Rire jaune ?

2 avril 2015 à 18:33

Il revient enfin, le prodige local ! Simon Chan a étudié au loin pendant trois ans, et retourne au bercail. Cabramatta n’attendait que lui, car les commerçants du vieux quartier marchand vivent dans la terreur. Le gang de l’impitoyable Kai Le soutire en effet de l’argent en échange de sa « protection »… contre lui-même et ses sbires vandales. Mais maintenant que Simon revient de son apprentissage à la martial arts school, tout va s’arranger, c’est sûr.
Bon il y a juste un détail que Simon a oublié de mentionner à sa mère pendant tout ce temps, c’est que, en fait, il a passé les trois dernières années à la Marshall Art School. Et que s’il est devenu un maître dans le maniement de pinceau, bah, niveaux sports de combat, c’est pas ça du tout.

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Un curieux cas que celui de Maximum Choppage. A l’heure où la presse américaine ne cesse de parler de diversité qui aurait enfin SA saison, la comédie australienne rappelle qu’en Océanie aussi, il y a une discussion à avoir autour des minorités ethniques et leur représentation dans les fictions.
La série est le fruit d’une collaboration entre Tony Ayres (que vous connaissez sûrement mieux pour The Slap) et la productrice Debbie Lee, avec laquelle il travaille régulièrement. Ils ne sont toutefois pas créateurs du concept, bien que la compagnie Matchbox Pictures soit créditée comme créatrice de la série. L’origine de Maximum Choppage remonte au film indépendant du même nom sorti en 2008, et imaginé par un dénommé Timothy Ly. Reste que Lee et Ayres sont tous deux sont des Australiens d’origine asiatique, et qu’Ayres essaye depuis qu’il a le vent en poupe d’améliorer la visibilité des asiatiques à la télévision australienne. Il a ainsi introduit toute une famille, dont un personnage principal, dans la série pour la jeunesse Nowhere Boys (dont on parlait il y a quelques semaines) et prépare également la mini-série The Family Law, annoncée lors des upfronts australiens, sur une famille asiatique (là encore, avec sa partenaire Debbie Lee). Il bosse aussi sur des sujets lui permettant de mettre en avant la melting pot australien, comme c’était le cas dans The Slap et comme ce le sera dans The Principal.
Bref, la diversité, c’est un vrai effort de la part d’Ayres.

Alors c’est une surprise de regarder Maximum Choppage cumuler absolument tous les poncifs possibles dans son épisodes d’ouverture. On n’ose pas les qualifier de racistes (de la même façon qu’on avait du mal à déterminer si The New Normal participait à renforcer des clichés homophobes), mais enfin, le mot traverse l’esprit.
Le quartier de Cabramatta où se déroule la comédie est peuplé de personnages asiatiques tous plus caricaturaux les uns que les autres. Leur accent est à couper au couteau. Ils tiennent pour la plupart des commerces éminemment stéréotypés (restaurant à la propreté contestable, salle d’entraînement aux arts martiaux…) à l’exception de la mère de Simon qui tient un videoclub. On y mange uniquement des nouilles, on y consomme du thé à profusion, et on se soigne avec des remèdes du tigre. On y porte des vêtements traditionnels, des bonnets mandarins, et parfois même une tresse fine dans le dos. On plisse les yeux tout le temps. On se salue en se penchant à 45 degrés à tous bouts de champ. Et, évidemment, on y tient les arts martiaux en véritable religion.
C’est tout le principe de ce premier épisode qui joue à fond sur l’incapacité totale de Simon à coordonner ses bras et ses jambes, alors que tout le monde est persuadé qu’il est un maître qui va faire régner la justice à coups d’épées anciennes, de high kick et de nunchaku.

On voudrait rire qu’on ne le peut pas. Fort heureusement, on ne le veut pas, ce qui ôte une épine au pied du spectateur. Pourquoi ces clichés ambulants sont-ils supposés nous faire rire ? Eh bien à titre de comparaison, nous assure Maximum Choppage : l’existence du personnage de Simon, un Asiatique qui ne connaît rien aux arts martiaux et pratique honteusement de l’art (de l’art ! quelle horreur) prouve que tous les Asiatiques ne sont pas pareils. Non, il existe en effet UNE exception. C’est pas franchement Byzance.
Et de toute façon, Simon va devoir affronter l’imposant Kai Le quand même, et se débrouiller pour le vaincre et ainsi rétablir la quiétude dans la rue marchande de Cabramatta. Content ou pas, même tarif, il n’y coupera pas.

Maximum Choppage tente d’introduire quelques petites intrigounettes derrière ses clichés issus d’un sketch de Michel Leeb. D’abord, une romance entre Simon et la fille du maire, une blonde qui est évidemment jolie, évidemment gymnaste, évidemment impressionnable dés qu’on fait montre de force. Et puis surtout, le maire lui-même, le manipulateur maire Crawford qui en fait, s’est acoquiné avec Kai Le afin que celui-ci fasse fuir tous les commerçants de la rue marchande de Cabramatta, afin d’y faire aboutir ses propres plans d’urbanisme…
Tout cela n’est vraiment pas très profond, et pas spécialement prometteur au terme du pilote non plus. On se demande ce que Maximum Choppage tente de dire, on a peur de le deviner en fait : tout et rien. Et surtout rien. En paradant derrière de divertissants gags faciles et un peu d’action (car en dépit de la nullité du héros, Kai Le va tout de même trouver une opposante en la personne de Petal, l’amie d’enfance de Simon), la comédie

Être représenté ne fait pas tout. Le comment joue aussi. Et si, globalement, les représentations dans Nowhere Boys étaient réussies (la grand’mère d’Andy parvenant à compenser ses aspects un peu stéréotypés par des interventions sincèrement amusantes), celles de Maximum Choppage donnent l’impression d’être catastrophiques.
Mais encore une fois, c’est un sujet difficile, complexe, et sur lequel je ne suis pas du tout la première concernée. Reste que le sentiment de malaise (doublé d’une absence de divertissement) persistent pendant une petite demi-heure. Pour le reste, à chacun de se faire son avis, et, pourquoi pas, de venir en faire état ici. N’hésitez pas à me faire part de vos impressions, si jamais vous avez tenté la série.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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