Boomtown

19 janvier 2016 à 15:08

Il y a quelques mois, je vous proposais, lors d’une semaine thématique, une introduction à l’histoire du western à la télévision américaine. On avait eu l’occasion d’y noter que plus de 200 westerns étaient nés sur les télévisions étasuniennes, ce qui est après tout bien naturel puisque c’est sur ces terres que le genre est né, et qu’il est directement lié à l’Histoire du pays.
…Ce qui ne veut pas dire que le genre soit limité à la télévision US ; rien que ces cinq dernières années, on a pu voir des tentatives aussi diverses que Wild Boys en Australie, Tierra de Lobos en Espagne, Strange Empire au Canada, Templeton en France ; même la Corée du Sud s’y est frottée avec Chuno, une série notoirement hybride mais qui ne cachait pas son inspiration. Bref il y aurait long à dire sur les westerns non-étasuniens, qui (bien qu’ils ne soient probablement pas 200, tous pays cumulés !) montrent que le genre a été adopté par bien des télévisions de la planète, mais aussi adapté aux circonstances locales.

Un nouvel exemple de la versatilité géographique du western est Jericho, lancée ce mois-ci par ITV. Plusieurs des éléments-clé du genre s’y trouvent, à commencer bien-sûr par l’époque (seconde moitié du 19e siècle), mais aussi la migration pour raison financières, des conditions de travail difficiles, et l’incontournable chemin de fer ; ces ingrédients sont appuyés par des décisions esthétiques et musicales ne laissant aucun doute sur le fait que Jericho est un western.

Jericho-UK-2016-650

A la mort de son époux, Annie Quaintain, criblée de dettes, est contrainte de vendre toutes les possessions de sa famille, y compris la maison où ont grandi ses deux enfants Martha et George. Tous les trois prennent donc la route afin d’aller gagner leur vie quelque part, et finissent sur le chantier de construction du viaduc de Culverdale, au beau milieu de nulle part. Aux pieds du chantier, des cabanes, des tentes et des bars constituent la petite ville de Jericho, sortie de terre uniquement le temps de bâtir le viaduc. Annie décide de louer l’une des cabanes et d’y tenir un gîte où accueillir les ouvriers de passage sur le chantier pour quelques pièces par semaine.
Comme beaucoup d’héroïnes de western avant elle, Annie ne connaît rien des réalités de l’univers où elle atterrit. Sans être nécessairement d’extraction aussi aisée que Dr Mickaela Quinn ou Elizabeth Thatcher, elle a en tous cas connu une vie plutôt protégée jusque là ; elle va devoir s’adapter très vite, mais comme elle se caractérise par une volonté en acier trempé, la transition est assez rapide.

L’objet de Jericho n’est de toute façon pas vraiment de chroniquer simplement comment elle va s’adapter à ce nouveau style de vie. La série utilise plutôt ce personnage pour intégrer doucement l’univers brutal du chantier. Ce monde très masculin, où tout le monde vit dans des conditions difficiles et travaille dur pour une bouchée de pain, est ainsi d’une grande violence. Le premier épisode va ainsi s’orienter vers un conflit extérieur à la nouvelle vie d’Annie.
Un nouveau sur le chantier, Johnny Jackson, va ainsi causer un désagrément à un ouvrier plus ancien surnommé Red ; ce dernier, pris en flagrant délit d’éthylisme pendant le travail à cause de Jackson, est sanctionné par son chef qui lui retire une journée de solde. Son désir de vengeance le pousse dés lors à immédiatement envisager de tuer Jackson, ce qui aura pour conséquence d’abord de faire virer Red, puis de pousser celui-ci à saboter le chantier avec un baril de poudre. L’explosion qui en résulte va bien au-delà de changer la vie d’Annie (quoiqu’évidemment elle ait des retombées sur elle et les siens). C’est toute Jericho qui s’en retrouve déstabilisée. Dans ce chaos va émerger un nouveau chef de chantier, Ralph Coates, un Afro-américain récemment arrivé en ville et qui se retrouve maître du destin des ouvriers de la ville.

Pour moi qui aime tant les situations désespérées à la télévision, Jericho est vraiment l’occasion d’un pied phénoménal. L’exode d’Annie et ses enfants au début de l’épisode donne bien le ton, sa découverte progressive de la misère et des conditions de vie difficiles de Jericho forment une introduction parfaite à l’univers de la série. Progressivement, pourtant, le focus se détache d’elle, et la série prend des airs d’ensemble show, et c’est d’autant plus fascinant que tout le monde semble dans la mouise, jusqu’au propriétaire des terres sur lesquelles le viaduc est construit, et qui ne trouve pas d’investisseur pour ce qui lui semble pourtant être un projet plein d’avenir. Jericho est crasseux, sombre et pas spécialement drôle (il n’y a quasiment aucune raison de souffler dans ce premier épisode), et ça aussi, c’est la marque d’un bon western.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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