My place

23 avril 2015 à 10:00

Une review un peu particulière, pour changer, dans le contexte de Séries Mania, puisque je vais vous parler du series finale d’une série argentine. Pourquoi ? Eh bien d’abord parce que les chances que vous la voyez sont minimes, les séries argentines ne voyageant pas des masses vers chez nous (las !). Et surtout parce que de toute façon, hier soir, n’étaient projeté que les 6e et 13e épisodes de la mini-série La Casa, quelques jours à peine après leur diffusion dans leur pays original.
Vu que la série est anthologique, c’est loin d’être handicapant. Et comme il fallait faire un choix, j’ai décidé de vous parler de celui des deux épisodes que j’ai préféré.

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Mais d’abord, revenons sur le concept : La Casa est une nocturna anthologique qui se déroule en 1929 et 2029 dans un seul et même décor, une maison construite près d’une forêt et d’un cours d’eau. Située non loin de Buenos Aires, mais tout de même à l’écart, retirée derrière les hautes herbes, la maison a été conçue jusque dans ses moindres détails par un homme qui est mort… le jour de l’inauguration. Depuis, c’est un peu comme si la belle demeure était maudite, et ses habitants successifs ne semblent pas y trouver le bonheur.
La maison abrite donc, au cours de son premier siècle d’existence, toutes sortes de personnages (ils n’appartiennent pas nécessairement tous à la même dynastie). Alors à chaque début d’épisode, une voix-off récapitule les dernières années de la vie de la maison, ses occupants et leur histoire, sur fond de photos de l’état de la maison ou par un montage des différentes activités se déroulant entre les murs.

Dans le 13e et dernier épisode de La Casa (dont le titre, assez transparent, est « Virus »), la maison était en possession d’un couple, les Mol, et de leurs deux filles Sofia et Fernanda. En 2021, nous apprend-on, Sofia a fêté son anniversaire avec de nombreux amis, et amis d’amis, si bien que la maison a abrité des personnes qu’on ne savait même pas qu’on avait invités. Hélas, certains convives ont amené avec eux la dernière drogue à la mode : des capsules de Z6, un produit si puissant que la fête dure sans discontinuer pendant plusieurs jours, avant que beaucoup de participants ne perdent connaissance. Au réveil, la mauvaise surprise est que beaucoup d’entre eux sont devenus des zombies. L’épidémie qui s’en suit est dévastatrice, la maison est délaissée pendant plusieurs années. En 2025, Sofia s’y installe à nouveau avec son père, frappé d’une maladie dégénérative ; c’est là qu’il est décédé.
Et finalement, en 2029, Sofia et son compagnon Julian reviennent pour s’abriter de l’épidémie qui fait toujours rage ; Sofia est enceinte, et elle veut protéger son bébé à naître autant que possible.

Comme vous le voyez, il y a quelques trous dans les explications de contexte que propose le début de l’épisode de La Casa. Tous les blancs ne seront pas nécessairement remplis ; après tout, l’objet de La Casa est moins de parler de l’épidémie, que de se servir de l’épidémie pour parler des personnes qui vivent dans la maison. L’épidémie agit presque comme un prétexte pour faire revenir la famille Mol sous le toit de la maison au bord de l’eau. Et c’est là que commence véritablement l’épisode.
Peu de temps après avoir trouvé refuge dans la maison, Sofia et Julian sont ainsi rejoints par Fernanda et sa compagne, qui ont également eu l’idée de se mettre à l’abri dans la maison d’enfance des filles Mol. Problème : Sofia et Fernanda ne sont pas proches du tout, elles ne se sont pas vues depuis deux ans, pas parlé, rien. Et il y a aussi beaucoup de ressentiment entre les deux, entre autres parce que Sofia a accompagné leur père toute seule sur ses derniers jours, et qu’elle estime à ce titre avoir hérité seule de la maison. Malgré cela, les deux couples cohabitent relativement bien… jusqu’à ce que leur mère les rejoigne également. Et si La Casa n’a jamais explicité quand, comment et pourquoi, en tous cas il est clair que la mère de Sofia et Fernanda était une femme sévère qui a fini par s’exclure de leur vie. Son retour est donc très mal vu.
Ah, et puis il y a cette histoire d’épidémie, qui malgré tout va venir les rejoindre également dans la maison.

Le style de La Casa, ce n’est pas d’insister sur cette fameuse épidémie, je vous l’ai dit. En fait il y a plein de choses qui ne sont pas claires à ce sujet dans l’épisode (les personnages craignent une épidémie, mais ils échangent volontiers des bises, des embrassades, des goulots de bouteille, etc.), parce que ce n’est pas là le nerf de la guerre. L’épisode est tout entier intéressé par le huis clos de cette famille décomposée, qui  ressort les vieux dossiers à ce qui est sûrement le pire moment pour le faire.

En fait, c’est la mission globale de La Casa, soir après soir (la série était diffusée en quotidienne entre le 30 mars et le 17 avril derniers) : décortiquer les rapports familiaux, soulever chaque pierre pour y découvrir la moindre miette de ressentiment et d’amertume.

Tout ça pour vous dire que La Casa est plus une série d’auteur qu’un drama au fort potentiel commercial. Créée par Diego Lerman (qui écrit ou co-écrit chaque épisode), la série remplit typiquement une mission de service public, puisqu’elle a remporté un concours lancé par le Gouvernement (le Concurso Prime Time 2013 de Fomento de  Televisión Digital Abierta, précisément) pour aider la production de séries tournées en numérique sur la télévision publique argentine (et en parlant de tournage, Lerman nous a raconté que la production se faisait au rythme d’un épisode tourné en 4 jours, ce qui est de la folie quand on voit la recherche esthétique de la série, chaque épisode ayant sa propre couleur dominante, et la multiplicité de façons de présenter un même décor, d’épisode en épisode).
Le résultat est inégal par définition (le 6e épisode, intitulé Revolucionarios et se déroulant en 1977, était moins palpitant en dépit de son contexte historique riche), mais l’intention est formidable, et sur la longueur, je ne doute pas que le résultat soit meilleur. D’autant que Diego Lerman confie que de petites références truffent les épisodes (il y en a une au tout premier dans le tout dernier, par exemple) et permettent de lier les époques entre elles, malgré tout. Une anthologie, oui, mais quand même avec une certaine cohésion, évoluant dans un même univers.

C’est donc le moment où je vous dis que pour toutes ces raisons, je suis extrêmement pessimiste quant à une exportation en Europe de La Casa. Mais eh, les éditions Montparnasse ont bien sorti Combatientes (une série argentine qui était il y a 2 ans à Séries Mania), alors tout espoir n’est pas nécessairement mort…?

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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