Murder party

30 décembre 2015 à 16:29

Huit étrangers se retrouvent sur une île isolée de tout, Soldier Island, où deux domestiques les accueillent dans une superbe villa. Chacun a été invité sous un prétexte différent, et ils ne se connaissent pas ; seuls les domestiques, mariés et présents depuis plusieurs jours sur place, sont évidemment familiers l’un de l’autre. Aucune de ces 10 personnes ne connaît non plus les hôtes, les Owen, qui les ont invités ici.
Leur attente se transforme bien vite en un jeu morbide, lorsque les invités mais aussi les domestiques commencent à mourir un à un.

Se pourrait-il que le poème présent dans chaque pièce de la maison ait un lien avec les évènements ?

AndThenThereWereNone-650

Quand une chaîne britannique décide de diffuser pour Noël une mini-série adaptée du plus populaire roman d’Agatha Christie, on peut difficilement attendre plus qu’un résultat conventionnel. Ici il n’est pas question d’essayer d’adapter l’histoire à un contexte moderne (ce qui aurait donné… euh, eh bien, n’importe lequel des slashers américains de 2015) mais au contraire de jouer la carte du classicisme.
And Then There Were None se déroule donc en 1939, et préserve l’essentiel du roman original. Ce faisant, la mini-série accomplit donc la mission qui lui est fixée sans faire de vagues, sans surprendre, et très franchement sans émouvoir, mais sans faute de goût ni faux-pas non plus. Ce qui semble être l’essentiel. Il se produit dans la mini-série (heureusement limitée à 3 épisodes) tout ce à quoi on s’attend dans les grandes lignes. C’est élégant, les personnages ont la frousse et se demandent ce qui se passe, on les enjoint mentalement à cesser d’ignorer avoir lu le bouquin en 5e, les cadavres s’accumulent, à l’inverse les statuettes disparaissent, bref on ne peut pas dire que ce soit la folie. Mais si on accepte de jouer gentillement le jeu, And Then There Were None parvient à divertir, à essayer de proposer une lecture à la fois fidèle et moderne de l’intrigue, et surtout à donner l’occasion à plusieurs des acteurs d’offrir d’excellentes performances. Ce qui est, très franchement, la vraie raison pour laquelle j’ai regardé la mini-série de bout en bout (ça, et les décors, parce que cette villa est superbe).

J’ai juste trouvé la chute un peu abrupte, mais j’imagine qu’Orient Kyuukou Satsujin Jiken m’avait trop gâtée au début de l’année. A moins qu’il ait manqué quelque chose à mon fichier (ce qui n’est jamais totalement à exclure), And Then There Were None s’achève en effet avec la mort du dernier convive, sans s’embarrasser d’explications sur le mode opératoire du tueur (il faut dire que certaines des mesures mineures prises par le coupable pour réunir les invités ont été détaillées dés le début de la mini-série). N’attendez pas de la mini-série qu’elle vous explique comment le tueur a réussi à éliminer ses victimes une à une sans éveiller de soupçons.
En un sens, And Then There Were None préserve ce secret comme elle le ferait pour des tours de magie : avec une bonne intention. Il s’agit ici de s’arrêter sur le côté morbide et dévastateur de cette boucherie permanente, d’insister sur la tragédie qui s’est jouée sur Soldier Island et de mettre en avant son conte moraliste pervers. Mais pour les amateurs de mystères, ce sera en revanche la déception : la mini-série se refuse non seulement à montrer les meurtres être commis, mais aussi à remonter dans le temps pour décrire comment le tueur a retrouvé toutes ces personnes différentes, comment il a pu déterminer le point commun qui unissait ces étrangers, et comment il a mis en place son stratagème. Bref, ce qui donne au macabre un vernis patiné : l’épilogue final du roman.
En l’absence, il reste donc un décompte inexorable vers la mort, un étau qui se resserre tranquillement, et des personnages pris à la gorge (sans jeu de mot). C’est déjà pas si mal.

En fait, permettez que j’amende mon titre : And Then There Were None n’est pas une simple murder party : c’est la mother of all murder parties. Son manque de surprises et d’émotions fortes est donc compréhensible, voire recherché. Et ce n’est pas comme si le genre était spécialiste de la surprise autre que le jump scare après tout. Mais on n’y vient pas pour ça !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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