Game on

19 mai 2015 à 11:47

S’il y a bien un endroit où il ne faut surtout pas mettre les pieds, au Japon, mais alors, à aucun prix, c’est bien une école… si l’on en croit les séries japonaises en tout cas. C’est un cauchemar aussi bien pour les enseignants (Monster Parent), les élèves (LIFE), que les parents d’élèves (…désormais, Mother Game). Non, à mon avis, tout le monde se porte beaucoup mieux sans école…
Chose dont Kiko Kamahara n’a apparemment pas été mise au courant. Quand elle essaye d’inscrire son fils Haruto dans une garderie publique, et qu’elle apprend qu’elle est sur liste d’attente jusqu’en 2017 (il y a très exactement 257 enfants devant lui sur la liste rien que dans son district), elle est interpelée par la directrice d’une maternelle qui lui propose instantanément une place pour la rentrée. Celle-ci, qui répond au nom de Mme Naraoka, promet même que Haruto sera gardé même l’après-midi (ce qu’apparemment une maternelle traditionnelle ne fait pas, eh bah la maternelle Shizuku, si). Alors sans même y réfléchir deux fois, la pauvre, Kiko accepte.
Un mois plus tard, Haruto entre à l’école, et le cauchemar commence.

Un cauchemar ouaté, cela dit. Car l’école maternelle Shizuku est très select, et toutes les mères de famille gagnent des mille et des cent. Pas directement non bien-sûr, car une femme aisée ne travaillerait jamais elle-même, mais enfin, on y est pété de thunes, quoi. Or, Kiko est une mère célibataire, qui vient à peine d’ouvrir sa modeste boutique de bento, elle a même dû emménager avec son grand-père dans une petite maisonnette, alors franchement, venir en tailleurs haute couture et en berline juste pour déposer son fils à la maternelle, non.
Mother Game ne fait vraiment pas dans la subtilité pour souligner, à partir de là et pendant tout ce premier épisode, l’énorme différence de statut entre Kiko et les autres mères de l’école Shizuku. La série expose sans vergogne les signes extérieurs de richesse (et de pauvreté), tout en utilisant un personnage pour expliciter ce qui ne peut être simplement montré efficacement pendant la scène de la rentrée des classes ; Kiko a en effet retrouvé une vieille amie, Yuki, qui vient elle aussi de la classe moyenne, sauf que, son mari étant fonctionnaire, elle a réussi à enrôler sa petite fille dans cette école très prisée. Bon, Yuki essaye justement de ne pas être prise en flagrant délit de pauvreté, et essaye de ne pas être vue avec Kiko, mais ça nous laisse suffisamment de temps pour être introduits aux bases de la micro-société de Shizuku.

L’endroit tourne essentiellement autour de trois femmes, qui sont (et ce n’est pas un hasard) les trois mères de famille les plus riches de l’établissement. Allons crescendo :
Midori Gotou est la femme d’un publicitaire (la pauvre !), qui travaillait également dans sa prestigieuse agence avant de se marier et de consacrer toute sa vie à leur fille. Satoko Yano est, avec son jeune fils, l’une des plus ancienne habituées de l’école, puisque ses deux filles aînées ont déjà fréquenté l’endroit ; elle est d’origine modeste et a été infirmière avant d’épouser l’héritier d’une clinique privée très cossue. Enfin, Marie Odadera est au sommet de la chaîne alimentaire ; l’héritière d’une dynastie immobilière, l’épouse d’un entrepreneur d’hôtellerie, elle est aussi la nièce d’un chef de parti du Parlement, et gagne plus d’argent en se faisant les ongles que vous en toute une vie ; par-dessus le marché, son fils est le meilleur élève de Shizuku.
Ne pas être dans les bonnes grâces de ces trois femmes revient à signer un arrêt de mort social, et on dit que quiconque leur déplaît est renvoyé de l’école. Mais pas de pression, hein.

MotherGame-650Les mères de Mother Game et leur plus grande richesse : la carte de scolarité de leurs enfants.

Kiko va-t-elle réussir à s’intégrer ? Bah en fait Mother Game ne pose pas longtemps la question. La raison pour laquelle la directrice de l’établissement a décidé de l’inclure, en dépit du fait qu’elle dénote dans le paysage (y compris littéralement puisque Kiko n’est pas au courant du code vestimentaire implicite et se pointe en parka rose bonbon), est qu’en réalité, Mme Naraoka veut précisément que cette femme rappelle à un peu d’humilité les mères de famille de Shizuku. Quand elle a vu Kiko péter un câble face aux services publics de son district, elle a senti quelque chose de simple : cette mère n’est pas du genre à rentrer dans le rang, elle va foutre le feu à l’établissement avant de plier devant l’ego des autres mères de famille.

Et Mme Naraoka a raison. Si par plusieurs aspects, le sort de Kiko ressemble à celui de Koharu dans Woman (vous ne comprenez pas cette référence ? Vous êtes dans le tort le plus total), en revanche, niveau personnalité, c’est le jour et la nuit. Certes la jeune femme est attentive aux besoins et souhaits de son fils (et il s’avère qu’il adooore sa nouvelle école maternelle), est dure à la tâche, regarde à la dépense et cette sorte de choses, mais elle a un tempérament beaucoup moins introverti et soumis. Pas question pour elle de laisser « le sort » lui tomber dessus, elle est du genre à râler, rouspéter, voire même devenir méchamment furax si les circonstances s’y prêtent. Et ça fait un bien fou ! Kiko ne s’excuse pas de sa situation, ne cherche même pas à l’expliquer non plus (notamment vis-à-vis des sous-entendus lourds des autres mères sur sa condition de mère célibataire), elle fait de son mieux et ça devrait être suffisant. On la verra ainsi, dans un premier temps, essayer de plaire aux autres femmes, avant de réaliser qu’elle sera elle-même, un point c’est tout, à prendre ou à laisser.

Mother Game s’en sort plutôt bien avec son intrigue (quand bien même elle rappelle à plusieurs moments Namae wo Nakushita Megami), parce que bien que racontant des rivalités mesquines, elle le fait avec un certain recul. Dés les premiers signes de harcèlement, Kiko va grommeler un « c’est tout droit tiré d’un manga pour filles des années 80 » avec un air plus agacé que touché ; l’interprétation de Fumino Kimura inclut aussi des regards exaspérés, des soupirs pas dupes, et toutes sortes de façons de montrer que derrière la surprise du personnage devant certaines pratiques, il y a une part d’incrédulité devant le ridicule et l’excès.
Sur le ton, Mother Game gère un peu moins bien. Le premier épisode oscille entre de très bons moments, sobres et bien gérés, et d’autres plus grossiers, avec musique lourdingue, acteurs poussés pour en faire trop, et réalisation sans finesse. C’est très dommage car ces excès, qui sont plutôt l’apanage des comédies japonaises en général (et qui explique que je regarde de moins en moins de comédies japonaises, au passage), tendent à gâcher un peu la dimension dramatique de Mother Game, qui pourtant ne manque pas de potentiel dans ce domaine.

Ainsi, loin de suivre uniquement Kiko, on va aussi, vers la fin de l’épisode, entrer dans l’intimité des autres femmes de la société de Shizuku. Qui évidemment n’est pas rose : Yuki qui compte le moindre sou pour pouvoir continuer à exister dans le monde onéreux de l’école ; Midori qui semble vivre un mariage difficile voire même abusif et qui est une femme terriblement seule ; Sadako qui est maltraitée par sa belle-mère dans l’indifférence totale de son mari ; quant à Marie, quel est son secret à la clinique ? Il se passe plein de petites choses en toile de fond de Mother Game ; beaucoup de ces petites choses rappellent d’ailleurs que les hommes aussi existent dans l’univers de la série : un mystérieux client pour Kiko (même si je suis sûre qu’on va nous révéler qu’il est quelqu’un de suprêmement important, voire même le mari de Marie), un grand-père qui essaye de faire de son mieux pour épauler Kiko, un prof de sport ancien footballer qui se prend d’affection pour l’une des Mother Gamers, le fils de Mme Naraoka qui est enseignant à l’école… Plein de petites histoires ont du potentiel. Et évidemment, il y a le fait que Kiko n’est pas l’héroïne de Woman pour une autre raison, qui nous est dévoilée en fin d’épisode.
Entre les moments de jouissance pure (vas-y Kiko, dis leur quatre vérités à ces riches pestes !), les moments tendres (les scènes entre Kiko et Haruto sont jolies, même si elles manquent encore parfois de substance ; de ce côté-là la comparaison avec Woman est cruelle), et les storylines individuelles, permettent vraiment de passer un bon moment. Il n’y a pas beaucoup de suspense sur le fait que Kiko va finir par venir à bout des plus retorses mères de Mother Game, mais qu’importe !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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