These are my people

12 décembre 2015 à 19:49

Ce n’est pas en décembre qu’on s’attend à se prendre un coup de cœur comédie en plein visage, et pourtant. Avec le démarrage de Superstore sur NBC, me voilà complètement conquise en moins d’une demi-heure.

La raison ? D’abord, ça fait des années que je vous dis combien j’ai envie qu’on arrête de parler de de médecins, d’avocats, de politiciens ou même d’architectes (quand ce ne sont pas des policiers… qui semblent d’ailleurs n’expérimenter aucun problème de paie !), pour s’arrêter sur des classes sociales moins favorisées. Rares sont les séries qui s’y risquent, et plus encore, rares sont celles qui le font sans ridiculiser leurs personnages ou leur situation (ne me parlez donc pas de 2 Broke Girls). Pourtant, des séries comme Roseanne, Une maman formidable, Malcolm, Raising Hope ou plus récemment Mom, ont montré que c’était possible de parler des problèmes des « petits » avec intelligence ET humour, sans que pour autant le public ne s’en détourne.
Alors d’accord, en près de trois décennies depuis que les Conner sont apparus, le visage de l’Amérique « blue collar » a changé ; mais elle existe toujours sous une forme ou une autre, et à regarder la télévision, parfois on en douterait. Aussi, quand des séries s’essayent, tant bien que mal (je pense à la malheureuse Working Class par exemple, voire à la trop courte Cristela), à nous parler de ceux qui rament, j’ai toujours envie de tendre l’oreille… et il s’avère que je suis rarement déçue.

En se déroulant dans un des temples de la consommation américaine qui sert aussi de nid à jobs pourris, c’est-à-dire une grande surface similaire à Walmart, Superstore parvient à aller là où si peu osent. La série s’attarde sur des personnages qui n’ont pas grand’chose pour eux professionnellement, et qui le savent pertinemment.
C’est d’ailleurs là l’apanage des meilleures séries sur les travailleurs modestes : tous rares qu’ils puissent être à l’heure de So Much TV, ces personnages sont d’une intelligence aiguë quant à leur condition, contredisant les stéréotypes de classe. Dans Superstore, une grande partie de ce qui caractérise les personnages centraux repose justement sur cette conscience douloureuse que peut-être ils auraient mérité mieux, mais que les dés sont jetés de suffisamment longue date pour que les espoirs de changement soient infimes.

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A vrai dire, cette lucidité quant à leurs conditions de travail et/ou leur style de vie est également ce qui fait la beauté de Superstore, parce qu’elle participe à une thématique plus large : chacun des personnages cherche simplement un sens à sa vie. Pas simplement du point de vue d’un statut social, mais bien parce qu’ils cherchent à exister pleinement. Qu’ils cherchent l’amour, veuillent fonder une famille, ou s’absorbent soudain dans des considérations plus abstraites, tous les personnages de Superstore veulent trouver quelque chose qui puisse les animer. Bien qu’étant une comédie, Superstore interroge dés son pilote cette ambition de pursuit of happiness avec les moyens du bord (c’est assez clair vu l’identité visuelle du magasin, qui d’ailleurs s’appelle Cloud 9 ; plus évident, ça sera difficile). La série pose d’emblée sa question dans le cadre d’une société de consommation qui vit de phénomènes vides de sens, où cette recherche du bonheur est à la fois exacerbée et impossible. Parce que même quand on empile des rouleaux de papier absorbant pour un salaire de merde, on a quand même le droit de vouloir exister, ressentir, vibrer. Même quand on travaille pour the Man, on a envie de se sentir humain, tout simplement. C’est difficile de ne pas être charmé par pareille démarche.

Mais malgré ces thématiques, qui personnellement me parlent en plus de me ravir téléphagiquement, Superstore n’oublie jamais d’être hilarante. Entre ses intrigues, elle intercale des petites vignettes totalement absurdes sur les excès de ces supermarchés cheap ; et on les a toutes vues, ces photos improbables de clients de Walmart venant en pyjama (voire pire), se déplaçant d’un rayon à l’autre en siège motorisé, ou se servant du magasin comme d’un salon complémentaire.
C’est en revanche totalement caricatural, pour le coup, mais voir un bébé chier dans un pot en plein milieu d’une allée, ou des clients de battre à coup de caddie-bélier, donne à Superstore une touche décalée qui m’a un peu rappelée celle de Better Off Ted, où l’on combattait le vain par l’absurde.

J’ai fini le pilote de Superstore avec le sourire aux lèvres et peut-être, mais je le nierai si vous me le demandez, les yeux un peu humides. Vous l’aurez compris, je pense devenir une cliente régulière.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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