Crash

30 décembre 2015 à 15:21

La vie d’Aylin et Selim avait tout pour être parfaite. Leur grande maison, leur adorable fils Ömer, leur noyau soudé de relations… Tout, sauf apparemment la vérité. Et Aylin s’en aperçoit de la plus tragique des façons, lorsque l’avion qui transportait Selim vers l’Allemagne pour un voyage d’affaires s’écrase, et qu’il lui est impossible de rapatrier la dépouille de son époux. Pourquoi ? Parce qu’il ne l’a jamais pris, ce satané avion.

Bon, là, je vous ai fait une fleur en vous résumant la première heure et demie (on est en Turquie) de la série de cette façon. Parce que lorsqu’on est devant le premier épisode de SON, un tel pitch se mérite. Il faut en effet attendre quasiment une heure pour que Selim se dirige vers l’embarquement puis qu’Aylin apprenne la nouvelle du crash de l’avion. Environ 20 minutes de plus sont nécessaires pour découvrir que Selim n’a jamais pris l’avion. Si la patience est une vertu, il n’est pas impossible que regarder un épisode de SON suffise à se faire canoniser.

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Cela ne veut pas dire que ce épisode introductif soit ennuyeux, bien au contraire. Mais on ne pourra pas reprocher à SON une mise en place expéditive au nom du suspense, ah ça non ! On a tout le temps d’obtenir de nombreux détails sur la situation d’Aylin et Selim : non seulement leur bonheur en tant que couple parfait auquel tout réussit, mais aussi le tissage de leurs relations à leur entourage.
Selim est en effet un orphelin qui, alors qu’il n’était haut que comme trois pommes, est devenu le seul survivant d’un accident de voiture. Il a alors été recueilli par le père d’Ali et Halil, à côté desquels il a grandi pendant ces 30 dernières années. Selim et Halil, qui ont environ le même âge, se considèrent comme des frères ; l’épisode s’épanche un peu moins sur l’étiquetage de la relation de Selim à Ali, mais établit que malgré la différence d’âge de près de 2 décennies, ils n’en sont pas moins proches. D’ailleurs, après le mariage de Selim et Aylin, celle-ci est devenue la partenaire professionnelle de Halil, et tous deux gèrent un prestigieux cabinet d’architecture. C’est vous dire si tout le monde est proche de tout le monde dans cette famille.
Dans ce maillage, SON prend aussi le temps de placer quelques pièces rapportées, comme Feride, la femme d’Ali, une épouse très aimante mais un peu anxieuse, et surtout Alev, l’épouse de Halil, et qui semble souffrir d’une dépression que la consommation d’alcool ne peut pas être en train d’arranger. Après l’échec de leur thérapie de couple, Halil semble d’ailleurs sur le point de quitter sa femme pour de bon.

Si les relations tiennent une place si importante dans ce premier épisode, on ne peut pas dire que SON soit totalement soapesque à ce stade. L’idée est plutôt de décrire une certaine vision de la normalité, et surtout de planter les graines de rebondissements à venir.
Ainsi, Ali est un gradé de la police, qui effectue des rondes de surveillance la nuit (pourquoi ?), et qui actuellement doit participer à une enquête conduite auprès de services de police turcs par la Ligue des droits de l’Homme. Cela pourrait être mineur mais l’un des hommes qui conduit cette enquête n’est, lui, pas anodin. On peut aussi constater que Selim a décidé de mettre les voiles le lendemain de la réception d’un SMS mystérieux par Halil. Rapport ou coïncidence ? Et cette femme dont on ne voit pas le visage mais qui fait surveiller Ömer ? En détaillant la vie de chacun des membres de cette famille étendue, et en discutant l’air de rien du background de chacun (et notamment Selim), SON nous donne ainsi l’opportunité de percevoir de nombreuses nuances dans leur existence, qui ne sont pendant près d’une heure rien d’autre que des nuances, mais qui, à mesure que la disparition de Selim se confirmer, commencent lentement à préfigurer de choses complexes. Là où beaucoup de séries feraient le choix de montrer la normalité, par exemple telle que perçue par Aylin, et ensuite tout casser brutalement pour lui faire découvrir des ingrédients plus ambigus et la voir tomber des nues, ici ambiguïté est introduite très tôt. Simplement, elle n’est pas perçue par la plupart des protagonistes. Ce qui ne signifie pas qu’aucune surprise n’attend Aylin, simplement le scénario prévoit suffisamment à l’avance pour ne pas nous sortir des retournements de situation du néant. C’est plutôt à son honneur.

Pour un thriller, SON ne propose pas un premier épisode à bout de souffle. Sa mise en place lente (qu’on peut forcément mieux se permettre lorsqu’on a des épisodes d’une heure et demie, mais la durée n’est qu’un facteur de ce choix d’approche) et portée sur le dramatique, voire éventuellement le mélodramatique lorsque les émotions sont fortes, plutôt que sur des questions posées immédiatement sur un ton angoissé, avec une volonté de provoquer des effets d’adrénaline. Je ne dis pas que c’est mieux dans l’absolu pour tous les thrillers, mais il est certain que dans le cadre de SON, ça marche bien, et que ça lui permet en outre d’éviter tout effet d’emballement, et de limiter l’hystérie telle que je vous la décrivais récemment. Donc pour la part, je trouve ça appréciable, même si évidemment le procédé a des limites et que les épisodes suivant devront sûrement faire évoluer les choses un peu plus radicalement ; cela dit, vu la façon dont le premier épisode de SON s’achève (et en fait, sur la façon dont il commence, sa toute première scène se déroulant 9 mois après les faits que je viens de vous décrire), je n’ai pas vraiment de doute à ce sujet.
Mon seul vrai regret la concernant est sa qualité de réalisation, qui ne lui rend pas absolument service. Quand je la compare aux quelques séries turques dont j’ai pu tâter par le passé, comme Uçurum (également un thriller, mais bien plus léché esthétiquement), le drame humain Fatmagül’ün Suçu Ne? (qui partage un côté mélodramatique mais s’appuie sur beaucoup plus de tournages en extérieur), ou la Rolls Royce de la télévision turque, Muhtesem Yüzyil, avec ses décors et ses costumes somptueux et ses efforts de réalisation comme de photographie, franchement, SON déçoit un peu. Cela m’étonne un peu que SVT ait décidé de tremper un orteil dans la fiction turque avec cette série, quand on voit que d’autres de ses compatriotes lui sont supérieures de ce point de vue. Mais cela tendrait aussi à indiquer que la suite de la série possède une écriture suffisamment solide pour que ce point apparaisse comme un détail…

Je m’en serais voulu de finir l’année sans vous parler d’une série turque, que dis-je, de LA série turque étant donné sa popularité internationale, SON ; c’est maintenant chose faite. Vous pouvez d’ailleurs choisir d’y jeter un œil vous-même : il s’avère qu’il est en effet possible désormais de voir le premier épisode avec des sous-titres anglais (certes imparfaits, mais vous savez traduire du Turc, vous !? Voilà), sur Youtube. Bon d’ordinaire vous savez que je ne cautionne pas Youtube, m’enfin, à époque désespérée… c’est un peu Youtube ou habiter en Suède au moment où SVT diffusait SON. En-dehors de ça, pour le moment, peu d’alternatives.
Ou alors vous pouvez aussi attendre de voir le remake français, qui sera peut-être mieux que l’original turc.

Ahaha, je me fais rire toute seule maintenant.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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