Club, ce qui ne semble pourtant pas trop demander, les jeunes spectateurs américains doivent donc se contenter du fond de fond du panier.

Le résultat c’est que la fiction pour la jeunesse américaine, personne n’en parle. Et après tout pourquoi le faire, quand on voit l’état de ces séries ?

J’y repensais l’autre jour alors qu’Amazon a sorti sa nouvelle cuvée de pilotes, qui en moins de 24h avaient tous atterri sur la toile… Tous ? Non ! Pas les 2 pilotes pour la jeunesse, à savoir Just Add Magic qui semblait adorable, et Table 58 dont les rares critiques paraissaient favorables. Et même si à cheval donné on ne peut pas trop regarder les dents, il faut quand même admettre que ces séries ne sont jamais mises en ligne par ceux qui en ont pourtant la possibilité technique. Comme si elles n’étaient pas des séries. Comme si elles n’étaient pas dignes d’intérêt.
Or, ce serait tout de même épatant si les pure players comme Netflix et Amazon venaient également révolutionner l’offre jeunesse, non ? Déjà qu’ils modifient les comportements de la cible (les gamins dés 3 ans regardent leurs séries à la carte et de moins en moins à la télévision), mais imaginez qu’ils éduquent son goût, aussi ?
Il y a une révolution à faire dans la télévision pour la jeunesse venue des USA, soyez-en sûrs. On en aurait bien besoin.

Comme d’habitude, c’est à l’étranger que je vous propose de regarder pour trouver des alternatives.
Et des alternatives, il y en a ! Plein ! Cette semaine je vous propose de parler de ces séries-là : pour les ados, les pré-ados et même les plus jeunes… Mais pour eux, et rien que pour eux. Dénichons ensemble les séries qui valent la peine d’être discutées entre téléphages… et montrées aux téléphages de demain. Découvrons ou redécouvrons qu’il est possible, en se donnant juste un peu de mal, de trouver un juste milieu entre la fiction qui racole aussi le public adulte, et la fiction complètement bêtifiante.
Alors je vous donne rendez-vous tous les jours jusqu’à dimanche, à midi exactement, pour un nouvel article sur la question. Tiens, yen a même un qui arrive juste après celui que vous lisez en ce moment ! Je vous ai préparé un programme bien sympa, vous allez voir. Et pendant ce temps-là, toi Amérique, tu t’assieds dans un coin, et tu regardes. Tiens, prends des notes, même.

Cette semaine, un seul mot d’ordre : la téléphagie, ça peut être grand même quand c’est pour les petits.

par

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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