You wanted the truth

19 octobre 2015 à 11:26

Di. Ver. Si. Té.
Si vous aviez trouvé le moyen de l’ignorer, c’est LE mot-clé de 2015 à la télévision américaine. En cet automne, plein de séries tentent de s’engouffrer dans la brèche et c’est une super nouvelle pour tous ces acteurs que des séries plus classiques à la Life in Pieces n’auraient jamais embauchés… mais ça ne signifie pas que toutes les tentatives sont heureuses. L’avantage c’est que comme son nom l’indique, ce mouvement apporte une grande diversité de séries, et donc de tons, et qu’il y a donc, comme rarement voire jamais auparavant, énormément de choix, y compris sur les principaux networks et pas juste sur BET ou VH1. Certaines séries se contentent d’un cast estampillé « diversité », à l’instar de Quantico ; d’autres ont le désir de mettre sur la table des questions raciales, et c’est précisément ce que fait Truth Be Told, qui a commencé en fin de semaine dernière sur NBC.

Le principe est de prendre un sitcom à la formule usée jusqu’à la corde (de jeunes trentenaires, des couples, des discussions sans fin sur un canapé ou au resto…) mais d’y injecter des discussions moins classiques que la plupart des autres comédies basées sur ces mêmes ingrédients, ou en tous cas de reléguer les sujets clichés au second plan.
Dans Truth Be Told, l’un de ces couples est noir, et l’autre interracial, ce qui fait qu’un seul de ses personnages principaux est blanc, se trouvant ainsi dans une position idéale pour écouter ses proches sur les sujets qui les touchent. Voilà qui ne l’empêche nullement de continuer à sortir des maladresses et à accumuler des faux-pas (sérieusement, mec, le N word ?!), mais c’est ce qui fournit précisément à la série du matériel pour orienter ses intrigues, ses dialogues, et ses gags.

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Voilà donc ça, c’est sur le principe.
Dans les faits, Truth Be Told est une tentative poussive de capitaliser sur la vague de « diversité » des derniers mois, et où l’opportunisme est trop évident pour être ignoré. D’une certaine façon c’est positif que ces deux couples aient des sujets de conversations flirtant avec le politique ou le sociétal, plutôt que des intrigues navrantes sur les mêmes éternels sujets superficiels. On a tous grandi devant Friends, dont le sujet essentiel pour ne pas dire unique était la vie amoureuse des personnages, avec parfois des intrigues sur le boulot (dont certaines devenaient des intrigues amoureuses ou se liaient aux relations amoureuses déjà en place, hello Mark). Ici on sent que les personnages de la série ont déjà ouvert le journal une ou deux fois dans leur vie et ça fait déjà un bien inouï. Sauf que ce n’est pas assez.
A trop vouloir démontrer qu’elle a la volonté de parler de relations raciales, Truth Be Told oublie qu’elle a quand même aussi pour vocation d’être une série, une comédie qui plus est, et pas simplement une demande d’autorisation d’émettre. On n’a pas le sentiment que les gens derrière Truth Be Told (DJ Nash en tête) se soient posé la question de ce qu’ils allaient dire et comment, tout en faisant de la télévision ; on a l’impression que leur soucis premier était de vendre de la télévision. Et ouais, c’est cool, les gars, ‘zavez compris le Zeitgeist et vous avez convaincu un network, on est content pour vous, mais on se fait méchamment chier devant le résultat. Il n’y a pas de réflexion derrière la démarche, il y a juste l’envie de se faufiler à travers l’entrebâillement de la porte « diversité ».
Le problème c’est que ne pas réfléchir à ce qu’on va dire quand on se promet d’aborder des sujets de société est un peu ennuyeux dans la mesure où c’est un peu ce qu’on attend d’une série dont c’est l’essentiel du pitch.

Il y a moyen de faire de l’humour autour des problématiques raciales de l’Amérique, et des fictions comme Black-ish (pas ma came, mais je reconnais qu’elle a du culot), Fresh Off the Boat, la regrettée Cristela, ou plus loin des networks, Survivor’s Remorse, s’en tirent très bien à jongler entre comédie d’un côté, et propos de l’autre. Ce n’est pas une équation impossible, mais voilà, il faut un peu plus que le sens du commerce et une bonne dose d’opportunisme pour faire ce genre d’acrobaties. A force de montrer patte blanche, Truth Be Told perd totalement de vue son objectif d’humour, et se rabat donc sur des blagues stéréotypées qui vont à l’encontre de sa mission première, au mieux. On la voit aussi tomber dans d’autres écueils (notamment en essentialisant les rapports hommes-femmes), et sortir des gags sexistes, tout bonnement parce que Truth Be Told parle sans réfléchir et a 25 minutes à meubler.

Truth Be Told me rappelle ces hommes qui entendent les femmes autour d’eux parler de féminisme, qui du coup se proclament féministes eux-mêmes, et qui pour finir se contentent d’ânonner ce qu’ils ont lu sur internet sans apporter quoi que ce soit à la conversation, et certainement pas en ayant la décence de laisser parler celles qui ont vraiment besoin de s’exprimer dans ladite conversation. A la fin de la journée, on n’a pas envie de demander son avis à Truth Be Told sur quoi que ce soit, on n’a pas envie d’assister à plusieurs minutes de blagues à partir d’actrice porno, on veut juste qu’elle se taise et qu’elle laisse parler les adultes.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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