On a tout le temps d’être grands

2 avril 2015 à 17:08

Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? Quels sont tes plans ? Tu te vois où dans 20 ans ? Carrière. Réussite. Salaire. Responsabilités ! Toutes sortes de termes que les adolescents sont fatigués d’entendre avant même qu’ils ne soient prononcés, alors quand ils sont répétés par parents et enseignants… c’est vrai aujourd’hui, et c’était vrai dans les années 80.
Ian en est précisément là, et les questions se font d’autant plus pressantes qu’il vient de finir le lycée. Avec son meilleur ami Shinky, ils se soucient plutôt de musique (punk, évidemment), d’injustices sociales et de plaire aux filles. Mais voilà, contents ou pas, l’âge adulte, il faudra bien y entrer !

Co-production contre nature entre les chaînes adverses Citytv et CBC, la série canadienne Young Drunk Punk se déroule dans les années 80, mais rappelle That 70’s Show dans son opposition entre générations, ses dynamiques, et un grand nombre de personnages. Ian est le cadet d’une famille de la classe très moyenne, son père assure la sécurité sur un golf cossu et sa mère est parfois un peu étourdie, pour finir sa sœur cumule les relations monogames. Il n’y a pas beaucoup d’argent et les parents tentent d’inculquer la valeur de l’effort, en vain. Ian ne pense qu’à passer son temps affalé dans le salon à écouter ses titres préférés, qu’il est le seul à aimer.
Pas tout-à-fait, bien-sûr, car il a Shinky auprès de lui, un type un peu bagarreur et surtout lunaire, incruste mais pas méchant, et d’une loyauté indéfectible envers le rock punk, quand les autres adolescents écoutent de la musique commerciale.

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L’exposition de Young Drunk Punk prend son temps et, de par cette lenteur ainsi qu’en raison de l’impression de répétition, on ne se marre pas beaucoup pendant la première partie de son pilote. Celui-ci s’ouvre sur la cérémonie de remise de diplômes du lycée, où Ian et Shinky décident de s’imposer en DJs (c’est une cérémonie sans musique, mais ils ont leur astuce). Provoquant finalement une baston épique en plein milieu de la remise de diplômes, ils sont convoqués par le conseiller d’orientation. Celui-ci a conscience d’être leur dernier rempart avant l’âge adulte, et décide de les priver des diplômes tant qu’ils n’auront pas une idée de l’orientation à donner à leur vie. Les deux ados tentent donc de masquer leur absence de diplôme en attendant de rectifier le tir.
Comme Ian préfère mourir que de bosser au golf sous les ordres de son père, lui et Shinky tentent toutes sortes de jobs sans qualifications, ce qui est, évidemment, la porte ouverte à une suite de scènes courtes et relativement drôles, quoique très pince-sans-rire. Il faudra attendre que notre héros décide de faire ses valises pour aller vivre chez sa sœur aînée, pour que les choses démarrent véritablement. C’est-à-dire que Belinda vient justement de rompre avec Cowboy Numéro Trois, son cher et tendre !

Les personnages centraux étant posés rapidement, ainsi que leurs problématiques, on ne comprend pas trop ce qui retient Young Drunk Punk de lâcher quelques gags ou répliques hilarantes plus tôt. Mais lorsque finalement Ian et Shinky décident d’entrer en action, donnant par là un semblant (mais vraiment, avec un effort d’imagination) d’orientation à leurs existences oisives, on commence vraiment à rire. On se surprend même, en même temps, à les aimer, ces deux zouaves qui ont toujours leur vinyle préféré à portée de main pour faire découvrir « la vraie musique » aux masses et leur apporter une révélation musicale (on ne peut pas leur retirer une chose : ils ont le mérite d’essayer).
Placée sous le signe d’un humour subtil entrecoupé (sur la fin de l’épisode inaugural) de bons gags très évidents, n’attirant jamais l’attention sur ce qui est pourtant une superbe reconstitution des années 80 et de leur légendaire bon goût vestimentaire et décoratif, Young Drunk Punk n’est pas forcément très égale dans sa tonalité dés le premier épisode.

On peut espérer que ça s’arrange, et même si ce n’est pas le cas, il restera à vrai dire quelques éléments sympathiques sur le thème pourtant surexploité des adolescents à une période charnière. Car Young Drunk Punk ne fait pas que dépeindre la mutation, elle l’interroge directement à plusieurs moments de son pilote, et laisse entendre que ce sera sa problématique feuilletonnante lorsque, fiers d’eux (ou pas), Ian et Shinky se présentent chez leur conseiller d’orientation en fin d’épisode. Ce n’est qu’un début… mais c’est pas grave. On a tout le temps.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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