Sur les dents

11 février 2015 à 12:00

LittleViewersBIGTelephagy-650

Je ne sais pas trop si vous vous rendez compte à quel point je vous ai à la bonne. Si ce n’était pas le cas, croyez-moi, je n’essayerais pas de surmonter ma terreur des vampires, et je continuerais d’ignorer tranquillement Heartless. Mais combien de fois par an, au juste, a-t-on l’occasion de vous parler d’une série de vampires scandinave, hein ? Et d’un teen drama scandinave, qui plus est ? Franchement pas souvent. Moins que ça, même.
*soupir*
C’est bien parce que c’est vous.

Heartless-650

Fort heureusement, s’il est clairement question de pratiques vampiresques dans Heartless, il y est fort peu question de dents pointues et c’est la seule raison pour laquelle j’accepte de vous en parler !
Sofie et Sebastian sont frère et sœur (à vrai dire ils sont jumeaux) et vivent avec un terrible secret : leur seul moyen de se nourrir est d’aspirer de pauvres victimes mortelles. Avec un tout, oh tout petit inconvénient : s’ils ne se retiennent pas, et qu’ils absorbent l’intégralité de leur victime, celle-ci prend feu ! Difficile de ne pas avoir des scrupules à se nourrir de cette façon, et c’est précisément la cause du manque de Sebastian quand s’ouvre l’épisode : il refuse de se sustenter ainsi, quitte à être dans un bien triste état en s’obligeant à un sevrage. Quelque chose que sa sœur trouve parfaitement illogique, voire même hypocrite.
Il existe une parade, fort heureusement : Sofie est capable de se nourrir seule, puis de partager ce qu’elle a aspiré de sa proie, sans que son frère n’ait les mains sales. Hélas, si Sebastian se retient de se rassasier, c’est précisément parce qu’il se sait incapable de se retenir… et il va attaquer la dernière proie en date de Sofie avec des conséquences terribles.

Les jumeaux n’ont que trop longtemps vécu de la sorte (même si ça n’a apparemment pas toujours été le cas dans leur enfance), et sur insistance de Sebastian, ils décident de revenir sur leurs pas pour découvrir qui ils sont véritablement. Ils retournent alors chercher des réponses dans l’orphelinat où ils ont grandi. La directrice leur dévoile quelques menues informations, ainsi qu’un sac laissé par leur mère lorsqu’elle les a abandonnés alors qu’ils n’étaient âgés de quelques semaines. Dans le sac, ils découvrent une coupure de journal à propos d’Ottmansgaard, un pensionnat prestigieux…
Forcément, la suite tombe sous le sens : ils s’inscrivent dans ce pensionnat pour percer le mystère de leurs origines.

Heartless est, de l’aveu-même de ses créateurs, une série où le fantastique couvre des problématiques toutes humaines : les scénaristes Nikolaj Scherfig et Morten Dragsted voulaient notamment explorer le poids de l’héritage familial au sens large. Le premier épisode possède un flashback relativement opaque qui laisse penser qu’effectivement, la série a du matériel à exploiter en la matière. Le poids au quotidien de cet héritage monstrueux se fait en tout cas vivement ressentir dans cet épisode inaugural, où il est question de pulsions qu’on maîtrise (ou qu’on choisit d’essayer de maîtriser, plutôt), de crimes qu’il faut commettre en cachette, de nourriture normale qu’il faut faire semblant d’avaler pour préserver les apparences, et ainsi de suite.
Bien-sûr, à l’instar de Buffy notamment, la prise de nourriture vampiresque par la force s’accompagne de connotations charnelles. Dans ce domaine, la série est presque timorée dans ses représentations, restant dans la suggestion. Heartless est une série pour ados ; certes elle s’adresse à la frange la plus âgée de la cible, mais elle n’essaye pas particulièrement de plaire à des spectateurs plus âgés, en tous cas pas en procédant à du racolage à base de sexe ou de violence. Des spectateurs plus âgés peuvent la regarder, mais elle est avant tout destinée à un public principalement adolescent. Cela se traduit par une absence totale de sang lors des aspirations menées par les héros, qui se rapprochent en cela plus du côté succube de Lost Girl. Cependant, ces mêmes démonstrations vampiresques s’avèrent parfois traumatiques sur un plan émotionnel, comme on le découvrira vers la fin de l’épisode (et comme on aurait dû s’en douter, quelque part…). Ce que par choix, Heartless n’explicite pas, n’est donc pour autant pas ignoré sur un plan dramatique…

Dans l’ensemble, Heartless ne fait pas un mauvais travail sur la dramatisation de son intrigue, et sur l’exploration de ses personnages alors qu’ils vivent leur propre tragédie. On trouve sur le fond un discours qui, vous le voyez, ne manque pas d’intérêt… mais qui sur la forme, reste hélas dans les clous. Le cadre du pensionnat chicos (dont on se demande comment les jumeaux peuvent se le permettre) est vu et revu, il suffit de demander à Het Huis Anubis, El Internado… et tous leurs remakes. Les dynamiques internes y sont prévisibles, avec des élèves méchants qui y font la loi, sous couvert d’un privilège de classe qui s’exprime de surcroît très maladroitement dans cet épisode. Et l’esthétique sombre de Heartless, s’il est réussi, n’est pas non plus révolutionnaire.
Reste que la série de Kanal5, dont je vous parle depuis des lustres maintenant, mérite d’être vue ne serait-ce que parce que, pardon de me répéter hein, mais des séries fantastiques et des séries adolescentes venues de Scandinavie, il ne nous en parvient pas des masses. Voilà, disons que c’est à voir au moins par curiosité… même si elle a tué le chat de la plus horrible des façons.

« Oui bon ok t’es une trouillarde, mais comment on fait pour la voir, cette série, nous !? », demandez-vous le cœur battant… Pas de panique ! France4 a annoncé le mois dernier qu’elle avait acquis la série. Ou bien, si vous n’avez pas la patience, sachez que la série a déjà été diffusée en Australie, où elle est sortie en DVD.
Et non, cessez de me regarder avec des yeux de chien battu : il n’y aura pas de review de saison. Poussez pas, quand même. Mais ne vous en faites pas, dans une semaine consacrée à la fiction pour la jeunesse, on va forcément reparler de fantastique…

par

, , , , , , ,

Pin It

Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *