In sickness and in health

29 décembre 2015 à 17:09

Vous la sentez la confiance ? Vous la sentez bien ? Reprenons : une série à l’origine titrée The Frankenstein Code, puis renommée Lookinglass, et finalement diffusée quelques semaines plus tard sous le titre (ignoblement bateau) de Second Chance, on ne peut pas dire que ça respire la sérénité. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour FOX, ça veut clairement dire beaucoup. Enfin bon, ça y est, nous y voilà, on devrait avoir enfin la version définitive de l’identité de la série, qui semble tenter de prendre ses distances chaque fois un peu plus avec des références littéraires. Après tout ce remue-méninges d’exécutifs, il reste donc une série… une série qui ma foi, devrait pourtant remplir FOX de confiance. Moi en tous cas, je me suis beaucoup moins inquiète pour la qualité de The Frankenstein Code Lookinglass Second Chance maintenant que j’ai vu son premier épisode. J’ai même envie de dire que pour le moment, ça vaut le coup d’œil.

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Jimmy Pritchard arrive, à 75 ans, au terme d’une vie bien compliquée et riche en déceptions : il a dû démissionner de son poste de shérif suite à une sombre affaire de corruption très médiatisée, et tout ça pour retrouver quoi ? Une famille dont il n’a jamais été proche, avec deux enfants Duval et Helen (désormais adultes et amers) qu’il n’a pour ainsi dire pas vus grandir. Il a également une petite-fille, Gracie, mais même s’ils sont plutôt complices, ils ont rarement des occasions de passer du temps ensemble. Résultat : Pritchard passe sa retraite forcée dans son appartement (on a dû vendre la maison familiale lorsque son épouse est décédée), entouré d’alcool, de clopes, de vielles chansons, et de… hm… prestataires féminines de services de compagnie. Et après on se demande pourquoi je préfèrerais mourir jeune.
Un soir qu’il cherche quelque chose chez son fils, qui a gardé quelques affaires chez lui suite au déménagement, Pritchard tombe sur des intrus qui se sont glissés sur place. Ce n’est toutefois pas un cambriolage : les intrus sont en train de fouiller dans le bureau de Duval. Pas franchement la télé ou l’argenterie. Or, en surprenant ces fouineurs sur le fait, Jimmy Pritchard a signé son arrêt de mort : ils le balancent du haut d’un pont pour faire croire à un suicide, ce qui, vu la situation de Pritchard, n’est pas exactement étonnant.

Jusque là ça va. C’est au réveil que les choses sont différentes. Car oui, Jimmy Pritchard se réveille, ramené à la vie par une technologie innovante et pour l’instant inconnue du grand public, mise au point par Otto et Mary Goodwin. Les frère et sœur Goodwin sont des jumeaux mais surtout des stars des nouvelles technologies : ils ont créé un outil numérique et réseau social utilisé par 1 milliard de personnes sur la planète, un peu comme si Mark Zuckerberg et Steve Jobs étaient sortis du même utérus. Sauf que Mary, atteinte d’un cancer qu’aucune chimio ne parvient à stopper, a besoin d’un donneur génétique à partir duquel créer un sérum de guérison alternatif. Devinez quoi : Jimmy Pritchard est parfaitement compatible. Les Goodwin l’ont donc ramené à la vie (avec l’aide de leur superordinateur Arthur), mais aussi rajeuni pour qu’il soit au meilleur de sa santé, et qu’il puisse procurer un traitement de la dernière chance à Mary.

Étrangement, Second Chance a beau être tiré par les cheveux et faire assez peu de cas de ses éléments de background scientifiques (comment de génies de l’informatique et du marketing, les Goodwin se sont reconvertis dans l’oncologie : nul ne sait, nul ne l’explique), ce premier épisode fonctionne. Parce qu’au-delà de la mise en situation, Second Chance tout de suite compris que ce qui ferait ou non son succès ne serait pas son côté science-fiction, mais sa base dramatique. Or, de ce point de vue-là, la série fonctionne déjà très bien dans ce premier épisode.
Jimmy veut aider son fils Duval (un agent du FBI), y compris malgré celui-ci ; pour cela Jimmy a besoin d’être en vie, et il ne pose donc plus trop de questions une fois le premier choc passé. De l’autre côté, Otto a besoin que Mary reste en vie, car il est fortement co-dépendant et qu’il possède (même si elles ne sont pas ouvertement qualifiées de telles) des caractéristiques qui le placent sur le spectre de l’autisme. Et pour que Mary reste en vie, il faut que Jimmy reste en vie. Et du coup ces relations qui se mettent en place sont bien plus importantes à détailler que le comment du pourquoi des éléments de guérison de Mary. La technologie qui les entoure (et qui a pour l’essentiel été imaginée par Otto Goodwin) est partie prenante de ce lien : Jimmy a besoin des outils fournis par les richissimes jumeaux pour accomplir ce qu’il a en tête, Otto a besoin de la technologie qu’il a inventée pour maintenir Jimmy en vie (ce dernier a en effet besoin quotidiennement de continuer à recevoir un traitement dans une cuve des Goodwin), et Mary, évidemment, a besoin des soins permis par le sérum fourni par Jimmy.
Quand l’un d’entre eux va bien, tous les trois vont bien. Mais si l’un défaille…

Et justement ce que pose Second Chance très tôt, c’est la possibilité que cette co-dépendance technologique se transforme en co-dépendance émotionnelle. Dans cet étrange triangle, Jimmy et Mary vont se lier physiquement mais aussi spirituellement l’un à l’autre : très vite, elle accepte de lui donner les moyens d’accomplir la tâche qu’il s’est fixée (soit intervenir dans la vie de ses enfants pour compenser ce qu’il n’a pas fait de son vivant). Ensemble, il commencent déjà à accomplir des choses. Et c’est forcément un problème naissant pour Otto, qui jusque là vivait de façon symbiotique avec sa sœur et qui commence, déjà, à ne pas trop apprécier que la créature qu’il a créée soit si proche de celle avec laquelle il est né.

J’espère que Second Chance se donnera l’opportunité de creuser le sujet : c’est une énorme force qui permet, dés le pilote de la série, de dépasser le côté procédural (et ne doutons pas qu’il y aura un aspect procédural, vu que l’affaire sur laquelle Duval bosse dans ce premier épisode est réglée en moins de 45 minutes) pour vraiment obtenir quelque chose de complexe et de potentiellement émouvant. La relation du créateur à sa créature a le potentiel d’être complexe, de poser des enjeux qui dépassent les enjeux prométhéens à cause de l’affection qu’Otto porte à Mary : il ne peut pas simplement se débarrasser de Jimmy si jamais il prend trop de place dans leurs vies, sans quoi il court le risque de perdre sa sœur, avec laquelle il a une relation fusionnelle.
Dans la santé et dans la maladie, les personnages de Second Chance sont liés, probablement à vie (à moins qu’Otto n’imagine une nouvelle porte de sortie). Si la série emploie pleinement le potentiel de cette relation (sans juste la faire virer au « triangle amoureux »), Second Chance pourrait bien être une excellente série. Maintenant il faut juste que FOX sache y croire aussi.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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