One episode at a time

27 décembre 2015 à 23:41

Trigger warning : suicide, dépression, alcoolisme.

En 2001, j’ai tenté de mourir. Ce n’était pas la première fois que j’envisageais la mort, mais c’était la première fois que j’essayais de la faire venir. Je ne comprenais pas comment j’étais supposée faire face à tout ce qui m’ensevelissait. Il semblait hautement improbable que ce qui me blessait cesse de faire mal un jour ; au mieux la douleur évoluerait, mais je ne pensais pas que quoi que ce soit la fasse disparaître. Dans les semaines précédant ma tentative de suicide, je passais mes soirées à regarder des séries que, époque pré-connexion internet oblige, j’obtenais en les enregistrant moi-même, ou en mobilisant une armée de gens ayant un abonnement câble/satellite à enregistrer pour moi, à l’aveugle. Mon crédo de l’époque, « voir au moins un épisode de chaque série (si possible le pilote) », mobilisait la dernière de mes énergies. C’était la seule chose capable de me motiver à quoi que ce soit.
Un soir, je suis tombée sur un épisode de Rude Awakening. C’était le premier épisode qui me tombait sous les yeux, mais pas le premier épisode de la série. Dans cet épisode, l’héroïne alcoolique, qui fête son anniversaire catastrophique avec une famille dysfonctionnelle qui a joué un grand rôle dans son recours à la boisson, passe une soirée épouvantable chez ses parents, à peine aidée par sa meilleure amie, amenée en soutien mais elle-même trop occupée à replonger dans la drogue. L’épisode s’achève alors que finalement l’héroïne, fourbue, arrive au café qui sert de QG à ses réunions d’Addicted Anonymous, où elle une fête surprise l’attend : les alcooliques et drogués sur son parcours de sobriété, eux, ont sincèrement pensé à elle. Leur dysfonction (ils ont mangé le gâteau avant qu’elle n’arrive) ne change rien au fait qu’ils ont son véritable intérêt à cœur (c’était son gâteau préféré, dont sa propre mère ne se souvient jamais). Je suis irrémédiablement tombée amoureuse de Rude Awakening, et ait gardé la série chevillé au corps, comme les tags au bas de cette review en attestent.

Depuis lors, la série m’a toujours accompagnée. Dans les jours de profusion (ma mère a eu pour tâche de m’enregistrer tous les épisodes le dimanche soir sur Jimmy), dans les complications à la voir intégralement (ce qui n’est arrivé que tardivement, en 2010, grâce à la beauté du téléchargement illégal, à ce jour seul moyen de voir les saisons 2 et 3), dans les amitiés forgées grâce à la série et dans les revisionnages intenses qui ont suivi, Rude Awakening est restée l’une de ces séries importantes, qui en fait ne comptent pas tant parce qu’elles sont des séries, que parce qu’elles ont influé personnellement sur soi. Je ne suis moi-même pas alcoolique, mais depuis bientôt 15 ans, je reste convaincue que la dépression est très similaire à l’alcoolisme. On peut devenir sobre, on reste alcoolique à vie, et il faut chaque jour faire ce qu’il faut pour que cette sobriété dure. Lorsqu’on échoue, tout le processus est à reprendre à zéro, pas à pas. Cela prend toute une vie de ne plus sombrer dans l’alcoolisme. Je suis également convaincue que ce sera le travail de toute ma vie de ne plus sombrer dans la dépression. Et que les risques de rechute jalonneront mon existence jusqu’à sa fin, que, si j’ai de la chance, je ne précipiterai pas.

A l’instar du tout premier épisode de la série que j’aie vu, ce qui m’avait touchée dans Rude Awakening, c’était cette histoire mêlée d’une femme tentant de se reconstruire, et de groupes d’autres personnes faisant de même qui l’accueillaient à bras ouverts. Le concept de groupe de parole m’attire depuis lors, bien que je n’aie jamais osé franchir le pas. Je suis fascinée par les dynamiques d’entraide qu’il sous-entend. Par la façon dont des personnes qui vivent le même défi (être toute leur vie des alcooliques, mais ne pas céder à l’alcoolisme aujourd’hui) sont capables de parfois aider les autres mieux qu’elles-mêmes.
S’en est suivie une longue fascination pour ces deux thèmes : l’addiction (et j’ai déjà pu vous parler de séries comme Une Maman Formidable, The Cleaner… et dans une moindre mesure Mom, que je suis assez régulièrement mais dont je parle peu), et les groupes de parole, ces derniers pouvant parfois concerner d’autres sujets comme la nourriture ou le suicide (et une fois de plus j’ai pu vous parler de séries comme Starved, Go On ou Gravity que je vais évidemment vous rementionner bientôt). Et vraiment, comment ne pas être attirée par la force d’un tel groupe ? Quiconque a partagé une expérience difficile avec des inconnus, et les a vus apporter leur réconfort et leur aide, ne serait-ce que via des réseaux sociaux, sait combien un tel système est précieux.

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Où l’on en vient, finalement, à mon objet du jour : Recovery Road. Et à ce stade vous aurez compris ce qui m’a séduite dans la série, où l’on trouve justement les deux thèmes : celui de la quête de sobriété (chez une adolescente de 14 ans qui plus est), et celui de la solidarité avec des inconnus, Recovery Road mettant en scène, entre autres, un groupe de parole. Ce que je vais dire ne sera donc un mystère pour personne : en l’espace d’un pilote, Recovery Road se hisse en haut de mes priorités télévisuelles de ce début d’année 2016, instantanément.

Ce n’est pas que ce premier épisode soit parfait (il fait par exemple un travail assez médiocre pour expliquer ce qu’est, ou n’est pas, l’addiction à/de son héroïne), mais il recèle en tous cas tous les ingrédients pour que Recovery Road réussisse. Il a ce doigté nécessaire au sujet, mais sans se prendre au sérieux (quelques unes des séries les plus réussies sur le sujet sont après tout des comédies ou dramédies). Il dépeint posément les difficultés d’un parcours d’amélioration personnelle, après avoir chuté et alors que tant d’autres occasions de le faire se dressent sur le chemin. Et avec un sens du rythme, quelques idées ingénieuses comme les différents stades du deuil en début d’épisode, et une certaine idée du teen drama intelligent, Recovery Road couvre toutes les bases pour parvenir à son objectif avec finesse, mais sans paternalisme excessif.

Cela reste un divertissement. Toutes les séries en sont. Mais c’est, je crois, le genre de divertissement qui est à même d’aller trouver devant leur écran de jeunes téléphages qui ont besoin d’une série pour leur parler d’eux-mêmes, intimement, et de les accompagner, de façon littérale ou métaphorique, dans un parcours de guérison. Un jour à la fois, ou plutôt un épisode à la fois.
Il suffit à vrai dire d’un seul spectateur pour que la série ait totalement rempli son objectif. Si une série peut sauver un téléphage, vu le nombre de séries qu’il y a là-dehors, il y a de l’espoir. Et je refuse de croire que quiconque puisse rester de marbre devant une série capable de cela.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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