Du sexe et de la violence

26 février 2015 à 22:31

Il m’arrive très souvent de parler de séries au propos difficile, mais encore très peu d’indiquer des « trigger warnings » ; j’y travaille. Mais si une review au monde mérite que j’avertisse sur son contenu, c’est celle du pilote de Sex & Violence.

Trigger warning : violences domestiques.

Diffusée par la chaîne OUTtv, une chaîne câblée canadienne tournée vers le public LGBT, Sex & Violence est une série qui derrière son titre évocateur, n’a rien d’un festival racoleur et d’une surenchère gore. Au contraire, elle s’intéresse à des travailleuses sociales intervenant sur des affaires de violences domestiques en tous genres (faisant d’elle une cousine de la série polonaise Głęboka woda).

Drucie MacKay est assistante sociale, et travaille essentiellement sur des cas d’enfants maltraités ; elle gère également les dossiers de parents souhaitant devenir famille d’accueil. Son quotidien consiste à parcourir des kilomètres pour aller de maison en maison, constater comment les enfants y sont traités, et parfois devoir les en retirer. Et encore, les bons jours.
Alex Mandalakis est, quant à elle, une ex-avocate qui après avoir été rayée du Barreau, assiste désormais les victimes pendant leur parcours au milieu des médecins, des policiers et des juges. Elle les accompagne dans les différentes démarches, leur trouve une maison-refuge ; bien souvent elle va aussi beaucoup plus loin, apparaissant lors de procès et n’hésitant pas à intervenir plus qu’elle ne le devrait.

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Sex & Violence décrit plusieurs réalités dans ce premier épisode, certaines plus en détail que d’autres, mais toujours en cherchant un ton authentique et franc pour décrire ce qui, hélas, est encore une banalité.
Ainsi l’épisode s’ouvre sur une scène terrifiante dans laquelle un mari jette de l’acide au visage de sa femme qui l’a quitté, ce qui, en dépit du fait que rien de graphique ne soit montré à l’écran, n’en est pas moins atroce et glaçant. On reviendra à quelque chose d’un peu moins spectaculaire avec les autres affaires qui occupent Drucie et Alex : une petite fille enfermée par son père dans un poulailler, une femme qui pendant une « dispute » se retrouve grièvement blessée par son mari mais ne souhaite pas porter plainte, un couple d’hommes se proposant pour devenir foyer d’accueil, une transsexuelle cherchant un refuge, et un bébé maltraité que le père n’a pas présenté à la visite précédente.
Qu’elles occupent quelques lignes de dialogues ou plusieurs minutes de l’épisode, ces intrigues décrivent une réalité où, pour Drucie autant que pour Alex, il n’y a pas de journées avec des victoires, mais, au mieux, que des jours sans défaite.

Chacune gère à sa façon. Drucie essaye de s’abrutir avec un peu de musique ; l’épisode se conclura par un besoin d’aller beaucoup plus loin pour s’anesthésier. Alex, quant à elle, vit une sorte de nouvelle jeunesse et multiplie les expériences sexuelles (miracle de la télévision canadienne : on verra ainsi l’octogénaire dans un threesome). Ça reste du bricolage et l’une comme l’autre vont quand même avoir du mal à encaisser les coups durs, et on les comprend.
Parmi les personnages secondaires, on découvre aussi une femme flic désillusionnée mais pas totalement cynique, une psychologue un peu dépassée dont la compagne est agoraphobe, un procureur qui se découvre bisexuel sur le tard…

Dans Sex & Violence, on présente les différents cas presque comme des vignettes : des morceaux de réels collés les uns aux autres par un peu de sang coagulé, qui forment une histoire, mais presque par accident.
Ce qui semble plus importer à l’épisode inaugural, c’est de photographier un moment, un échange, un silence, pour peindre le grand portrait des violences domestiques. La victime à l’acide, qui avait pourtant ouvert l’épisode, en est la triste représentation : parfois il n’y pas grand’chose de plus à faire que montrer ces instantanés. Mais les montrer, c’est déjà beaucoup. Et les montrer avec tact mais honnêteté, c’est absolument énorme. Ici, pas de mise en scène, pas de suspense, et surtout pas d’enquête à la Law & Order: SVU.
Sex & Violence est une série purement dramatique qui aborde frontalement le lourd dossier qu’elle a décidé d’ouvrir, sans faux-semblant. Ses deux héroïnes sont dedans jusqu’au genou, et n’ont pas le luxe de prendre du recul comme une Benson, parce qu’il faut agir, il faut décider, il faut compatir, en temps réel, quel que soit le tour que prend la réalité des victimes.

C’est dur à regarder, mais pas parce qu’on y voit du sexe et de la violence. Dans tellement d’autres séries, on voit du sexe et de la violence… cette fois, on regarde les résultats. Et c’est sûrement ça qui est terrible, justement.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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