Son nom, il le signe à la pointe de l’épée de bois

25 mars 2015 à 12:00

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Si pour les premiers jours de cette semaine spéciale consacrée aux séries et aux comics, nous avons parlé de héros travaillant pour combattre le crime et/ou les forces du mal, aujourd’hui les choses vont être un peu différentes. La bande-dessinée n’est en effet pas simplement le royaume de l’imaginaire, et on peut y trouver des sujets sociaux, ou historiques, en prise avec le monde.
C’est tout l’objet de Gaksital, une série sud-coréenne qui tire son nom et son intrigue d’un manhwa. Son héros mystérieux, qui dissimule son identité sous un masque traditionnellement utilisé pour la dance ou certains rites pour symboliser une jeune mariée (un « gaksital », précisément), agit non pas contre des criminels, mais au contraire contre les institutions de son pays : la police, d’abord, mais aussi, comme on va le découvrir dans le premier épisode, quelqu’un d’aussi haut placé qu’un juge.

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Il faut se remettre dans le contexte : Gaksital se déroule dans les années 30, alors que la Corée est une colonie japonaise. Opprimé par l’Empire, le peuple coréen vit dans la terreur, et considère avec méfiance autant que mépris les Coréens qui travaillent pour les Japonais, comme cela peut être le cas de la police. Les flics sont en effet aux premières loges lorsqu’il s’agit de faire respecter les décisions japonaises, y compris voire surtout lorsqu’elle ne sont pas en faveur des coréens occupés.
Les Coréens réclamaient un héros, et celui-ci a émergé : Gaksital, comme tout le monde le surnomme en raison de son seul point remarquable, est un formidable combattant qui intervient désormais face à la police lorsque l’injustice devient trop grande, trop flagrante.

Évidemment, ses interventions ne sont pas du goût de tout le monde. Kang To Lee, un jeune flic coréen plein d’avenir dans la police où il travaille avec zèle, va tout faire pour essayer de trouver Gaksital et le démasquer, sans compter, bien-sûr, la perspective de le mettre en prison. Il faut dire que Gaksital énerve de plus en plus le pouvoir japonais : le héros libère des prisonniers condamnés à mort pour leurs actions envers l’Empire, et va même, dans le premier épisode, jusqu’à tuer un juge puis intervenir lors de ses funérailles pour lancer un ultimatum aux puissants de son espèce, les collaborateurs coréens. Et si l’épisode introductif de Gaksital présente tous ces éléments de façon un peu confuse, en raison d’une anti-chronologie sans réel bénéfice narratif, on comprend bien en tous cas que l’homme au masque de mariée est considéré comme un danger public.

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Le reste de l’épisode est consacré à expliquer les motivations de tout le monde… sauf évidemment de Gaksital dont l’identité est un mystère, et dont les actes s’expliquent purement par la situation politique de la Corée du Sud.
Ainsi, Kang To n’est pas un mauvais bougre ; mais il a grandi dans la pauvreté, et gravir les échelons dans la police lui permet de gagner plus d’argent qu’il n’a jamais rêvé de gagner. Dans ces conditions, peu lui importe le mépris total de ses concitoyens, il s’intéresse avant tout à amasser suffisamment d’argent pour acheter à sa vieille mère une maison, et à procurer à son frère Kang San les soins dont il a besoin puisque ce dernier, suite à un accident, accuse désormais un énorme retard mental.
Dans le monde de Gaksital, Kang To n’est résolument pas un « gentil », puisque très clairement dés ses premières scènes d’apparition, il se montre violent envers le peuple, et prompt à essayer d’éliminer le fameux Gaksital. Mais il n’est pas un « méchant » non plus, car il ne fait rien de tout cela par conviction, mais seulement en raison d’une histoire larmoyante, à laquelle s’ajoute, c’est rapidement dit, la blessure qui a suivi la mort de son père, celui-ci ayant œuvré pour l’indépendance de la Corée face aux Japonais. Et puis, dans ce premier épisode, on va découvrir qu’il y a des gens armés de bien plus mauvaises intentions que lui, alors tout est vraiment relatif.
Bientôt, Kang To Lee va se lancer dans une poursuite à la recherche de Gaksital, afin de faire main basse sur ce criminel qui défie l’ordre. La série s’oriente clairement vers une confrontation régulière entre le pourchassé et le pourchassant, nous offrant deux scènes de combat fortes en adrénaline.

Kang To s’illustre aussi, dans ce premier épisode, pour avoir arrêté un criminel, Sari Dam, qui était activement recherché. Cette arrestation vaut à Kang To Lee une cérémonie de récompense, une promotion, et même une augmentation providentielle. La nouvelle en revanche est tragique pour Dan Mok, une jeune femme qui travaille dans un cirque et qui cherche activement son père, qu’elle n’a pas vu depuis des années, ainsi qu’un jeune homme qui lui a sauvé la vie lorsqu’elle était adolescente. Manque de chance pour Dan Mok, son père n’est en effet nul autre que Sari Dam, et il est sur le point d’être condamné à mort.
Le spectateur se voit dévoilé par paliers le passé de Yi Boon, mais hélas sans vraiment comprendre, pour le moment, l’importance qu’elle peut avoir dans le combat entre Kang To et Gaksital, sur le long terme. En tous cas sur le court terme, c’est sûr, Dan Mok finit toujours entre les deux hommes, et cela va être d’autant plus visible que Gaksital apparaît au Palais de Justice pour sauver Sari Dam de sa condamnation à mort.

Enfin, l’un des derniers protagonistes majeurs de Gaksital, c’est Shunji Kimura, qui bien que coréen a pris un nom japonais (puisque c’était très encouragé à l’époque) et enseigne dans une école primaire (…il enseigne le Japonais, contexte politique oblige). Meilleur ami de Kang To, il est son compagnon de jeux depuis quelques années, et tous deux aiment s’affronter au kendo/kumdo.
Mais Shunji cache aussi un lourd passé douloureux, sur lequel il ne s’ouvre pas facilement auprès de son ami.

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Qui se cache derrière le masque de Gaksital ? Forcément on se pose un peu la question pendant ce premier épisode, et quelques indices nous sont, peut-être, discrètement (ou pas) lancés pendant certaines scènes.
Mais ce n’est pas franchement l’objet de la série. Ici les exploits du héros masqué servent avant tout à revenir sur une période douloureuse de l’histoire Coréenne ; et elles ne sont d’ailleurs pas si nombreuses, les séries à parler d’un pays colonisé. L’univers de Gaksital répond à des codes plus proches de Zorro que de Batman, où on ne peut pas compter sur les institutions pour obtenir la justice, bien au contraire. Ce n’est même qu’elles sont dépassées et n’en ont pas les moyens, c’est surtout qu’elles sont gangrénées par la compromission, voire la corruption pure et simple.
Gaksital est donc, derrière les exploits impressionnants de son incroyable héros, une quête pour rétablir la Justice dans un monde qui en aurait bien besoin. On va lentement y découvrir qu’outre les policiers qui désormais se plient à l’occupant japonais, il se trame aussi un étrange complot… qui place Kang To Lee dans la position d’une des personnes les plus propres de la police, ce qui ne manque pas d’être paradoxal dans un monde où la police est contre le peuple. Est-ce que ça signifie que ceux qui ourdissent de sombres conspirations dans le secret sont du côté du peuple ? Eh bien non, sinon Gaksital ne s’en prendrait pas à eux. A moins que ce soit Gaksital qui ne soit pas aussi bon qu’il en a l’air ?

Ce qui est bien dans ce premier épisode de Gaksital, c’est que rien n’est vraiment tranché, et qu’on ne peut pas déterminer d’emblée qui placer dans quel camp. Les criminels ne sont pas innocents, mais sont-ils mauvais ? Et vice-versa. Cela permet d’écarter toute prévisibilité, mais surtout fait de la série une véritable réflexion autour des nuances d’une époque plongée dans un ordre plaqué, où en fait moralement, c’est l’absolu chaos.
Qui dans Gaksital sera du bon côté, s’il y en a un ?

…Eh bien, il n’est pas forcément aisé de lire le manhwa original pour un spectateur occidental, mais la série est disponible sur DramaFever, alors vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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