You can get the woman out of Tasmania, but you can’t get Tasmania out of the woman

18 avril 2016 à 19:00

La Tasmanie. Ses forêts moites. Ses arbres verdoyants. Ses brouillards épais. Ses mites géantes. Ses disparitions inquiétantes. Ses phénomènes… surnaturels ?

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Anna Macy ne les connaît que trop bien, ces lumières étranges qui parfois s’agitent dans les hauteurs de son île natale de Tasmanie. Elles hantent ses cauchemars. Il faut dire que, lorsqu’elle les a vues de près, elle était accompagnée par son amie Gillian… et que c’était la dernière fois qu’elle la voyait. Après la disparition de Gillian, tout est devenu plus terrifiant et plus hostile. Beaucoup d’habitants ont soupçonné qu’Anna soit responsable de la tragédie. Anna a finit par quitter la Tasmanie et elle est aujourd’hui médecin à l’autre bout du monde, dans une clinique londonienne. Mais elle continue d’être hantée par les évènements passés, et ce traumatisme s’exprime de bien insupportable façon.

Si seulement il ne s’agissait que des saignements de nez intempestifs. Si seulement il ne s’agissait que de mauvais souvenirs, ou de cauchemars. Mais non : récemment, Anna a commencé à avoir des absences de plusieurs heures. Des absences pendant lesquelles elle fait des choses qui échappent totalement à son contrôle. Elle a repris l’habitude de vérifier où elle s’est réveillée, et dans quel état ; ce qu’elle note dans un journal sitôt sa conscience retrouvée. Repris l’habitude : Anna avait déjà expérimenté ces troubles après la disparition de Gillian. Pour ne rien arranger, cela lui cause des difficultés croissantes dans sa vie privée et professionnelle. Comment expliquer que pendant quelques heures on a disparu de la circulation, ou qu’au contraire on a traversé la ville pour retourner à l’hôpital… et y danser les claquettes ? Mais cette fois, il ne s’agit plus de quelques heures ; après une absence de trois jours, Anna se réveille dans une voiture plantée en pleine route.
Pas n’importe quelle route. Une route de Tasmanie.

The Kettering Incident a, certes, encore une fois, une disparition à son épicentre. Je vous avoue que je suis à ça de soupçonner que c’est l’épidémie qui nous rayera tous de la carte, cette histoire de séries sur des disparitions. Mais contenez votre agacement assez longtemps pour voir le traitement qu’en fait cette série australienne…

Anna est en proie à une désorientation permanente, à un état cotonneux et à une conscience diminuée. Elle flotte de scène en scène comme un fantôme, essayant de faire sens de ce qu’elle fait là, et de ce à quoi elle assiste. Car oui, les lumières étranges sur la crête d’un mont de Tasmanie sont de retour. Les disparitions vont-elles recommencer ? D’autres ont suivi celle de Gillian, mais restent irrésolues.
Ce qui est saisissant dans The Kettering Incident, c’est la façon dont la série raconte l’expérience décousue d’Anna de sa propre vie. De toute évidence quelque chose la pousse à être là, maintenant. Ce ne sont certainement pas les habitants. Alors quoi ? Les lumières ont-elles une si grande force qu’elles puissent l’attirer en Tasmanie après tout ce temps ? Ou est-ce autre chose ?
La communauté dans laquelle elle se replonge est froide comme un bain de minuit dans les eaux glacées de Tasmanie. Personne ne veut d’elle. Mais l’hostilité ne lui est pas exclusive : le village qu’elle a toujours connu est en pleine mutation, alors que la scierie menace de faire faillite. Il faut dire que des écologistes tentent d’empêcher la coupe d’arbres dans la forêt… Inutile de préciser que les écolos ne sont pas particulièrement aimés dans les parages. Ces tensions ont tendance à invisibiliser ce qui se trame avec les inquiétantes lumières de la crête. Personne n’a jamais vraiment pris au sérieux cette histoire de lumières ; quelques allumés, tout au plus, s’imaginent qu’un OVNI est impliqué. Ils ne sont, évidemment, pas pris au sérieux.

Il est difficile de déterminer où The Kettering Incident cherche à se diriger dans cette confusion (le deuxième épisode, projeté hier, n’apportait que très peu d’éléments supplémentaires ; mais si mon instinct ne me trompe pas, il ne s’agit ni d’OVNI, ni de diable de Tasmanie).
Que l’explication soit surnaturelle ou non, en tous cas, The Kettering Incident est très esthétique et portée par une Elizabeth Debicki incroyable, capable d’une présence folle et en même temps d’exister comme en retrait permanent de son présent. L’exercice de style à lui seul vaut le coup d’œil. Pour le reste, il faut voir sur la durée.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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