Dotin boom

29 janvier 2016 à 21:30

Le phénomène des webséries, jusque là marginal en Inde, a vraiment explosé en 2015. Elles sont devenues des alternatives solides à la télévision traditionnelle, offrant des sujets plus diversifiés, et s’autorisant souvent un ton plus détendu : il faut dire que ni la censure ni même l’auto-censure ne peuvent les atteindre. Le résultat, c’est que de véritables phénomènes ont émergé pendant l’an passé.
L’un des exemples les plus frappants est celui d’Y Films : au début de l’automne 2015, ses productions n’affichaient que 18 000 inscrits à leur chaîne Youtube… deux mini-séries plus tard (Man’s World, puis Bang Baaja Baaraat alias « BBB« ), au mois de décembre, la chaîne recensait 2 millions d’inscrits… et avait récolté environ 17 millions de vues en 3 mois. Et c’est pareil pour d’autres chaînes Youtube proposant des webséries indiennes, comme TVF (pour TVF Play, un site de contenus web), ou la chaîne officielle du site ScoopWhoop (un équivalent local de Buzzfeed).

Alors certes, d’ordinaire, les webséries, je n’ai pas trop le temps d’en parler. Et d’ailleurs je ne l’ai pas fait l’an dernier, à en voir mes tags (dommage, j’aurais dû vous dire tout le bien que j’ai pensé d’Umm Abdo Al-Halabiya pendant Séries Mania ; trop tard !). Mais lorsque les chiffres d’Y Films me sont passés sous les yeux, j’ai décidé de me bloquer quelques minutes pour vous parler du phénomène. Et le web indien est très clair à ce sujet, d’ailleurs : il y a CINQ webséries indiennes à ne pas rater !
Ah oui ? Eh bien si c’est comme ça, je reviewe le premier épisode de chacune d’entre elles, et toc !

Baked-300BAKED
– Comédie
– ScoopWhoop

– 1er épisode : 22mn 42
Haris vient d’arriver à Dehli pour poursuivre ses études ; il a pour se loger dégoté une petite colocation dans un minuscule appartement perché sur un toit de la ville, qu’il partage avec deux autres étudiants, Oni et Body. La série démarre le jour de son arrivée, lorsque notre héros provincial débarque dans un univers très décontracté auquel il n’est pas habitué. Après avoir joué un temps sur ce décalage, notamment pendant une longue scène assez prévisible pendant laquelle Haris rencontre la très à l’aise Tara (le coup d’un soir d’un de ses colocs), BAKED prend enfin son envol. Le soir de son arrivée, Haris est réveillé par ses colocataires qui ont ont méchamment la dalle. Or il est 2h du mat, et à 2h du matin à Dehli, il s’avère que tout est fermé. Empilés sur la Vespa de Body, les trois colocataires se lancent à la recherche d’un fast food quelconque ouvert la nuit, mais ni pizza, ni wrap, ni rien de tout cela à l’horizon. L’aventure inclut quelques moments franchement drôles, mais le point d’orgue est atteint lorsque les trois hommes, dont il est désormais acquis qu’ils sont liés par une amitié solide (if food-based), décrètent qu’ils vont créer leur propre service de livraison à domicile nocturne. C’est l’idée du siècle mais il semble aussi très clair que ce n’est pas gagné, entre la naïveté de Haris, l’ego surdimensionné d’Oni et la lenteur d’esprit de Body. Qui plus est, bien que la série n’explicite pas vraiment cet axe, les trois personnages sont également des stoners.

Baked-Vespa-650

BAKED propose une exposition assez lente et convenue, et se détend très progressivement. Je n’ai pas trop accroché au démarrage du premier épisode, et la scène avec Tara est fade, et remplie de longueurs embarrassantes qui ne font rien pour distinguer la série. Il faut vraiment attendre le dernier tiers de l’épisode pour que celui-ci devienne réellement drôle, et libéré de clichés. Il paraît que ça devient encore plus dingue à partir du 3e épisode.
Il faut noter que BAKED n’est pas exactement un projet indépendant : la série a été commandée et co-produite par ScoopWhoop ; à ce titre, et contrairement aux autres webséries dont je parle aujourd’hui, on peut dire qu’elle est un peu plus professionnelle dans son intention.
Sur BAKED, j’avais lu que les internautes indiens appréciaient particulièrement le « parler vrai » qui est si peu vu à la télévision traditionnelle. Mais pas seulement. C’est vrai aussi que lorsqu’on la compare avec les séries plus classiques (en particulier les soaps), on y dit des grossièretés, les personnages fument, leurs pratiques sexuelles sont plus libérées… On sent qu’il y a sur le net, grâce à des séries comme BAKED, une liberté de ton nouvelle pour la fiction indienne. Du coup, pour les novices occidentaux, c’est sûrement plus simple de commencer à regarder des séries indiennes en commençant par une websérie comme BAKED… parce que ça ressemble beaucoup plus à une série occidentale. Ce n’est pas représentatif de ce qui se passe à la télévision indienne, et pour certains ce sera précisément l’intérêt, j’imagine. En tous cas je verrais bien BAKED être montrée en festival, ça doit passer crème.

BangBaajaBaaraat-300Bang Baaja Baaraat
– Comédie romantique
– Y Films
– 1er épisode : 14mn 32
Qu’y a-t-il de plus romantique qu’un mariage fêté dans une destination paradisiaque, au sein d’un hôtel splendide ? Eh bien, par exemple, un truc qui serait pas mal, ce serait que ça se passe bien. Mais pour Pawan et Shahana, ce n’est pas du tout gagné. Le couple, qui s’est rencontré et a décidé de se marier sans aucune intervention parentale, a décidé en effet de convoler dans un hôtel de luxe, en invitant quelques amis, les parents, et c’est tout. A trois jours des noces, c’est donc la rencontre : des futurs beaux-parents avec leur bru et leur gendre, mais aussi des beaux-parents entre eux. Et le mariage idéal en petit comité tourne vite au cauchemar.
Le principe de Bang Baaja Baaraat, en apparence, n’est pas révolutionnaire. La cérémonie de mariage qui tourne mal, ça n’a rien de neuf. Mais dans le contexte de la télévision indienne, la websérie fonctionne parce qu’elle casse totalement les repères du genre, et s’attache à raconter non pas une romance mélodramatique parfaite, mais bien une histoire réaliste et moderne d’un couple de jeunes Indiens tentant un mariage éloigné des traditions.

BangBaajaBaaraat-FuckYou-650

La série démarre ainsi par le couple qui se dit mutuellement « fuck you » pendant la cérémonie de mariage, puis revient trois jours en arrière pour nous montrer Pawan et Shahana au lit en train de s’envoyer en l’air et de parler du mariage à venir. Alors soit, je n’ai pas vu TOUTES les séries indiennes de la création, mais je suis pas convaincue d’y voir beaucoup de sexe pré-marital ! A partir de là, Bang Baaja Baaraat va pourtant continuer sur sa lancée, parce que cette entrée en matière n’est pas simplement faite pour choquer : c’est un vrai manifeste.
En fait la série passe même à la vitesse supérieure pour nous raconter la rencontre du couple… qui s’est passée non pas entre gens bien sous tous rapports, comme pourraient l’espérer leurs parents, mais via une application de rencontre et un coup d’un soir. Ci-gît la fiction romantique indienne, morte brutalement du coup du lapin.
Du coup, même si en l’espèce, la série ne se présente pas comme révolutionnaire, ça reste très sympathique à regarder, parce que le premier épisode (via notamment les parents du futur marié) va constamment rappeler ce qu’un mariage est « supposé être » pour rester honorable et traditionnel. Clairement, le but de Bang Baaja Baaraat est plus de pointer du doigt à quel point elle se contrefout de ces conventions, que de faire dans l’originalité, mais grâce à un excellent sens du montage et deux personnages principaux solidement campés, le résultat reste enlevé et sympathique. Je ne sais pas si le « fuck you » initial est supposé me faire craindre que ce mariage soit voué à l’échec (je soupçonne que ce que Pawan n’a pas encore révélé à ses parents joue aussi un rôle dans cet échec potentiel), personnellement je ne me suis pas inquiétée une seconde, mais quoiqu’il en soit, ça nous promet encore pas mal de rebondissements avant que les noces puissent enfin être célébrées. Et, à défaut d’être pleine de suspense, Bang Baaja Baaraat raconte plutôt bien cette relation moderne qui tente de se dépêtrer avec les traditions des uns et des autres. Du coup, il peut être éclairant d’avoir quelques références culturelles pour comprendre certains gags spécifiques, et surtout la réaction de quelques personnages à des choses en apparence anodines. Cela dit, pour l’essentiel, il me semble que la série est assez facilement compréhensible par des Occidentaux, donc foncez.

MansWorld-300Man’s World
– Comédie
– Y Films

– 1er épisode : 16mn 32
Kiran est un homme comme les autres, et ses journées ressemblent à celles de tant d’autres Indiens comme lui : il se lève, mange son petit-déjeuner, va au travail, tente de draguer… Et plus ses journées se succèdent, plus il a l’impression que l’homme est une catégorie opprimée ; les femmes ont la vie bien plus facile, et qu’elles osent se plaindre du traitement qui leur est fait (ce fichu « féminisme » !) est la dernière des injures à son goût. Un soir que les choses ne se sont pas déroulées parfaitement comme il le souhaitait, et que Megha, la femme qu’il convoite, lui a posé un lapin, il se torche dans un bar avec son meilleur pote et ils ont une énième conversation sur la façon dont les femmes ont tous les avantages à l’heure actuelle. Saoul au dernier degré, il prie sur son balcon que les rôles des hommes et des femmes soient inversés. Et, promis, les hommes n’iront pas se plaindre du manque d’égalité ! Sauf que le lendemain, Kiran se réveille dans un tout autre monde. Un monde où les hommes sont désormais le « sexe faible ». Pour ne rien arranger, il découvre ce jour-là qu’il a… ses règles.

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Bon alors j’avoue, l’idée est simple, mais bon sang que c’est efficace. Man’s World est absolument hilarante, même quand on connaît le pitch et qu’on voit arriver le retournement de situation à des kilomètres. Toute la mise en place du premier épisode est jalonnée d’exemples hyper criants de sexisme ordinaire envers les femmes, et on sent très bien que chaque fois que Kiran hausse les épaules ou maugrée que ya vraiment pas de quoi se plaindre, ça va lui revenir en pleine gueule plus tard. Et ça ne rate pas. J’espère que les épisodes suivants s’autoriseront un peu moins de prévisibilité, mais pour le moment, Man’s World possède un épisode inaugural qui, bien qu’assez classique dans sa démonstration, n’en est pas moins efficace. Il y a un bon sens du rythme, une réalisation solide, et l’acteur principal est excellent (son « whaaaa…?! » m’a fait m’esclaffer à voix haute, vous savez combien de fois ça se produit devant une série ?). En même temps c’est heureux car ce premier épisode manque de seconds rôles…

Pitchers-300Pitchers
– Drama
– TVF (« The Viral Fever »)
– 1er épisode : 39mn 20
Pitchers est ouvertement inspirée de la série américaine Silicon Valley : vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenus. On pourrait aussi la comparer à Halt and Catch Fire si on était obsédé par cette série, mais loin de moi cette pensée. De cette liste, elle est la seule à être un drama de 40 minutes, mais son premier épisode comporte tellement de passages drôles que j’aurais quand même plutôt envie de dire qu’il s’agit d’une dramédie. L’histoire est celle de 4 copains, amis depuis longtemps et ayant une idée de start-up, qui décident un beau jour de se lancer dans l’aventure et de monter leur projet.
Ce qui fait vraiment l’intérêt de Pitchers, c’est le soin que la série apporte à parler de ce qui entoure ce projet ; en fait, du projet en lui-même, je suis bien incapable de vous parler. Ici ce n’est pas l’idée fumeuse qui compte, mais surtout les raisons pour lesquelles les 4 héros décident de se mettre sérieusement à travailler dessus.

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Naveen, par exemple, découvre que celui qui était son mentor à la fac vient de vendre sa propre start-up et s’est fait des burnes en or ; il est plutôt jaloux, parce que lui, de son côté, vient de trimer comme un fou sur un dossier de son entreprise au Brésil, et qu’au dernier moment c’est quelqu’un d’autre qui a été envoyé sur place pour manager l’équipe locale. Dépité, Naveen donne donc sa démission au milieu d’un bar bruyant, au beau milieu de la nuit, comme s’il connaissait « Au revoir, Président« . C’est moins drôle le lendemain matin. Son colocataire Mandal, un exubérant personnage sans grand avenir professionnel, finit par le suivre. C’est plus compliqué pour Jitu, un programmeur qui travaille pour une grande entreprise ; il passe ses journées à compiler, certes avec succès, des lignes de code sans intérêt, et toutes ses journées se ressemblent… mais au moins il est un membre estimé de l’entreprise. Du moins, le pense-t-il. Mais quel avenir même s’il obtient la promotion qui semble lui tendre les bras ? Quant à Yogi, c’est un homme à succès mais qui ne ressent aucun plaisir dans ce qu’il fait, si bien que son seul loisir est de torturer ses subalternes.
Pitchers passe assez rapidement sur certaines situations, mais l’emphase que l’épisode place sur d’autres compense largement. Les scènes (presque totalement silencieuses, d’ailleurs ; Pitchers est la seule de ces 5 séries à s’autoriser des silences) qui montrent le quotidien de Jitu sont d’une incroyable efficacité, par exemple. Ce n’est pas simplement de plans sur la comètes et de rêves plein la tête dont il est question, mais d’un blues professionnel généralisé ; la chute du premier épisode démontre bien, d’ailleurs, combien les espoirs de devenir riches sont moins importants que la perspective de changer de vie. Il y a vraiment quelque chose de cinglant dans la façon qu’a Pitchers de traiter son sujet, le genre de truc qui vous donne l’air de rien une petite boule au ventre et vous fait regarder, dans les jours qui suivent, votre bureau d’un oeil un peu différent. La bombonne à eau dans le couloir. Le micro-ondes de l’étage. Le sourire de fraternisation hypocrite de votre patron. Bref Pitchers n’est peut-être pas la série à regarder si vous n’aviez pas envie de refaire totalement votre CV ! A moins que ce ne soit justement la bonne série, tout est une question de point de vue. En tous cas, la série a beau être jonchée de références à des success stories indiennes (et à la perspective d’une création d’une Silicon Valley à l’indienne), l’universalité fonctionne à plein. Seul problème ? Pour le moment c’est un peu la fête de la saucisse, et hors l’épouse de Jitu (plusieurs fois mentionnée mais pas encore vue à l’écran), les rôles féminins manquent un peu. Pitchers se préparant d’ores et déjà à revenir pour une saison 2, la série a tout le temps d’arranger ça.

PermanentRoommates-300Permanent Roommates
– Comédie romantique
– TVF
– 1er épisode : 14mn 30
Je termine sur Permanent Roommates parce que, du lot, Permanent Roommates est la websérie qui ressemble le plus à une websérie. Et c’est bien normal : elle est en fait la première à être apparue, fin 2014, et la première à avoir suscité l’enthousiasme. Sans elle, les précédentes n’existeraient pas, et le format n’aurait pas été exploité de si diverses façons. Mais elle est, aussi, la plus simpliste du lot.
Après avoir passé les trois dernières années dans une relation amoureuse à distance, Mikesh et Tanya se retrouvent. En fait, Mikesh est à peine descendu de l’avion qui le ramenait des USA, qu’il a déjà proposé à Tanya de l’épouser. Manque de chance, la jeune femme n’est pas super emballée par le concept : trois ans sans se voir, c’est long. Et se marier immédiatement, ça l’effraye forcément un peu. Pourtant, vu qu’elle se montre incapable de l’expliquer à son promis, elle va bien devoir le suivre dans son délire, à plus forte raison parce que Mikesh s’est mis en tête de trouver un appartement où emménager ensemble. Oui, là, aujourd’hui !

PermanentRoommates-OneinaMinion-650

Permanent Roommates n’est pas une simple romance. C’est une histoire d’amour-haine, dans laquelle les deux personnages doivent apprendre à se supporter et, de toute évidence, c’est un peu plus compliqué pour Tanya que pour Mikesh. Le premier épisode, un peu lourd aussi bien dans son exposition que dans son choix d’humour, et tourné avec les moyens du bord, tente de mettre en place une dynamique qui a sûrement besoin d’un peu de temps pour vraiment faire son effet (des extraits ultérieurs que j’ai pu voir semblent aller dans le bon sens, quoique poussivement).
L’objectif de Permanent Roommate, c’est quand même d’obliger ces deux-là à cohabiter et à s’apprécier, et ce, absolument dans cet ordre. Rien de très révolutionnaire en matière de romance, surtout dans un pays où les mariages arrangés représentent encore pas loin de 90% des unions… Ce n’est donc pas l’originalité qui étouffe Permanent Roommates, mais d’un autre côté c’est sûrement cela, aussi, qui a permis la transition vers le web des spectateurs indiens, avant que des offres plus originales ne s’occupent de repousser les limites du média.
Il faut aussi ajouter qu’en tant que première websérie majeure de l’internet indien, Permanent Roommate s’est acoquinée avec le product placement ; la première saison est en effet co-produite avec l’aide de Commonfloor.com, un site d’immobilier dont on peut rapidement voir l’application dans le premier épisode (c’est, si vous voulez mon avis, de l’assez mauvaise pub vu le tour que prend la recherche immobilière de l’épisode, mais passons).
Permanent Roommates revient pour une saison 2, dés le 14 février (of course), avec à en croire le premier trailer, la réalisation comme les gags devraient aller en s’améliorant ; cette fois c’est Ola, une application similaire à Uber, qui sponsorise la série. Des 5 webséries dont je parle aujourd’hui, c’est la seule à le faire aussi ouvertement.

Voilà pour les 5 webséries indiennes qu’il faut absolument connaître, et à propos desquelles toutes mes sources sont absolument unanimes. Certaines, je l’ai dit, sont plus abordables que d’autres par des téléphages novices occidentaux, mais il me semble bon de préciser que Youtube propose pour chacune une option de sous-titrage en anglais. Ce qui fait que, du coup, si vous voulez une excuse pour ne pas tenter au moins l’une d’entre elles, il faudra trouver mieux que la barrière de la langue. Et comme elles sont d’ailleurs toutes les 5 sur Youtube (les séries de TVF atterrissent d’abord sur TVFPlay mais sont ensuite transférées sur le site de streaming favori de la planète), là encore vous manquez d’excuses…
Allez hop, à vos navigateurs, la curiosité n’attend pas !

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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