Cercle familial

20 avril 2015 à 9:00

L’an dernier, Séries Mania nous proposait sur le foot (fdp), et c’était plutôt drôle. Cette année, on ne rigole plus du tout : la série belge Spitsbroers (projetée sous le titre Strikers) et un drama familial partant d’une idée vieille comme le monde : deux frères, un seul objectif.
Alan et Dennis Moerman se sont entièrement construits autour du foot. L’aîné, Alan, est considéré comme le meilleur attaquant de son équipe de 4e division, où joue également son frère Dennis, et coachée par leur père Leo. En fait, le foot, c’est vraiment une affaire familiale, puisque leur mère Frieda est la plus fervente supportrice du club, et que leur grand’mère Marilou organise des tombolas afin d’alléger les dépenses de l’équipe.

La série s’ouvre sur un évènement d’importance : un recruteur est dans les gradins pour le match de ce soir. Tout le monde a les yeux rivés sur Alan : c’est la chance de sa vie, il pourrait être transféré dans un club de 1ère division…
Ce qui saisit d’emblée le spectateur, c’est à quel point les deux frères sont proches : ils se soutiennent, s’encouragent ; pas un instant Dennis n’est jaloux, par exemple, de l’opportunité donnée à son frère, et pendant le match, il incitera Alan à donner le meilleur de lui-même et à se débarrasser du stress. Quelques heures plus tard, Leo a une excellente nouvelle : il est pris ! Son fils démarre une première semaine d’essai dans quelques jours. C’est le rêve de toute une famille qui se réalise.

Accueilli dans ce qui ressemble au Valhalla du foot (vestiaires et douches dernier cri, matériel à foison et totalement gratuit, et bien-sûr, la meilleure équipe cosmopolite que le club a pu se payer), Alan est aux anges. Tout roule pour lui : sa petite amie Shari et lui coulent un amour parfait (quoiqu’un peu trop torride au goût de Frieda !) et sa carrière prend un chemin incroyable. Il débarque sur le terrain et…
…découvre que le coach voulait en fait recruter son petit frère Dennis.

Spitsbroers-SeriesMania-650

Même à Melbourne et Brooklyn, on n’avait jamais vu une telle gifle. Dépité, Alan doit donner son maillot (et le reste) à son jeune frère… qui n’a même jamais imaginé convoiter le succès de son aîné. Vidé de toute sève, le jeune homme doit retourner à une vie normale alors qu’il se voyait déjà promis à un avenir sous les projecteurs. Il lui faut aller quémander son petit boulot ingrats dans une jardinerie de bonzaïs (alors qu’il a plaqué son patron sur un mode proche de « Au revoir, Président« ), affronter le regard des proches alors qu’on retourne faire le pilier de bar à la buvette du club de foot, et admettre à sa dulcinée que l’avenir en or qu’il imaginait n’est pas pour tout de suite.
Ç’aurait dû être le jour le plus heureux de la vie des Moerman, fera remarquer Frieda ; au lieu de ça, le poison est dans la pomme.

Pendant sa semaine d’essai, Dennis se montre très prometteur… mais lorsqu’il découvre que l’attaquant-star de l’équipe s’est envoyé en l’air avec Shari, il décroche une droite à son collègue, et se fait virer de l’équipe. Par loyauté envers son frère, il a lui aussi gâché sa seule chance d’entrer dans l’univers qui fait vibrer trois générations de Moerman…

Tiraillés entre leur passion pour le foot commune, et leur ambition individuelle naissante, les frères Moerman ne se détestent pas (ou pas encore ? le 4e épisode de la série n’est diffusé que ce soir en Belgique, après tout). Spitsbroers décrit avec intelligence tout ce qui les rassemble autant que ce qui les divise, et le problème est qu’en général, c’est exactement la même chose.
Mais si la carrière de l’un d’entre eux finissait par s’épanouir, qu’adviendrait-il des frères Moerman ? Seraient-ils encore capables de s’amuser à taper dans un ballon le soir derrière la maison familiale ? Pourraient-ils encore s’épauler dans les moments forts de la vie ?

Plus qu’un drama sportif, Spitsbroers questionne ce lien du sang (…l’un des auteurs de la série a un frère footballeur professionnel), ainsi que le rapport de cette famille très modeste, aux scènes de la vie ordinaire terriblement ordinaires, alors qu’elle commence à évoluer dans un milieu qu’elle ne fréquentait jusque là qu’en semi-amateur. La passion ne fait pas tout, de toute évidence. Et il suffit peut-être d’un ballon rond pour diviser toute une famille. Ou pour la rassembler, qui peut dire ?

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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