Stage 2

29 mars 2015 à 12:00

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On l’a vu cette semaine, les comics peuvent tout faire : proposer des aventures extraordinaires à de simples fins de divertissement, ou proposer une histoire qui ait une puissante symbolique sociale ou dramatique. Notre dernier cas de cette semaine consacrée aux séries et aux comics est précisément très dramatique.
Lorsque le comic The Crow apparaît, c’est pour aider son auteur James O’Barr à faire le deuil de sa petite amie, tuée par un chauffard. Dans la version dessinée, le héros est Eric Draven, et lui comme sa fiancée ont été tués la veille de Halloween… jusqu’à ce que Draven vive une résurrection inexpliquée. Transformé par l’expérience, le héros de cette terrible histoire est désormais suivi par un corbeau qui l’accompagne et commente son deuil, tandis qu’il cherche à rétablir la justice. Évidemment, on est dans le domaine de la métaphore et du fantasme : Eric Draven n’est pas James O’Barr, et vice-versa. Revenu d’entre les morts, Draven n’est pas tout-à-fait vivant non plus, ce qui lui confère une force surnaturelle et quelques autres avantages qui permettent au comic d’être jalonné de combats. Mais derrière les quelques facilités, comme autant de sacrifices à des codes du genre, reste une âme à vif d’une œuvre créée par et pour le travail de deuil.

The Crow se taille vite une place de choix, par sa noirceur (figurée ET littérale, comme en témoigne la planche ci-dessous), sa morbidité et son goût pour l’ésotérique, dans la popculture gothique, et connaît deux adaptations ciné avant de trouver le chemin du petit écran.

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Mais forcément, adapter une telle histoire n’est pas aisé, a fortiori pour une série qui doit, semaine après semaine, plonger les spectateurs dans un univers noir. En 1998, une série canadienne s’y essaye : c’est The Crow: Stairway to Heaven, avec Mark Dacascos dans le rôle principal.

Comment faire pour traduire l’ambiance des pages du comic original ? The Crow n’essaye pas vraiment, en fait : plutôt que de chercher à rendre l’ambiance graphique de l’œuvre originale, elle se trouve une identité visuelle propre. Le style de The Crow, ce n’est pas nécessairement de mettre du noir partout et d’en rajouter dans le macabre, mais plutôt d’appuyer sur la sensibilité gothique, ainsi que sur l’univers du rock (dont O’Barr est d’ailleurs proche puisqu’il lui est arrivé de jouer dans un groupe de metal), qui tient une place déterminante dans l’ambiance de la série.
En revanche, pour rappeler d’où elle vient, la série mise sur un art consommé du montage, qui présente la plupart des scènes sous la forme de vignettes brèves et très nombreuses, donnant presque l’impression de voir se succéder des cases.

Il va sans dire que la performance de Dacascos est primordiale dans une série comme The Crow, où il occupe l’écran environ 90% du temps. Pour un acteur essentiellement connu pour son aptitude aux arts martiaux, il fait montre de beaucoup de justesse. Il campe un Eric Draven torturé et perdu, qui ne sait pas comment il est revenu à la vie exactement un an après le drame, mais qui va vite en tirer son partie pour accomplir sa vengeance.
L’idée dans la série est qu’il a deux personnalités. D’une part, celle d’Eric Draven, meurtri par les souvenirs atroces de la nuit du double-meurtre (à plus forte raison parce que Shelly a été violée sous ses yeux avant qu’il ne soit tué ; femme dans le frigidaire, bonjour), et d’autre part, celle du Corbeau, un homme un peu fou qui vit de rage, qui ne demande qu’à se battre, amateur de petites saillies humoristiques, et affublé d’un maquillage inspiré par le Día de Muertos (« le jour des morts »), une fête mexicaine simultanée à Halloween, au milieu de laquelle il a précisément atterri la nuit de sa résurrection. Le maquillage, fait intéressant, apparaît systématiquement sur son visage lorsque la colère et la douleur l’emportent (ce n’est pas le cas dans le comic ni dans les films qui ont précédé la série). Ce changement nous est signalé par d’atroce craquements, les mêmes qui, d’ailleurs, signifient qu’une plaie d’Eric est en train de cicatriser en quelques secondes. Draven est en effet, comble de l’ironie, totalement immortel dans sa nouvelle incarnation.

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Le plus étonnant est que, dés le premier épisode de la série, Eric Draven/le Corbeau parvient à remonter la piste du double-meurtre dont lui et Shelly ont été victimes, et découvre qui a commandité le crime. Cela ne se fait évidemment pas sans plusieurs scènes de baston (sacrifices à des codes télévisuels…), mais il finit par mettre le criminel qui a voulu leur mort hors d’état de nuire assez rapidement.
Justice a-t-elle pour autant été rendue ? Non. La leçon de ce premier épisode de The Crow, c’est que l’accomplissement de la vengeance (soit ce que veut Eric Draven) et le rétablissement de la justice (soit ce qui est impératif pour qu’il puisse aller passer l’éternité avec Shelly) sont deux choses distinctes. Et s’il ne sait pas très bien comment il a atterri là, Draven sait en tous cas qu’il n’en a pas encore fini avec son travail de deuil : il a appris que quelqu’un d’autre était à l’origine de cette nuit funeste.
Et les choses sont compliquées par le fait que l’enquête autour du double-meurtre est toujours ouverte, et que le flic qui en est responsable, en découvrant son existence, commence à le suspecter du meurtre de Shelly…

The Crow tente beaucoup de choses en même temps (comme en témoigne l’intrigue secondaire sur la jeune Sarah et sa mère alcoolique Darla), mais parvient à lier le tout avec élégance, et surtout un grand sens du rythme. Ce n’est pas simplement que les scènes d’action sont parfaitement chorégraphiées, c’est que l’ensemble de l’épisode ne s’autorise pas un seul temps mort, sans trahir son sujet morbide. Et d’ailleurs, avez-vous remarqué que les séries faisant le plus gros efforts esthétique avaient tendance à mieux vieillir ?

Voilà qui conclut notre semaine spéciale sur les séries et les comics, pendant laquelle j’espère vous avoir donné envie de visionner quelques unes des séries mentionnées dans les reviews et/ou les fun facts. A partir de demain, retour à la normale !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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