L’amitié à trois

28 février 2015 à 19:26

Vous les connaissez sûrement, ces nuits d’été. L’air est encore un peu chaud de la journée, mais un petit souffle frais permet de respirer, de vivre vraiment, de parcourir la ville, de regarder les bars fermer. Il ne fait pas du tout sommeil, pourtant. Le moment est au contraire idéal pour se poser, sur une place, à un coin de rue, peut-être même assis à même le trottoir, pour partager une clope, une bière, quelques mots, avec d’autres naufragés du bitume tiède. Soudain toutes les conditions sont réunies pour parler de tout, de rien, mais quand même beaucoup de tout ; pour dire à voix haute ce que pendant toute la journée on a pensé tout bas, pour laisser échapper une confidence ou un secret, qu’on ne veut pas totalement retenir de toute façon.
Des amitiés d’un quart d’heure se sont tissées devant les mégots et au cliquetis léger des bouteilles, dans une ville déjà couchée, ou encore endormie, mais qui a manqué la vraie fête.
Peut-être, dans un élan un peu alcoolisé, quelqu’un s’est-il lancé un défi stupide, soudain suivi par quelques camarades noctambules dans un délire idiot de quelques minutes : un coup de tête de dernière instance avant que chacun ne retourne à son existence moite .

Et si on n’y retournait pas ? Si l’amitié d’un quart d’heure durait plus longtemps ? Quelques heures, quelques jours, peut-être des semaines…
Dans Descolados, Lud, Teco et Felipe vivent une telle rencontre. Ils sont sortis pour se vider la tête ou pour célébrer, parce qu’ils y ont été poussés ou parce qu’ils en avaient envie, mais quelle qu’en soit la raison, il n’ont pas d’existence moite à retrouver et le délire s’avère durer.

Descolados-650

Lud pensait changer de vie, prendre son indépendance, s’installer en colocation avec un type qu’elle connaît un peu, Douglas. Et puis quand elle arrive dans l’appart, pas de Douglas. Après avoir fait la forte tête devant ses parents pour imposer son déménagement le jour-même de son diplôme, Lud ne peut quand même pas retourner d’où elle vient.
Felipe est un mannequin, pas très connu, mais suffisamment pour gagner sa vie. Avec son dernier cachet, il achète un chiot à offrir à sa copine, avec laquelle il vit depuis quelques mois. Manque de chance, en rentrant chez lui — pardon, chez eux — elle rompt avec lui. Il n’a pas relevé les signaux qu’elle envoyait pour le prévenir, paraît-il.
Teco devait partir à Londres ; ça marchait plutôt bien pour lui dans l’avion, quand il a rencontré une jeune femme avec laquelle sympathiser. Manque de chance, arrivé à l’aéroport britannique, les douanes trouvent un joint à moitié fumé dans sa poche de veste. Pas d’explications calamiteuses qui tiennent : retour au Brésil par le premier avion.

Ils sont là, tous les trois, et ils n’ont nulle part où aller. Après une rencontre autour d’une bière puis une joyeux virée en voiture (…passons), ils finissent par passer la nuit dans l’appart de Lud… et Douglas in absentia. Et s’ils restaient plus qu’une nuit ?

L’ambiance dans la dramédie brésilienne Descolados est à la fois au réalisme et à la rêverie ; elle est entre deux monde, comme ses personnages. Rien n’a d’importance, même quand tout a de l’importance. Si les dynamiques sont fondamentalement différentes, on retrouve un peu de l’esprit de Threesome : trois jeunes adultes qui s’apprivoisent pour faire mille bêtises ensemble… mais aussi prendre quelques décisions importantes, l’air de rien.
Tout ce qu’on veut, c’est quelques nuits d’été pour refaire le monde… et peut-être construire le nôtre.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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